Au lendemain d’une vague de communiqués et rumeurs autour de la succession de Sidi Jamal Eddine El Qadiri Boutchichi, guide spirituel de la Tariqa Qadiriya Boutchichiya, décédé le 8 août, son fils, le cheikh Sidi Mounir, propose une “troisième voie” pour diriger la confrérie soufie.
Dimanche 17 août, après la diffusion d’un nouveau message vidéo du cheikh Sidi Mounir El Qadiri, le visage de la crise a pris une teinte nouvelle. Le fils aîné du défunt propose ce qu’il qualifie de « troisième voie » pour la gouvernance spirituelle et administrative de la confrérie soufie, tout en appelant au calme et à l’unité.
Dans cette allocution devant des disciples de la tariqa, Sidi Mounir a reconnu l’existence d’un « éclatement et des divisions », mais il a tempéré en affirmant que « la tariqa reste fidèle à son engagement ». Le cheikh a insisté sur la nature essentiellement spirituelle de la voie qui lui est confiée : « Le but de la Tariqa n’est ni mondain ni politique ; il repose sur la pauvreté devant Dieu », a-t-il rappelé. Dans des formules reprises par ses partisans, il a encore averti : « L’amour de la chefferie est la tête de tous les péchés », avant d’affirmer que « le porteur du secret est celui qui rassemble, si Dieu le veut. »
La proposition dite de la « troisième voie », telle que la présente Sidi Mounir, vise selon lui à distinguer clairement la gestion administrative, qui peut être confiée à des personnes, du « soutien et de l’orientation » qui, eux, demeurent d’ordre spirituel et divin. Autrement dit : déléguer des responsabilités concrètes sans mettre en cause la légitimité spirituelle de la chefferie.
Cette prise de parole intervient alors que, le 13 août à Berkane, la Rabita des chorfa de la Tariqa avait publié un communiqué pour démentir catégoriquement un texte partagé sur les réseaux sociaux annonçant la renonciation de Sidi Mounir à la direction spirituelle de la confrérie. La Rabita assure que ce faux communiqué a été « rédigé en vue d’être signé par Sidi Mounir », que le cheikh l’a refusé, et que l’opération relève, selon ses termes, d’« une manœuvre orchestrée par des forces hostiles » cherchant à fragiliser la continuité spirituelle héritée du défunt Sidi Jamal Eddine.
À l’arrière-plan de cette crise, un protagoniste discret mais central fait irruption dans la narration : Sidi Mouad, le frère cadet de Mounir, rapidement présenté par certains comme l’option consensuelle pour apaiser les tensions. Contrairement à Mounir (actif et publiquement promu par le défunt cheikh lors d’une annonce en avril), Mouad apparaît comme un homme de réseaux internes.
Moins revendicatif, il a tissé des relations solides avec des cercles influents de la Tariqa et une fraction importante des disciples, jouant un rôle d’organisateur lors des obsèques de son père le 10 août, et dans la gestion quotidienne des fidèles, rapportent nos confrères du Desk. Mounir aurait annoncé sa renonciation afin de préserver l’unité familiale et confrérique ; Mouad se serait alors imposé comme la figure capable de recoudre les divisions sans raviver la « fitna ».
Les instigateurs supposés de cette campagne seraient « des dirigeants et membres de la confrérie aujourd’hui en poste de décision », selon des sources citées par nos confrères de Maroc Hebdo. Un reproche visant à dénoncer une tentative de détourner la question vers des enjeux organisationnels et matériels. La Rabita rappelle, pour sa part, que la désignation de Sidi Mounir repose sur une « recommandation écrite », signée par le cheikh disparu et attestée par d’éminents savants et chorfa.
“Leadership collectif”
Parallèlement, un meeting élargi des cadres de la Tariqa a réuni, selon les informations de TelQuel Arabi, plus de 51 responsables venus de différentes villes du royaume et une trentaine de délégués représentant des branches à l’étranger (Jordanie, Sultanat d’Oman, Belgique, France, Angleterre, Luxembourg et États-Unis). Les participants ont exprimé leur attachement à la dernière volonté du cheikh décédé et ont plaidé en faveur d’un modèle de « leadership collectif » comme garantie contre la division et comme moyen de préserver l’influence et l’éclat de la Tariqa au Maroc et à l’étranger.
Le ton général est double : d’un côté, la volonté d’affirmer la légitimité spirituelle ininterrompue de Sidi Mounir et de dénoncer les manipulations médiatiques ; de l’autre, la recherche d’un mécanisme de gouvernance susceptible d’apaiser les tensions, qu’il s’agisse d’une délégation administrative ou d’un collège dirigeant, sans remettre en question la soumission de la Tariqa au « Commandeur des croyants ».
Les acteurs de la Tariqa promettent par ailleurs « une vigilance maximale » et n’excluent pas des suites judiciaires pour préserver l’intégrité de la Tariqa et l’autorité de son guide. La priorité affichée reste le redressement moral : « La Tariqa est sortie de cette épreuve supérieure par son éthique », a déclaré Sidi Mounir.
