Maroc

Un colloque au parlement européen s'empare de la question du Rif

Marie-Christine Vergiat. AFP PHOTO / THOMAS SAMSON
Un colloque au parlement européen s'empare de la question du Rif
octobre 12
14:56 2017
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Une eurodéputée a organisé une réunion au parlement européen pour discuter du "Mouvement de protestations et de revendications du Rif". Une initiative réprouvée par l'ambassadeur marocain à l'Union européenne.

Pendant plus de deux heures, au parlement européen à Bruxelles, l'eurodéputée française du groupe Gauche unitaire européenne Marie-Christine Vergiat a présidé un colloque sur le Rif le 9 octobre. Des organisations de défense des droits de l'Homme et des militants du Hirak ont tour à tour pris la parole pour témoigner.

Une réunion organisée en partenariat avec l'association de défense des droits de l’Homme au Maroc (Asdhom), le collectif Rif Alert, et la Coordination maghrébine des Organisations des Droits Humains (CMODH). "L'idée était de donner la parole aux organisations des droits de l'Homme qui sont unanimes pour dire qu'il y a une répression depuis le début des événements du Rif", nous explique l'eurodéputée Marie-Christine Vergiat.

Said Fawzi de Rif Alert, lance le débat après un premier faux départ : l'universitaire français Charles Saint-Prot ( de son vrai nom Michel Mathieu) est sorti de la petite salle du parlement après avoir essayé d'interrompre Fawzi qui reprend alors: "Aucun ne pensait que la situation serait si terrible et que les droits de l'homme signifiaient si peu au Maroc".

Le ton est donné. Les intervenants se succèdent pour donner leur témoignage sur les événements dans le Rif. Parmi eux, Khadija Ryadi. L'ancienne présidente de l'AMDH, représentante de la COMDH, déplore la "dégradation" des droits humains dans le Rif "depuis 2011" évoquant des "procès inéquitables", des "violences" lors des manifestations, et la "répression policière".

C’est ensuite au tour de la représentante de l’AMDH à Al Hoceima, Zohra Koubia, de témoigner de ce qu'elle a vécu sur place. "Vivre au jour le jour la militarisation (sic) est une souffrance", raconte-t-elle.

Dans la continuité de ces témoignages,  une lettre de l’activiste Sylia Ziani, qui n’a pu obtenir de visa pour se rendre à Bruxelles, est lue devant l’audience.  La militante y dénonce "l'injustice que subissent les militants du mouvement et les arrestations".

Said Fawzi demande alors à Marie-Christine Vergiat d'envoyer des observateurs européens pour enquêter sur le respect des droits de l'Homme sur place et d'étudier les connexions entre le gouvernement marocain et l'Union européenne qui ont une forte collaboration économique et politique. "Nous demandons une enquête par l'UE pour voir l'efficacité de cette coopération, et si elle bénéficie au Rif", explique-t-il.

Marie-Christine Vergiat rebondit en expliquant ne pas avoir beaucoup d'espoir dans les institutions européennes pour mettre ce dossier sur la table, étant donné leurs liens étroits avec le Maroc. "C'est notre rôle, à nous parlementaires, de prendre la parole pour soulever ce problème", explique-t-elle. L'eurodéputée affirme "attendre avec intérêt" le rapport que rendra le CNDH sur les événements qui se sont passés dans le Rif

Pendant une quinzaine de minutes, deux intervenants apportent des nuances. L'un est membre d'une association de victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, qui ne donne pas son nom. Il témoigne comme "victime de l'islam radical". "Je vous demande une seule chose: ne pas vous laisser emporter dans des propos radicaux", lance-t-il à l'assemblée en dénonçant le discours de Nasser Zefzafi.

L'autre intervenant est président d'une association qui réunit 150 élus français de tous bords politiques. De père rifain et de mère gadirie, il assure "ne pas se reconnaître dans le Rif qui a été décrit". "Je me souviens de mon père sous Hassan II qui ne voulait pas qu'on parle de lui, même en France. Je n'ai plus cette préoccupation quand je parle du pouvoir marocain", témoigne-t-il. "Le Maroc, je le veux uni. Il doit avancer de façon globale, je ne fais pas de distinction entre le Rif ou une autre région", continue-t-il alors que les voix commencent à s'élever autour de la table.

Selon lui, les situations décrites par les précédents intervenants se retrouvent partout, y compris en France. "Je travaille dans un commissariat", souligne-t-il. "Le Maroc avance et nous avons la chance d'avoir un pays stable", estime le jeune homme qui soulève le grondement autour de lui.

Une réunion contestée par le Maroc

Ahmed Reda Chami, ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne, dénonce dans une déclaration accordée à la MAP l’instrumentalisation du parlement européen à des fins propagandistes. "Ce n’est pas le parlement européen qui organise ce genre de rencontres, c’est une députée qui a réservé une salle et qui a réuni des personnes autour de ce qu’elle a appelé un colloque, alors qu’il s’agissait d’une réunion excluant tout débat et qui sert un autre agenda bien connu de tous", précise-t-il.

"J’ai saisi les hautes instances du parlement européen pour attirer leur attention sur les agissements de certains milieux qui servent leur propre agenda et qui portent atteinte à l’intégrité et à la réputation de l’institution parlementaire européenne", souligne le diplomate.

Pour sa part, l'eurodéputée élue depuis 2009 et membre de la sous-commission sur les droits de l'Homme insiste sur le fait que "chaque parlementaire ou groupe politique est libre d'organiser les réunions de son choix au parlement européen". "J'ai rencontré l'ambassadeur marocain, M. Chami, en juin. Nous avions notamment parlé de la question du Rif. Il m'a envoyé une note qui fait part de la position du gouvernement marocain. La semaine dernière, ils m'ont contacté avec une note actualisée où ils minimisaient les faits", nous raconte-t-elle.

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