Le ftour avec... Sofia Alaoui : “Le niveau des émissions du ramadan n’est pas un problème de talent mais de fonctionnement global”

Réalisatrice franco-marocaine primée aux Césars pour son court-métrage “Qu’importe si les bêtes meurent”, Sofia Alaoui nous raconte ses petites habitudes ramadanesques à l’heure du ftour, et bien plus. Entretien.

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La réalisatrice Sofia Alaoui. Crédit: DR

Avant le ftour, vous êtes plutôt sport ou canapé?

Je suis plutôt sport. Avant le ftour, je vais souvent à la salle.

Et lorsque le ftour approche, vous êtes derrière les fourneaux ou déjà à table?

Je suis en train de préparer le ftour.

À l’heure du ftour, vous dévorez quoi en premier?

Je bois de l’eau en premier.

Vous privilégiez un seul repas ou plusieurs pendant vos soirées ramadanesques?

Je fais un repas et après je grignote jusqu’au dîner.

Et vous vous réveillez pour le shour?

Au début je le faisais, mais plus maintenant. Après, ça dépend si j’ai assez mangé pendant le ftour, mais je suis généralement trop fatiguée pour me réveiller.

Pendant le ramadan, vous regardez des films pour passer le temps?

Je regarde des films le soir parce que la journée, je travaille.

Que pensez-vous des sitcoms du ramadan en tant que réalisatrice?

Je ne les regarde pas, malheureusement.

Beaucoup d’internautes se plaignent du niveau médiocre de ce qui est proposé en termes d’émissions, pensez-vous qu’il faille rehausser le niveau?

Les scénaristes de la télévision marocaine n’ont pas tellement de temps pour écrire des scénarios. Les appels d’offres sont très courts, donc ce n’est pas vraiment un problème de talent, mais de fonctionnement global. Il faut laisser plus de temps aux scénaristes et aux réalisateurs.

Dans votre court-métrage Qu’importe si les bêtes meurent, vous traitez de l’effondrement des certitudes. Pensez-vous que ce mois de ramadan soit l’occasion de repenser sa spiritualité?

L’objectif du ramadan n’est pas juste d’arrêter de manger, mais de se questionner sur soi pour s’améliorer. De tels moments sont le meilleur moyen de sortir des schémas dans lesquels on était pour apprendre à se connaître, surtout dans un contexte d’isolement.

Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui utilise ramadan de cette manière-là. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont dans un dogme absolu et pensent respecter ramadan en ne mangeant pas, et c’est tout, alors que ce n’est pas du tout le principe de ce mois.

Avez-vous déjà pensé à réaliser un film sur cette période de ramadan?

Sincèrement, non. Mais dans mon prochain long-métrage, il y a un passage où ramadan approche. Ramadan est un devoir, où les gens ne se posent pas de questions et croient qu’ils sont de bons musulmans. Or ce n’est pas parce qu’on respecte une règle qu’on est quelqu’un de bien. Ce qui compte, c’est que les gens soient bons et sincères tout au long de l’année.

Lecture spirituelle ou littéraire pour le ramadan ?

Lecture spirituelle. Je suis en train de lire Le livre du dedans de Rûmî.

Vous étiez pour que les cafés restent ouverts après le ftour ?

Je ne vais pas me prononcer là-dessus. Le gouvernement a très bien su gérer la crise du Covid, surtout quand on compare à la France par exemple. Je ne suis pas politicienne, seulement réalisatrice, mais personnellement, j’aurais adoré pouvoir aller dans les cafés, me balader dans les rues… mais c’est pour la bonne cause.

Pareil pour les mosquées?

Ce sont des décisions sur lesquelles je ne peux pas me prononcer.

Est-ce que ramadan change vos habitudes de manière générale?

Oui complètement. Je suis quelqu’un qui adore prendre son petit-déjeuner et travailler dans des cafés, donc le ramadan vient bousculer mes habitudes.

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