[Tribune] Finance : l’inclusion passera par un système, pas par un acteur

Driss Temsamani, Managing Director chez Citigroup et Head of Digital pour les Amériques, auteur de The Agentic Bank et expert de la transformation financière, défend une thèse claire : l’inclusion financière en Afrique ne viendra ni des banques seules, ni des fintechs isolément, mais d’une convergence entre plateformes technologiques, institutions financières et régulateurs, appuyée sur une infrastructure programmable et interopérable.

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Driss Temsamani, Managing Director chez Citigroup et Head of Digital pour les Amériques. Crédit: DR

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Pendant trente ans, j’ai observé le secteur financier se réinventer. Et j’ai appris une chose : les grandes ruptures ne viennent jamais d’un seul acteur. Elles émergent d’une convergence. Nous y sommes.

L’économie informelle africaine ne manque pas de dynamisme. Elle manque de connexion. Des centaines de millions de personnes travaillent, échangent, construisent, mais restent invisibles dans l’économie formelle. Non par manque de volonté, mais parce que la structure n’était pas conçue pour elles. Ce qui change aujourd’hui, c’est l’architecture même de cette connexion.

Les plateformes technologiques, fintechs, opérateurs de mobile money, super apps, marketplaces ont accompli ce que les banques traditionnelles n’ont pas réussi seules : atteindre le dernier kilomètre. Elles ont donné à des millions de personnes un premier point d’entrée dans l’économie digitale. Un portefeuille. Une identité transactionnelle. Un historique.

Mais ces plateformes ont besoin d’infrastructure. De liquidité. De rails solides et interopérables. C’est là que les banques traditionnelles jouent un rôle irremplaçable, non pas comme gardiens, mais comme partenaires de fond. Les fintechs apportent la proximité et l’agilité. Les banques apportent la profondeur, la régulation, la capacité à opérer à travers des dizaines de juridictions. Ensemble, elles forment un écosystème financier qui, pour la première fois, avance dans la même direction.

Mais cette convergence exige un troisième pilier : les banques centrales et les régulateurs. La modernisation de l’infrastructure de marché ne se résume pas à des APIs plus rapides ou à de meilleures applications. Elle repose sur une infrastructure tokenisée, à la fois privée et publique, réglementée et interopérable.

Monnaies numériques de banques centrales, dépôts tokenisés, stablecoins régulés, actifs programmables sur registres partagés, c’est cette couche fondamentale qui permettra à l’argent de circuler instantanément, en toute sécurité, entre tous les acteurs du système, y compris ceux qui en ont été historiquement exclus. Sans cette infrastructure commune, l’inclusion reste fragmentée. Avec elle, elle devient systémique.

Dans The Agentic Bank, je défends une vision : l’intelligence artificielle agentique et la finance programmable ne sont pas des outils d’optimisation pour les institutions existantes. Elles sont le moteur d’un système capable de servir tout le monde, en réduisant les coûts d’accès au point où l’inclusion devient économiquement viable, pas seulement socialement désirable.

L’Afrique a une fenêtre unique. Elle peut construire ce système d’emblée, sans le poids des architectures héritées. GITEX est précisément l’espace où cette ambition prend forme. Le moment est maintenant.