8 mars: 15 000 manifestants demandent la parité au gouvernement

Près de 15 000 personnes ont marché ce dimanche 8 mars à Rabat, réclamant notamment au gouvernement Benkirane d'agir pour mettre fin aux inégalités homme-femme.

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8 mars 2015
Crédit: Yassine Toumi

Ce dimanche 8 mars à partir de 10 heures, des milliers de personnes ont marché de la porte Bab El Had à Rabat vers le parlement, répondant notamment à l’appel du collectif baptisé «Parité et démocratie». Les participants à cette marche nationale ont scandé des slogans critiques à l’égard du gouvernement et de son chef Abdelilah Benkirane.

Et une fois arrivée devant le parlement, la foule a clamé pendant plusieurs minutes : « on est là, on est nombreuses, alors tu dois démissionner » en faisant allusion au « défi » lancé par Abdelilah Benkirane le 3 février dernier : pendant une session de questions orales à la Chambre des représentants, il avait défié l’opposition en affirmant que celle-ci « n’arriverait pas à rassembler plus de 200 femmes devant le parlement pour protester contre le gouvernement ».

La Marche 8 Mars 2015
Crédit: Rachid Tniouni

Or les femmes étaient nombreuses dans la foule ce dimanche. Féministes, soulaliyates, ou militantes de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) qui scandaient « L’égalité passe par la laïcité« , mais aussi des amazighes, pour qui « l’égalité entre l’homme et la femme est naturelle » , ou encore des étrangères: ainsi, une centaine de Philippines et de subsahariennes ont défilé sous la casquette de l’Organisation démocratique du travail (ODT) brandissant notamment des bannières sur lesquelles on pouvait lire « Parce que j’ai eu ma carte de séjour, mon employeur m’a virée« .

Et on ne comptait pas que des Casablancaises et des Rbaties : près de 90 bus, garés autour du siège de l’UMP, et affrétés par des partis politiques, ont acheminé des Marocaines de toutes les régions, notamment du nord, pour participer.

8 mars 2015 Journee internationale de la femme à rabat
Crédit: Yassine Toumi

Une marche politisée

Car la manifestation était particulièrement politisée cette année, les partis de l’opposition se solidarisant avec les associations féministes et des droits de l’Homme. Ainsi, plusieurs leaders politiques ont marché en tête : Driss Lachgar (USFP), Hamid Chabat et Karim Ghellab (Istiqlal) la maire PAM de Marrakech Fatim Zahra Mansouri et Hakim Benchemass (PAM).

« C’est une marche réussie, la mobilisation des partis de l’opposition a donné ses fruits, avec des femmes qui sont venues de tout le Maroc » a commenté Mounia Ghoulam, députée et membre du comité exécutif de l’Istiqlal à Telquel.ma. Et d’ajouter « c’est le moment de vérité, le chef du gouvernement avait lancé un défi aux femmes, elles l’ont relevé ! »  Pour elle, cette marche avait pour but de demander au gouvernement de mettre fin à sa politique conservatrice et de mettre fin aux inégalités qui touchent les femmes.

8 mars 2015 Les politiques en première ligne.
Les politiques en première ligne. Crédit: Yassine Toumi

La parité, comme le prévoit la Constitution

« Par cette marche, nous voulons prouver au monde que les Marocaines sont des militantes qui n’hésitent pas à répondre présent sur le terrain », a déclaré quant à elle Amina Sabil, une des organisatrices, membre du collectif «Parité et démocratie» à l’agence AFP.

«Nous dénonçons le recul enregistré dans le domaine des droits des femmes ces dernières années», a pour sa part clamé la présidente de la Fédération de la ligue démocratique pour les droits des femmes, Fouzia Assouli, citée par l’agence MAP.

La marche du 8 mars
Crédit: Rachid Tniouni

Cette responsable a notamment évoqué les problématiques du mariage des mineures –en forte augmentation au cours de la décennie écoulée avec plus de 30.000 cas par an–, des violences faites aux femmes ou encore de la précarité sociale. Selon des chiffres du Haut-commissariat au plan (HCP), près d’une Marocaine sur deux (45,7%) est analphabète et près de deux sur trois (62,8%) sont victimes de violences.

Lire aussi : Dans certaines régions du Maroc, 83 % des mariées sont mineures

La Constitution de 2011 consacre «l’égalité des droits» et exhorte l’État à «œuvrer pour la parité» à travers la mise en place d’une instance spéciale. Mais si le gouvernement a récemment qualifié d’imminente l’adoption du projet de loi créant cette instance, des associations jugent la mise en œuvre de la nouvelle Constitution bien trop lente.

Lire aussi : Emploi: les chiffres choc de la discrimination féminine

Avec agences

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