Scandale du bétail : un responsable gouvernemental nous répond

Notre enquête sur les 13 milliards de dirhams d’aide à l’importation de bétail continue de faire des vagues. Après notre volet sur la responsabilité politique (voir TelQuel n° 1181), une source gouvernementale a tenu à répondre. Elle répartit les responsabilités entre les départements ministériels. Et cette répartition désigne un seul homme.

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TELQUEL

L’affaire occupe le débat public national. Pour faire baisser les prix de la viande après plusieurs années de sécheresse, le gouvernement a mis en place, fin 2022, un dispositif d’aide à l’importation de bétail : suspension des droits de douane, exonération de TVA, prime par tête pour l’Aïd…

Le bilan, documenté par le livre du député Abdellah Bouanou (PJD), est lourd : plus de 13 milliards de dirhams d’argent public engagés en subventions et en exonérations, au profit de 277 sociétés importatrices, dont plus de la moitié créées après l’instauration de ces aides. Des ministres de la majorité eux-mêmes ont fini par critiquer le dispositif.

En novembre 2024, lors du vote du Projet de Loi de Finances 2025, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaâ, a reconnu devant les députés que le soutien à l’importation de cheptel “était une erreur”.

C’est dans ce contexte que nous avons publié notre second dossier, qui passait notamment au crible la responsabilité des acteurs politiques. Notre conclusion : du Chef du gouvernement aux partis de la majorité, tous avaient le pouvoir d’agir, aucun ne l’a pleinement exercé.

C’est cette conclusion qu’un responsable gouvernemental a voulu corriger, en nous adressant ses précisions. Le débat, admet-il d’emblée, est légitime, mais doit être “conduit avec rigueur, objectivité et respect des responsabilités institutionnelles de chaque département ministériel”.

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Il ne discute ni le montant, ni le nombre de bénéficiaires, ni l’existence du dispositif. Il conteste un seul point : l’idée d’une défaillance partagée par l’ensemble de l’Exécutif.

Des responsabilités et prérogatives encadrées

Son objection tient en un principe. “Dans tout gouvernement, chaque département ministériel agit dans le cadre précis de ses compétences”, avance-t-il. “La responsabilité politique doit donc être appréciée à l’aune des prérogatives réelles de chaque ministère et non sur la base d’amalgames.

La responsabilité directe du cheptel et de la filière revient, selon lui, au seul département de l’Agriculture, “autorité compétente en la matière”. Le rôle du ministère chargé du Budget, précise-t-il, “consiste principalement à assurer la traduction financière et budgétaire des décisions arrêtées au niveau gouvernemental”.

Et de préciser : “Il ne définit ni la stratégie agricole ni les orientations techniques du secteur.” Quant au ministère de l’Industrie et du Commerce, il “intervient essentiellement sur les aspects administratifs et commerciaux liés aux procédures d’importation”. Chaque ministère exécute, donc. L’Agriculture gère la filière. Le Budget traduit. Le Commerce encadre les procédures. Aucun ne décide.

La décision appartient à celui qui arbitre

Si aucun ministre ne décide, la décision appartient à celui qui arbitre. Le responsable n’a pas dispersé la responsabilité entre les départements. Il l’a placée au-dessus d’eux

Reste un échelon, que le responsable mentionne. Le Chef du gouvernement, dit-il, assure “la coordination générale de l’action gouvernementale et l’arbitrage entre les différentes politiques publiques”. C’est là que le raisonnement se retourne. Si aucun ministre ne décide, la décision appartient à celui qui arbitre. Le responsable n’a pas dispersé la responsabilité entre les départements. Il l’a placée au-dessus d’eux.

Et les faits le confirment. Aziz Akhannouch a signé le décret du 19 octobre 2022 instaurant le dispositif, puis chaque amendement : extension aux ovins, aux viandes congelées, prime à l’Aïd. En août 2025, il a doublé par décret le contingent annuel de bovins importés, de 150.000 à 300.000 têtes.

Le ministre de l’Agriculture n’a signé aucun de ces textes. Le ministre du Budget non plus. Le Chef du gouvernement, si. Le responsable invoque aussi un “contexte exceptionnel” : la sécheresse, la pression sur le cheptel, la hausse des prix mondiaux.

L’argument vaut pour la décision de départ, fin 2022. Il ne vaut pas pour la suite. Trois ans après, la sécheresse n’explique plus pourquoi le dispositif est resté ouvert, pourquoi le contingent a doublé, ni pourquoi les aides ont été régulièrement maintenues.

Le responsable gouvernemental conclut que toute politique publique peut “faire l’objet d’évaluations, d’ajustements ou de corrections”, et que c’est d’ailleurs “le rôle normal des institutions démocratiques”.

La phrase est juste. Mais corriger ce dispositif relève, si l’on suit sa logique, du seul Chef du gouvernement. En voulant répartir les responsabilités, le responsable a désigné le seul qui pouvait agir. Aziz Akhannouch ne l’a pas fait.

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