La missive, rapportée par Alyaoum24, se veut, selon son auteur, un “conseil” pour préserver l’unité de la voie. L’apparition publique de ce texte, et sa reprise dans les médias, obligent à relire la crise sous l’angle d’un malaise ancien plutôt que comme un simple emballement post-funérailles.
Dans la lettre, l’expéditeur ne dissimule pas son inquiétude et enjoint Sidi Mounir, le fils aîné du défunt, à “baisser l’aile” pour éviter toute image de division. L’avertissement n’est pas technique mais moral et symbolique : il vise la manière dont se conçoivent la succession et l’exercice de l’autorité spirituelle.
Le contenu de la lettre mêle ainsi conseils de comportement, condamnation des pratiques susceptibles d’entacher la réputation de la Tariqa (le recours présumé à des actes de sorcellerie, par exemple) et une proposition institutionnelle : renforcer la place des disciples dans la sauvegarde et la gestion de la Tariqa.
Le message est double : Toufiq met en garde contre “les appétits” et suggère une solution “bottom-up”, par la désignation d’un “conseil” de disciples chargé du “gouvernement matériel et spirituel” du lieu. Ainsi, l’auteur aurait proposé au cheikh décédé “d’interroger les disciples” et, si nécessaire, de “constituer un conseil” chargé de la gestion.
Une crise spirituelle et institutionnelle
Ce rappel à l’ordre historique prend tout son sens à la lumière des événements récents. Le patriarche, Jamal-Eddine, est mort le 8 août, laissant un héritage religieux et institutionnel dense. La disparition a déclenché un conflit de légitimité : Mounir, désigné publiquement comme successeur par testament, a vu sa position contestée puis transformée en geste de retrait, au profit de son frère Mouad.
Une version des faits que la Tariqa s’est empressée de nier à travers plusieurs communiqués, ainsi qu’une vidéo de Mounir s’adressant à ses disciples et proposant une “troisième voie” : déléguer des responsabilités concrètes sans mettre en cause la légitimité spirituelle de la chefferie.
La lettre, datée du 28 octobre 2022 et donc antérieure à la crise terminale, prête une épaisseur particulière au dossier : elle montre que les tensions internes et les inquiétudes sur la “dérive” potentielle ne sont pas nées des derniers événements mais ont fait l’objet d’alertes depuis au moins deux ans.
Toufiq précise toutefois que ce texte relève davantage d’un conseil spirituel d’un disciple de longue date que d’un acte strictement ministériel, selon Alyaoum24, et qu’il ne doit pas être interprété comme une “position officielle” de la tutelle.
Autre volet sensible relevé par la lettre : la condamnation de certaines pratiques liées à l’usage de moyens occultes ou d’“intermédiaires surnaturels.” L’accusation pèse lourd dans un contexte où la pureté des rites et la réputation déontologique des maîtres soufis fondent la légitimité même de la transmission.
