Zakaria Boualem s’exécute...

Par Réda Allali

Bonne nouvelle pour commencer : nous vivons dans un Etat de droit. C’est formidable, même si Zakaria Boualem ne parle que de foot. La JSM Laâyoune est reléguée à la deuxième division, voilà. Rappelons aux dames qui nous font l’honneur de nous lire qu’il fut un temps où à chaque fois que l’équipe de Laâyoune était dernière, personne ne descendait en deuxième division, une extraordinaire manœuvre dont il faut saluer l’originalité et l’audace, d’ailleurs. C’est ainsi qu’il y eut une saison avec 24 clubs en première division… C’est fini, et merci. Et Zakaria Boualem se félicite également du retour des oranges de Berkane, Guercif sera un peu présente par proximité. Cette introduction informative est terminée, notre héros ombrageux voudrait maintenant vous raconter une petite histoire. Il était une fois Zakaria Boualem qui voulait assister au concert de Scorpions. Non qu’il soit fan de hard-rock germanique, mais parce que Still Loving You lui rappelle des choses qu’il ne peut pas raconter. Arrivé sur le lieu du concert, il se dirige vers le guichet de vente pour s’acquitter dignement des 600 dirhams qui lui permettront d’accéder à la zone Schengen où il sera plus à l’aise. Il est accosté par un policier, dûment vêtu de l’uniforme qui le caractérise, et qui lui propose de lui vendre un ticket pour 500 dirhams. Zakaria Boualem, qui n’a pas le temps de constituer une commission à même de se pencher sur le problème du marché noir et des fins de mois des moustachus, accepte, paye, et se dirige vers l’entrée de la zone réservée, muni de son billet. Sur place, le contrôleur lui explique alors que ce billet n’est pas valable : il a déjà été utilisé quelques heures plus tôt. Il est fait comme un rat mais il n’a pas dit son dernier mot (phrase hommage à la bande dessinée des années 1980). Il retourne chez le policier, lui explique qu’il lui a vendu un ticket non valable, que ça ne se fait pas, qu’il doit lui trouver une solution. Le vendeur écoute les doléances du client l’air absorbé, on dirait le service après-vente d’un grand magasin. Puis il lui propose sa solution. Attention, elle arrive et elle est extraordinaire. Avec l’air d’un conspirateur, le policier baisse le ton et lui lance en version originale : “Suis moi et fais ta tête de boulissi”… (traduction : suis-moi et prends l’allure d’un flic). Zakaria Boualem s’exécute, même s’il a du mal à comprendre concrètement comment faire une tête de policier. Si on l’avait prévenu, il se serait laissé pousser une moustache, aurait mis une casquette et un trois-quarts en imitation cuir. Bref, il se contente de bomber le torse, de prendre l’air un peu louche, et écoute le policier annoncer au contrôleur : « Je suis avec un stagiaire, flic en civil, il faut qu’il rentre ». Et Zakaria Boualem entre, bien sûr. Fin de l’histoire, et début du debrief. Il y a dans cette petite anecdote au moins quatre ou cinq manatifs que je vous laisse identifier et dispatcher entre les intervenants, c’est un exercice amusant. Mais nous sommes contraints d’interrompre nos programmes pour une mention légale :

Le comportement de ce policier n’est nullement représentatif des valeurs de ce corps constitué de l’Etat et l’histoire précédente n’a nullement pour objectif de conduire à quelque conclusion que ce soit.

La seconde histoire concerne un ami de Zakaria Boualem, du nom de Anas. Ce jeune homme dynamique a décidé de faire le tour du Maroc à pied. Un doux rêveur, un peu écolo, un peu sportif méditatif, qui a passé de longs mois à chercher des sponsors pour cette aventure. Il est prêt, il va démarrer de Lagouira, parce qu’il a été élevé au refrain de la télévision marocaine. A Dakhla, où il se présente aux autorités, on lui explique qu’il faut un visa mauritanien pour aller à Lagouira. Bon, il ne veut plus aller à Lagouira, juste démarrer de là où on le laisse démarrer. Trop tard, les autorités, qu’il a lui même sollicitées, font une enquête sur sa personne. On lui demande de prouver, oui de prouver, qu’il n’est pas avec le Polisario. Il exhibe la présentation de son projet, où il avait prudemment évoqué parmi les objectifs du voyage la défense de l’intégrité territoriale du pays. On lui répond que n’importe qui peut écrire un truc pareil, que cette phrase ne prouve rien. Mais alors, comment le prouver ? Anas n’a pas encore trouvé la réponse, mais il compte sérieusement modifier son trajet et tracer tout droit vers l’Europe. Et merci. 

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