Hommage du réalisateur Mohamed Mouftakir à Nour-Eddine Saïl : “Pour lui, faire et parler du cinéma est une affaire sérieuse”

À travers un post publié il y a quelques heures sur sa page Facebook, le réalisateur Mohamed Mouftakir rend hommage à Nour-Eddine Saïl, ancien directeur du Centre cinématographique marocain, président et fondateur de la Fédération nationale des cinéclubs du Maroc (1973) et fondateur du festival des rencontres des cinémas africains de Khouribga (1977).

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Nour-Eddine Saïl. Crédit: MAP

À travers un post publié il y a quelques heures sur sa page Facebook, le réalisateur Mohamed Mouftakir rend hommage à Nour-Eddine Saïl, ancien directeur du Centre cinématographique marocain, président et fondateur de la Fédération nationale des cinéclubs du Maroc (1973) et fondateur du festival des rencontres des cinémas africains de Khouribga (1977).

“Nour-Eddine Saïl n’est pas mort !

Mohamed Mouftakir.

Comment peut-on dire adieu au durable ? Comment peut-on se séparer, comme ça, d’un seul coup, de l’inséparable ? Oui, cet homme m’a marqué et nous a marqués à jamais… Ma vie a complètement changé, rien qu’en l’écoutant parler à la radio de quelque chose que je ne connaissais pas bien à l’époque et qu’on appelait communément ‘La critique’.

Il m’a marqué avant même de le voir présenter des films sur le petit écran, des films qui étaient étranges et presque inaccessibles au jeune étudiant que j’étais. Il m’a marqué quelques années plus tard, quand je l’avais rencontré en personne, des rencontres qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire ! ‘Vous l’avez entendu parler de quoi ?’ Risquent de se demander quelques-uns qui ne le connaissaient pas ou à peine ou même faussement. En bien, ce Monsieur ne parlait que d’une seule chose : le cinéma et rien d’autre.

Tout, selon lui, tourne autour de cela : le cinéma ! Le cinéma, non en tant qu’art du spectacle, mais en tant que cause humaine, le cinéma en tant que lutte permanente, le cinéma en tant que perpétuelle réflexion sur la vie et sur le cinéma lui-même, le cinéma en tant qu’oxygène qui commençait à lui manquer ces derniers temps suite aux restrictions générales imposées par cette maudite pandémie, et qui ont probablement précipité son départ. Pour lui, pour Nour-Eddine Saïl, faire et parler du cinéma est une affaire sérieuse, trop sérieuse même et tout ce qui déroge à cette règle relève du domaine du jetable et de l’éphémère, comme il lui plaisait souvent de répéter dans ses moments d’humour inoubliables.

“C’est grâce à ce Monsieur et rien qu’en l’écoutant parler de cinéma que j’ai décidé un jour, moi cet incognito, de devenir cinéaste”

Oui, c’est grâce à ce monsieur et rien qu’en l’écoutant parler du cinéma que j’ai décidé un jour, moi cet incognito, de devenir cinéaste, moi, ce petit étudiant qui poursuivait à l’époque des études fades de langue anglaise et qui ne savait pas quoi en faire plus tard. Oui, c’est aussi grâce à lui, à ce grand monsieur, que faire du cinéma est devenu, pour moi aussi, une affaire très sérieuse.

Il restera toujours, comme il restera, lui aussi, toujours gravé dans nos réflexions, dans nos cœurs et dans nos esprits… Nour-Eddine Saïl n’est pas mort, car il restera toujours là, parmi nous, comme une grande illumination, qu’on le veuille ou non… Mes sincères condoléances à Nadia Larguet, à Leila, à ses fils, à sa famille et à tous ceux qui l’ont aimé et côtoyé, de près ou de loin.”

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