Affaire Adnane : ce que révèlent les éléments de l’enquête

La justice ne s’est pas encore prononcée sur l’agression sexuelle suivie du meurtre du mineur Adnane Bouchouf à Tanger, début septembre dernier, et le principal accusé n’a toujours pas livré sa version des faits au tribunal.

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Le corps d’Adnane n’a été retrouvé que 4 jours après sa disparition. Crédit: DR

La justice ne s’est pas encore prononcée sur l’agression sexuelle suivie du meurtre du mineur Adnane Bouchouf à Tanger, début septembre dernier, et le principal accusé n’a toujours pas livré sa version des faits au tribunal.

(Avertissement : certains passages de l’article peuvent choquer)

L’ouverture du procès des quatre accusés dans l’affaire du viol et du meurtre du mineur Adnane Bouchouf a été reportée au 17 novembre par la chambre criminelle de première instance de Tanger. Les accusés dans le cadre de ce meurtre sordide qui a secoué l’opinion publique nationale ont comparu pour la première fois, le mardi 3 novembre, devant le juge d’instruction.

Le principal mis en cause, A.H., 23 ans, attend toujours l’assistance d’un avocat commis d’office. Devant l’ampleur de cette affaire très commentée sur les réseaux sociaux, aucun membre du barreau de Tanger n’a pour le moment accepté d’assurer sa défense. Personne ne souhaite voir son nom associé à celui de l’accusé. C’est le juge d’instruction qui a décidé de reporter son interrogatoire de deux semaines. Un report notamment justifié par la détérioration de l’état psychique du père de la victime, toujours sous le choc.

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Avant d’être déféré devant le juge d’instruction, A. H. a été entendu par le Parquet général. Il est poursuivi pour “homicide volontaire sur un mineur”, avec “attentat à la pudeur”. Colocataires d’A.H. à Bni Makada à Tanger, trois autres individus suspectés dans le cadre de cette affaire, dont deux frères, sont poursuivis pour “dissimulation d’un crime commis”, et pour “non-dénonciation des faits après avoir reconnu leur ami sur les séquences vidéo largement diffusées dans le cadre des procédures d’investigation”. Tous les quatre sont originaires de Ksar El Kebir, et salariés de la zone industrielle de Tanger.

“Vous étiez filmés”

Signée par le juge d’instruction près la Cour d’appel de Tanger, l’ordonnance de renvoi de l’affaire devant la chambre criminelle, dont TelQuel détient copie, indique que le principal accusé était agent de production chez l’équipementier automobile Valeo. Le jeune homme a été interpellé dans la nuit du vendredi 11 septembre, soit quatre jours après la disparition d’Adnane Bouchouf, 11 ans. La famille du mineur avait en effet avisé les services de police de cette disparition le lundi 7 septembre. C’était avant que les recherches et investigations ne révèlent le caractère criminel de l’affaire.

Les avancées réalisées durant les premières heures suivant la disparition du mineur se sont avérées capitales. Les enregistrements des caméras de surveillance installées par différents commerces de l’avenue Martil, là où l’enfant a été aperçu une dernière fois, donneront les premières pistes de recherche. En parallèle, les diagnostics menés par la police judiciaire, appuyée par les services de la DGST, ont abouti à l’identification du suspect A.H., qui ne résidait qu’à quelques pâtés de maisons du domicile de sa victime.

Interrogé par la police, l’intéressé nie, dans un premier temps, tout rapport avec le sujet de la disparition. Il a même invité les enquêteurs à inspecter la maison qu’il loue avec trois autres personnes, afin de vérifier la validité de ses déclarations. Mais après avoir confronté A.H. par les vidéos le montrant aux côtés du mineur, il finit par admettre que c’était bien lui qui l’avait attiré à son domicile.

Discrétion barbare

L’instruction menée par le juge Salaheddine Khattabi souligne que dans l’après-midi du lundi 7 septembre, le principal accusé a quitté son lieu de travail vers 14 h 30. A.H. s’est ensuite dirigé vers son domicile pour changer ses habits avant d’aller retirer la somme de 1100 dirhams au guichet de son agence bancaire. C’est dans la rue qu’il croise le jeune Adnane.

“Au début, il l’a suivi de loin, jusqu’à ce qu’il entre dans la boulangerie de l’autre côté de la rue principale. Il s’est approché en lui demandant de le guider vers une crèche proche de son domicile, afin de l’y attirer et abuser sexuellement de lui sans éveiller les doutes des passants, ainsi que celles du mineur”, selon l’enquête policière.

