Sansal est emprisonné en Algérie depuis la mi-novembre après des déclarations, dans un média français réputé d’extrême droite, où il reprenait la position du Maroc selon laquelle son territoire aurait été tronqué en faveur de l’Algérie, par la puissance coloniale française.
Lors de son procès jeudi dernier, le procureur du tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger, a requis dix ans de prison ferme contre le romancier, âgé de 80 ans selon son éditeur Gallimard. Sansal, peu connu en France avant cette affaire, y bénéficie d’un vaste élan de soutien.
Pour le site d’information algérien TSA, jeudi, ce n’est “pas seulement le sort d’un homme qui est en jeu, mais aussi l’avenir immédiat de la relation” entre Algérie et France.
Le soir du réquisitoire, le président français Emmanuel Macron a dit sa confiance dans “la clairvoyance” de son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune “pour savoir que tout ça (les accusations contre Sansal, ndlr) n’est pas sérieux”, demandant de nouveau une libération de l’écrivain, atteint d’un cancer.
Avant son incarcération, Sansal, un ancien haut fonctionnaire algérien, voix critique du pouvoir, faisait des allers-retours fréquents en Algérie, où ses livres sont vendus librement.
Lors de son procès, Sansal a nié toute intention de porter atteinte à son pays, assurant n’avoir fait qu’“exprimer une opinion” au nom de “la liberté d’expression”, selon le quotidien arabophone Echorouk. L’écrivain a ajouté, selon Echorouk, n’avoir pas mesuré la portée de ses déclarations sur les frontières.
Contrairement aux dires de son avocat français François Zimeray, qui a dénoncé un procès non équitable et des soins insuffisants, Sansal est apparu “en bonne santé”, toujours selon Echorouk, et a voulu se défendre seul, sans avocat.
Pour Hasni Abidi, analyste de l’institut Cermam à Genève, l’“accélération du calendrier judiciaire” et “le maintien d’une juridiction normale” (le tribunal correctionnel) “sont des signes encourageants”.
Dans une interview samedi à des médias publics, le président Tebboune a aussi joué l’apaisement, désignant Macron comme son “unique point de repère” et estimant que le contentieux “est entre de bonnes mains” pour être réglé.
Tebboune souhaite une “issue rapide et honorable”, selon Abidi, même s’il a souligné que “celui qui touche à l’unité nationale le paiera cher”.
Sur le dossier du Sahara, élément déclencheur de la crise après un alignement l’été dernier de Paris sur une proposition marocaine d’autonomie pour ce territoire, Tebboune a tenu des propos mesurés, disant n’avoir rien contre l’amitié renouvelée entre Paris et Rabat.
Le président algérien a évoqué “un moment d’incompréhension” avec Paris. Mais il a marqué sa désapprobation des “visites ostentatoires” de ministres venus de France, “membre du Conseil de sécurité”, dans un territoire au statut non défini à l’ONU.
Alger avait retiré son ambassadeur à Paris après le revirement français.
Alger s’estime surtout victime d’une cabale de la droite et l’extrême droite françaises qui multiplient les appels à sanctionner, voire à rompre avec l’Algérie. Le ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, en campagne pour la présidence du parti de droite Les Républicains, est à la pointe de cette bataille.
Se disant ami de Sansal, il a menacé d’une “riposte graduée”, après le refoulement par l’Algérie d’influenceurs algériens, expulsés en janvier pour avoir menacé des opposants sur internet.
Le ministre français a aussi pointé du doigt l’Algérie après un attentat meurtrier en France, commis le 22 février par un Algérien ayant fait l’objet d’obligations de quitter le territoire, rejetées par Alger.
Jeudi, “un élargissement de Boualem Sansal libèrerait de l’espace pour le président Macron pour reprendre la gestion du dossier algérien, monopolisé par son ministre de l’Intérieur, partisan de la ligne dure envers Alger”, explique à l’AFP Abidi.
L’expert juge possibles “une condamnation allégée ou assortie d’un sursis pour raisons médicales”, ou bien une peine de prison “suivie d’une grâce présidentielle” à la fin du ramadan, fin mars.
