Miriem Bensalah Chaqroun : “La discrimination positive ne fait pas le changement durable”

Administratrice d’Holmarcom, Miriem Bensalah Chaqroun est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes du pays. En 2012, elle devient la première femme à diriger la CGEM, le patronat marocain. Pour TelQuel, elle revient sur ce qu’il reste à accomplir pour briser le plafond de verre, et renforcer la place des femmes en entreprise.

Par

Miriem Bensalah Chaqroun Crédit: DR

Pour Forbes Middle East, Miriem Bensalah Chaqroun est aujourd’hui la 16e femme la plus influente de la région MENA. Des années de travail et d’engagement l’ont conduite à la tête de la société Les Eaux minérales d’Oulmès, ainsi qu’à la première présidence féminine de la CGEM en 2012. Une visibilité que cette femme d’affaires continue de mettre au service de la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes au travail.

Vous êtes considérée aujourd’hui comme l’une des femmes les plus influentes à l’échelle nationale et continentale. De quoi faut-il s’armer pour en arriver là ?

Il n’y a pas de formule toute faite, et bien heureusement. Il y a des dénominateurs communs comme la valeur du travail, l’engagement, la pugnacité et le sérieux. Mais dans le cas de la femme, il faut un supplément d’âme et de volonté et croire constamment en ses capacités à délivrer les meilleurs résultats.

Il faut également jouer constamment à l’équilibriste entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle, surtout dans notre région où la famille passe avant le reste.

En 2012, vous deveniez la première femme à présider la CGEM. Avec le recul, pensez-vous que cette élection a eu, entre autres, le mérite d’envoyer un message de visibilité quant à la place des femmes dans le monde de l’entrepreneuriat ?

À chaque fois qu’une femme est élue à de hautes responsabilités économiques ou politiques, cela contribue à créer un monde plus inclusif, où les opportunités ne sont pas limitées par le genre.

Le plafond de verre s’est largement fissuré dès ma première élection. J’espère humblement que cela a permis d’encourager davantage de femmes à poursuivre leurs ambitions professionnelles sans craindre les barrières de genre.

Ces dernières années, de plus en plus de femmes parviennent à se hisser à de hauts postes de responsabilité, aussi bien dans le secteur public que privé. Quelle analyse faites-vous de cette évolution ?

“Le changement ne concerne pas seulement la perception des hommes, mais également celle des femmes : la femme doit croire en la femme !”

Miriem Bensalah Chaqroun

Cette évolution est inéluctable et se déroule dans la nature des choses. Toutes les sociétés à travers le monde accueillent en grand nombre des femmes plus éduquées et travailleuses. Cette marche est irréversible. Certes, les quotas obligatoires aident à renforcer la représentativité des femmes dans les organes de gouvernance. Mais la discrimination positive ne fait pas le changement durable. Ce sont les mentalités qui l’imposent. À cet effet, je voudrais insister sur le fait que le changement ne concerne pas seulement la perception des hommes, mais également celle des femmes : la femme doit croire en la femme !

Économistes et sociologues continuent tout de même de pointer l’existence d’un plafond de verre qui entrave la réussite et les ambitions des femmes marocaines. De quels outils dispose-t-on pour le briser ?

“Il n’y a aucun doute que ce plafond de verre existe encore. En revanche, il se situe désormais plus haut que ce n’était le cas il y a quelques années”

Miriem Bensalah Chaqroun

Il n’y a aucun doute que ce plafond de verre dont vous parlez existe encore. En revanche, il se situe désormais plus haut que ce n’était le cas il y a quelques années, offrant plus d’oxygène aux femmes. Mais il faut que les femmes restent vigilantes et qu’elles continuent ce combat sans baisser la garde. Pour cela, il faudrait qu’elles soient présentes dans tous les cercles de réflexion, et qu’elles agissent en conséquence. Et si elles ne s’y incrustent pas d’elles-mêmes, elles ne recevront pas de cartons d’invitation.

L’autre outil à promouvoir est la normalisation. Les organisations doivent afficher une exemplarité en la matière, et consacrer clairement et de manière assumée, dans leurs règlements, l’égalité des chances. Cela permettra d’encadrer les pratiques et de créer le cercle vertueux nécessaire.

Le Maroc de 2024, dans ses composantes à la fois sociales, politiques et économiques, se tient-il prêt à accueillir des femmes influentes ?

Tout est question de volonté politique. Il n’y a aucun doute que dans notre pays, l’élan et l’impulsion donnés par Sa Majesté pour la modernisation de notre société, pour la promotion du genre et son soutien au scale-up des femmes, a été et reste incontestablement déterminant.

Par ailleurs, la notion “d’influence” peut être parfois galvaudée. Être présent et utile en grand nombre serait, à mes yeux, plus important qu’être influent dans son coin. Nous devons, cependant, dans les cercles de décision des mondes économiques, politiques et sociaux, répondre à cette impulsion et l’encourager par tous nos moyens.

En un mot, l’État fait ce qui doit être fait et la théorie du ruissellement n’est pas linéaire, ni dans le temps ni dans les secteurs et domaines d’activité. Il faut aider ce ruissellement en étant plus visibles, plus audibles et plus audacieuses.