L’enfant a fortement résisté à son agresseur en essayant de se débarrasser de son emprise, en criant et en demandant de l’aide

A.H. persuade alors l’enfant qui finit par l’accompagner jusqu’à son domicile. Fait frappant, le suspect ne s’est pas directement rendu à la maison, mais a dépassé de quelques mètres l’enfant, afin de s’assurer que l’allée était libre de passants, et donc de potentiels témoins. L’enfant a fortement résisté à son agresseur en essayant de se débarrasser de son emprise, en criant et en demandant de l’aide. “Sa tête a heurté l’un des piliers en béton de la maison”, rapporte l’enquête policière. Conséquence : Adnane a eu le front qui saigne. Sa force s’affaiblissait, sans pour autant que son agresseur ne s’arrête.

On apprend également que, dans la tourmente, le mineur a désespérément proposé à son violeur les 20 dirhams qu’il avait reçus de son père pour acheter un médicament pour sa sœur, nourrisson de quelques mois à peine.

Au fond de la nuit

Le compte-rendu de la police de Bni Makada est poignant : “Après avoir terminé, A. H. a entendu frapper à la porte extérieure de la maison, et a porté sur ses épaules la victime presque inconsciente et respirant avec difficulté jusqu’à la terrasse. C’est là où il a mis un sac en plastique autour de sa tête et l’a sévèrement étouffé en utilisant ses deux mains au niveau de son cou jusqu’à ce qu’il décède.”

A.H. a mis le cadavre hors de la vue de ses trois colocataires, en attendant de s’en débarrasser définitivement

Après s’être assuré de la mort de sa victime, l’accusé a enveloppé temporairement son corps avec des nattes sur la terrasse. A.H. a ainsi mis le cadavre hors de la vue de ses trois colocataires, en attendant de s’en débarrasser définitivement. Le principal suspect a également nettoyé le sol des gouttes de sang de sa victime, cachant ainsi les traits de son crime. Le prévenu n’a pas informé ses trois colocataires du viol et du meurtre qu’il venait de commettre.

Il a décidé, tard dans la nuit du lundi 7 septembre, d’enterrer secrètement le corps. Il creuse ainsi une tombe, le long d’une clôture à proximité d’un jardin public non loin de chez lui, à l’aide d’un tournevis et d’une pelle. A.H. retourne chez lui vers 4 heures du matin, monte à la terrasse, et porte le petit cadavre dépouillé de ses vêtements sur ses deux épaules. Il a précisé à la police qu’il a fait tomber le corps deux fois à travers les escaliers, avant d’aller l’enterrer et reprendre son travail dans la matinée.

Mardi soir, soit plus de 24 heures après le drame, le suspect parcourait les réseaux sociaux. La nouvelle de la disparition du mineur faisait déjà le tour des médias nationaux. A. H. s’est alors rendu compte que son visage était bien visible dans les vidéos, en compagnie de l’enfant. Par peur d’être reconnu dans la rue, il s’est rasé les cheveux et la barbe chez un coiffeur.

La complicité en question

La police indique qu’A. H. n’a pas informé ses trois colocataires du crime qu’il avait commis. Il va simplement leur demander de garder son identité secrète, s’ils sont amenés à répondre devant quiconque à des questions le concernant.

Afin de brouiller les pistes, l’accusé envoie un SMS au père de l’enfant disparu, exigeant de lui une rançon d’un million de dirhams. A.H. écrira délibérément quelques mots en dialecte égyptien afin de semer le doute et de fausser le déroulement de l’instruction entamée.

L’accusé a admis tout au long de l’instruction préliminaire qu’il avait délibérément tué le mineur

L’accusé a admis tout au long de l’instruction préliminaire qu’il avait délibérément tué le mineur. Le rapport médico-légal a corroboré ses propos en confirmant qu’Adnane était mort asphyxié, dans le cadre d’une agression sexuelle. Le médecin légiste a également signalé plusieurs coups sur le cadavre exhumé, ainsi que des traces de l’ADN de l’agresseur au niveau des ongles. Un signe irréfutable de résistance au violeur.

L’instruction du juge est toujours en cours en ce qui concerne les trois accusés, colocataires du domicile où le crime a eu lieu. Les frères A.B. et M.B., en plus de H.K. sont poursuivis en état d’arrestation. La justice doit encore démêler leurs déclarations et juger s’ils avaient, ou non, été mis au courant du crime commis dans leur propre domicile.

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