Votre roman est un huis clos qui se passe dans une maison tangéroise. Pourquoi ce cadre et quel rôle joue-t-il dans l’histoire ?
« Écrire ce roman a été une façon pour moi de retrouver la maison de ma grand-mère et mon enfance”
La maison a une place centrale dans le roman. Le huis clos m’a permis de rentrer dans l’intimité des femmes qui y vivent. La maison en tant que cadre du roman révèle ce qui n’est pas perceptible de l’extérieur. Elle permet de zoomer sur la complexité des relations. Elle définit ce que chacune des femmes a été, et ce qu’elles vont devenir.
La maison est aussi révélatrice d’une certaine culture tangéroise, plus conservatrice, opposée à son image de ville cosmopolite. C’est le domaine de la grand-mère, qui décide de tout, et élève ses filles dans cette tradition.
Le seul élément que j’ai puisé de mes souvenirs est la maison. En écrivant, je pensais à celle de ma propre grand-mère. Écrire ce roman a été une façon pour moi de retrouver la maison de mon enfance.
«Le soleil se lève deux fois»
188 DH
Ou
Cette intériorité, on la retrouve aussi dans le ton du roman. La retenue, le non-dit, la pudeur semblent être un vrai parti pris, à rebours d’une époque qui valorise l’exposition de soi. Un choix délibéré ?
Le mot pudeur ne m’a pas traversé l’esprit pendant l’écriture. Je ne l’ai pas conscientisé. En revanche, écrire l’histoire de ces femmes de l’intérieur m’est venu spontanément.
Mama Abla trace les frontières de sa maison. C’est une manière pour elle de choisir comment elle s’expose aux autres et qui peut trancher avec l’idée de l’hospitalité et des portes toujours ouvertes.
La maison est un lieu porteur d’intimité, où la pudeur est un choix. C’est une forme d’élégance. C’est assez tangérois comme façon de penser.
Cette pudeur n’empêche pas la tension, il y a ce secret de famille qui traverse les générations. Quelle place lui donnez-vous dans la construction du récit ?
Le secret ici est évidemment symptomatique des non-dits, mais il va paradoxalement être un déclencheur de récits. On a tous des tantes, des grands-mères, des cousines qu’on connaît depuis toujours sans pourtant vraiment connaître leur vie de femme, leur histoire. Ce sont des récits qui ne circulent pas toujours et que je trouve pourtant très beaux.
Le secret, douloureux ici, donne le courage de se raconter. On comprend le silence qui l’entoure, mais à un moment le besoin de raconter va s’imposer, pour pouvoir exister.
Qu’est-ce que vous aimeriez que le lecteur ressente en refermant le livre ?
La possibilité du recommencement. Parfois, renoncer permet de renaître. Il y a des choses qu’on perd matériellement, mais qu’on peut garder autrement. La fiction et le récit sont des moyens d’y parvenir.
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