Priorité du nouveau modèle de développement, l’Éducation revient à Chakib Benmoussa

Chakib Benmoussa, directeur du “cursus NMD”, passe maître d’école. Celui qui est aussi ambassadeur du Royaume du Maroc en France vient d’être nommé à la tête d’un ministère de l’Éducation remodelé, comprenant le Préscolaire et les Sports. Un choix surprenant pour un secteur appelé à faire l’objet d’une large refonte.

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Dans le rapport du Nouveau modele de développement, l'ambition est de tendre, d’ici l’horizon 2035, à ce que 90 % des élèves possèdent “les compétences scolaires fondamentales à la fin du cycle primaire”. Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

Le chef d’orchestre de la feuille de route du Nouveau modèle de développement (NMD) a finalement trouvé place dans la composition du prochain gouvernement. Homme aux multiples casquettes, Chakib Benmoussa vient d’être nommé par le roi, ce jeudi 7 octobre, ministre de l’Éducation, du Préscolaire et des Sports.

Une surprise en soi, pour celui qui cumule déjà plusieurs fonctions, et non des moindres : ambassadeur du royaume à Paris depuis 2012, il est depuis novembre 2019 président de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), qui a remis la copie du Nouveau modèle de développement (NMD) au roi Mohammed VI en mai 2021.

Chakib Benmoussa, qui a supervisé la conception du Nouveau modèle de développement, présente son rapport au roi Mohammed VI, en mai 2021.

Maintenant à la tête d’un ministère remodelé, qui comprend désormais le porte-feuille des Sports — secteur stratégique pour le Maroc en matière de soft power —, Chakib Benmoussa devra remettre sur pied un secteur appelé à faire l’objet d’une refonte pleine et entière. Notamment dans l’offre éducative proposée par le système public.

Le chantier de la renaissance éducative

Chakib Benmoussa, 63 ans, succède ainsi au biologiste Saaid Amzazi, nommé en janvier 2018 au poste de ministre de l’Éducation et affilié au Mouvement populaire. Désormais affilié au RNI, Benmoussa est avec Leila Benali et Abdellatif Miraoui l’un des trois membres de la CSMD présents dans la dernière mouture du gouvernement Akhannouch.

À 15 ans, seuls 27 % des élèves maîtrisent les bases de la lecture, des mathématiques, là où 75 % sont attendus en 2035.Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

Dans le NMD, l’accès à une éducation de “qualité” et “généralisée” est érigé comme un socle — “le creuset” — nécessaire à “l’épanouissement” de ceux “qui façonneront l’avenir du Maroc”. L’ambition ? Tendre d’abord, d’ici l’horizon 2035, à ce que 90 % des élèves possèdent “les compétences scolaires fondamentales à la fin du cycle primaire”.

Un chantier d’ampleur, lorsque l’on sait que l’accès à une éducation de qualité est estimé à moins de “30 % en 2020” par la CSMD et qu’à 15 ans, seuls 27 % des élèves maîtrisent les bases de la lecture et des mathématiques, là où 75 % sont attendus en 2035.

Pour la CSMD, l’école de demain est amenée à redevenir “le garant de l’égalité des chances”.

Pour la CSMD, l’école de demain est amenée à redevenir “le garant de l’égalité des chances”. La Commission Benmoussa appelait alors à une “véritable renaissance éducative” pour un secteur considéré parmi les plus lacunaires du Royaume. D’autant que l’ajout de la mention “préscolaire” dans la nomination du maroquin n’est pas anodin.

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Le préscolaire est perçu comme la base de la refonte, privilégiant l’épanouissement de l’enfant. Enfin, le sport n’est également pas en reste. Domaine longuement ballotté d’un porte-feuille à un autre, le secteur est appelé désormais à constituer “un levier de développement”.

Et quid de Paris ?

Réputé méthodique et pour sa technicité, Chakib Benmoussa est un homme de dossiers rodé aux affaires politiques. Ancien ministre de l’Intérieur de 2006 à 2010 sous le gouvernement Jettou, il a ensuite été président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2011 à 2013, en parallèle de ses fonctions parisiennes à la tête de la chancellerie.

Un ministre peut-il rester à la tête d’une chancellerie, qui plus est lorsque celle-ci est l’une des plus cruciales pour le royaume ?

Natif de Fès en 1958, il effectue ses premiers pas dans un ministère, en 1987, comme directeur de la planification et des études, puis directeur des routes au ministère de l’Équipement. Par la suite secrétaire général du département du Premier ministre auprès de Abdellatif Filali, au moment de l’alternance, il quittera le public pour une parenthèse dans le privé de quatre ans avant d’effectuer son retour comme wali-secrétaire général du ministère de l’Intérieur de 2002 à 2006.

Un retour aux affaires gouvernementales qui pourrait relever de l’évidence, mais qui n’empêche pas son lot de questionnements. Pour quelles raisons celui qui a tracé l’esquisse du NMD revient-il dans ce nouveau maroquin ? Un ministre peut-il rester à la tête d’une chancellerie, qui plus est lorsque celle-ci est l’une des plus cruciales pour le royaume ? Rabat peut-elle se permettre de laisser un vide dans une capitale européenne, à un moment où les représentations madrilènes, londoniennes, berlinoises et Bruxelles au niveau européen sont pour l’heure vacantes ? Des questions encore loin d’être des cas d’école.

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