Ce qu'il faut retenir du grand oral d'Aziz Akhannouch

À un an des élections législatives, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch dresse un bilan optimiste de son action, promettant des hôpitaux publics au niveau du privé d'ici deux ou trois ans, et revendiquant la création de 600 000 emplois. Dans un contexte de préparation électorale, il défend la solidité de sa majorité et justifie les choix de son gouvernement, notamment sur le dessalement de Casablanca.

Par

Ce qu’il s’est passé

Invité mercredi 10 septembre au soir sur Al Aoula et 2M, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a réaffirmé la solidité de la majorité gouvernementale, soutenu la supervision du ministère de l’Intérieur pour la préparation des prochaines élections et détaillé les priorités de l’exécutif en matière de santé, d’éducation et de protection sociale.

Pourquoi c’est important

Ces déclarations interviennent alors que le Maroc entre dans la dernière année du mandat actuel. Le gouvernement est attendu sur plusieurs chantiers structurants lancés par le roi, en particulier la généralisation de la protection sociale, la modernisation du système de santé et la réforme de l’école publique. Le discours d’Akhannouch trace ainsi un bilan intermédiaire et fixe les objectifs de fin de mandat.

Ce qu’il a dit

Sur la majorité : “C’est une expérience idéale comme on n’en a jamais vue auparavant”, a assuré Akhannouch, minimisant les tensions entre les partis de la coalition. Il a appelé à distinguer entre l’agenda gouvernemental, “marqué par le travail et l’engagement”, et celui des partis, où “il est naturel que des idées différentes émergent”.

Sur les élections : Le chef du gouvernement a dit se réjouir que le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, supervise la préparation des législatives : “Cela garantit une forme de neutralité. Chaque parti présente ses propositions. Notre parti a remis son mémorandum à l’Intérieur”, a-t-il précisé.

“Les hôpitaux publics offriront d’ici deux ans des services équivalents à ceux des cliniques privées”

Aziz Akhannouch, chef du gouvernement

Sur la santé : “Les hôpitaux publics offriront d’ici deux ans des services équivalents à ceux des cliniques privées”, a promis Akhannouch. Il a mis en avant l’expérience des groupements sanitaires territoriaux et la construction de CHU dans toutes les régions, dont celui de Rabat dès cette année et celui de Laâyoune prochainement, ainsi que la réhabilitation de 1.500 dispensaires.

à lire aussi

Sur l’éducation : 8,3 millions d’élèves ont rejoint les classes cette rentrée. Le programme des écoles pionnières est passé de 600 établissements à 4.600 en trois ans, avec un objectif de 2.000 supplémentaires en 2026. Le dispositif “Un million de cartables” a été transformé en aide directe : 3,2 millions d’élèves bénéficient de transferts financiers pour acheter leurs fournitures, en plus d’un soutien direct de 200 dirhams par élève du primaire et 300 dirhams pour le collège et le lycée, réservé aux familles inscrites au Registre social. “Ce gouvernement est un gouvernement d’action”, assure Akhannouch.

Le chômage et l’emploi agricole : “Nous nous étions engagés à créer un million d’emplois. 600.000 ont déjà été créés. Ajoutons à cela les postes créés dans le secteur public et les nouveaux emplois de cette année, nous atteindrons l’objectif”, promet le chef du gouvernement, reconnaissant toutefois qu’il y a eu des destructions d’emplois dans le secteur agricole. Mais grâce aux pluies, cette année sera exceptionnelle : la production d’huile d’olive va doubler, les dattes croîtront de 50%, les légumineuses de 20% et les agrumes de 25%. Cela créera plus de 200.000 emplois et réduira le chômage”.

Sur le PLF2026 : Akhannouch a donné les grands priorités : AMO, aide directe, éducation, santé, logement, investissement, les infrastructures et la justice spatiale. “En cinq ans, nous avons quasiment doublé les recettes ordinaires : de 229 milliards de dirhams en 2020 à 427 milliards en 2026. Les recettes fiscales ont aussi évolué de 199 milliards à 363 milliards. Cela montre que les Marocains paient leurs impôts”, a déclaré le chef du gouvernement. 

“Le déficit budgétaire qui était de 7,1% en 2020 passera à 3% en 2026. La dette publique, exprimée non pas en valeur absolue mais en proportion de l’économie et de la croissance, représentait 72,2% du PIB en 2020. Elle sera de 65,8% en 2026”, assure Akhannouch, qui s’est également félicité de la hausse des transferts de MRE qui ont atteint “82 milliards de dirhams à fin août, un chiffre très positif”.

Quant à la croissance, nous prévoyons 4,6% cette année, soit une moyenne de 4,4% depuis 2021. La croissance reste l’indicateur central, car c’est elle qui crée l’emploi. Aujourd’hui, le potentiel de recrutement est tel que les professionnels du bâtiment ou de l’agriculture peinent à trouver de la main d’œuvre.”

Sur le dialogue social : “Le bilan dépend du point de vue. En tant que chef du gouvernement, je dirais qu’il est positif, certains syndicalistes diront l’inverse. Toutefois, nous avons réglé de nombreux dossiers : l’intégration des 150.000 enseignants contractuels, une hausse de 1.000 dirhams pour tous les fonctionnaires, de 3.900 dirhams pour les médecins, de 3.000 pour les professeurs universitaires. Nous avons fait de gros efforts pour corriger les dysfonctionnements.”

Sur le dessalement: En réponse à la polémique autour du projet de station de dessalement d’eau de mer à Casablanca, Aziz Akhannouch a affirmé que ce projet stratégique avait été retardé de plus de dix ans à cause de ce qu’il a qualifié de “calculs politiques”. Un retard qui, selon lui, a coûté un temps précieux qui aurait pu épargner à des millions de Marocains une grave pénurie d’eau.

Répondant aux critiques concernant la présence d’une entreprise lui appartenant dans le consortium retenu pour la station de Casablanca, Akhannouch a insisté sur “la légalité et la transparence de la procédure”. Il a précisé que l’appel d’offres avait vu la participation d’entreprises marocaines et internationales, et que l’offre gagnante présentait “le meilleur prix au niveau international”, pour un investissement colossal d’un milliard de dollars, incluant dessalement et énergies renouvelables.

Sur l’agriculture : En réponse aux critiques visant le modèle agricole jugé trop consommateur d’eau, le chef du gouvernement – et ancien ministre de l’Agriculture – a estimé que ces reproches reposent sur un stéréotype. Il a expliqué que l’agriculture d’exportation ne consomme pas plus de 500 millions de mètres cubes d’eau, alors que le Maroc importe des produits nécessitant environ 2 milliards de mètres cubes, ce qui rend l’équation favorable au Royaume. Il a ajouté que les prix obtenus par le Maroc grâce à ses exportations agricoles sont d’une grande importance, affirmant que le problème ne réside pas dans les choix agricoles du pays.

Ce qu’il faut suivre

  • Le contenu des mémorandums soumis par les partis au ministère de l’Intérieur sur la réforme du système électoral.
  • L’ouverture effective des nouveaux CHU de Rabat et Laâyoune, ainsi que l’avancement de la modernisation des dispensaires.
  • L’évaluation du programme des écoles pionnières et de l’efficacité du soutien financier direct aux familles.
  • Les arbitrages politiques de la majorité à l’approche de 2026, dans un contexte de préparation électorale et de critiques sociales persistantes.

à lire aussi