HCP, ONU et Banque mondiale : les travailleurs de l’informel et les femmes sont les plus grandes victimes de la crise

Dans une note stratégique publiée le 17 août conjointement par le HCP, le Système des Nations unies au Maroc et la Banque mondiale, les trois institutions recommandent une série de mesures pour sortir le pays de la crise socio-économique liée au Covid-19.

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Les travailleurs de l'informel ont dû, pour beaucoup, poursuivre leur activité pendant le confinement. Crédit: Yassine Toumi/TelQuel

Quel impact économique et social a eu la pandémie de Covid-19 au Maroc, et quelles sont les pistes pour en sortir ? Dans une note stratégique conjointe publiée ce 17 août, le Haut-Commissariat au plan, le Système des Nations unies au Maroc et la Banque mondiale ont étudié la question à travers une approche “unique, inclusive et collaborative”, et formulé “des recommandations stratégiques basées sur des données fiables afin que personne ne soit laissé-pour-compte”.

Si, au Maroc, le gouvernement a très vite adopté des mesures de soutien financier aux ménages les plus affectés par cette situation, ainsi que des mécanismes de financement pour les entreprises, “certains secteurs ont cependant été fortement impactés comme notamment le tourisme, les transports, les activités culturelles et événementielles, mais aussi, de manière transversale, le secteur informel (beaucoup plus difficilement mesurable), dont les travailleurs sont parmi les plus affectés par les conséquences négatives de la crise”, note le document.

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Premières victimes

D’après les chiffres du HCP, l’économie marocaine devrait connaître une récession, la première depuis plus de deux décennies, sous l’effet conjugué de la sécheresse et de la pandémie. Cette récession devrait se situer à 5,8 % du PIB, avec un déficit budgétaire à 7,4 % du PIB.

Cette crise sera plus durement vécue par les travailleurs du secteur informel, “qui représentent une grande majorité des Marocains actifs et populations étrangères (migrants, réfugiés), et qui sont généralement employés dans des secteurs particulièrement vulnérables à la crise, comme le secteur du tourisme ou des transports, la vente au détail, ou encore la ‘gig économie’ (qui travaillent sur la base de courts contrats, à la demande), mais également par tous ceux dont le travail ne peut pas se faire à distance”, relève la note stratégique.

Les trois institutions recommandent un transfert d’argent rapide pour les femmes travaillant dans le secteur informel

L’autre aspect de cette crise est l’aggravation des inégalités de genre. “Les femmes sont plus exposées aux risques de la crise et ont également des besoins spécifiques de protection sanitaire et médicale qui ne sont pas toujours satisfaits, notamment l’équipement, la sécurité psychologique et un environnement de travail adapté”, souligne le document.

Dans ce sens, l’ONU Femmes rappelle que “lorsque les systèmes de santé sont surchargés, la charge des soins à domicile est plus importante et incombe en grande partie aux femmes, qui ont consacré en moyenne six fois plus de temps au travail domestique que les hommes pendant la période de confinement”.

Les trois institutions recommandent ainsi un transfert d’argent rapide pour les femmes travaillant dans le secteur informel. “Les PME, les startups ou les coopératives dirigées par des femmes ont besoin de soutien par le renforcement de leurs capacités et l’accès au marché, surtout durant les phases de restriction de mobilité, plus élevée pour les femmes”, note le document.

Une opportunité pour accélérer les réformes

Pour sortir de cette crise occasionnée par la pandémie, le HCP, le Système des Nations unies au Maroc et la Banque mondiale recommandent l’élaboration d’un nouveau modèle d’équilibre économique et de développement durable, aligné avec la réalisation des Objectifs de développement durable et appuyé par un suivi des indicateurs déjà disponibles. Cette recommandation implique de “soutenir l’analyse d’impact de la crise sur les différents secteurs, l’appui à la planification de la réponse économique et sociale, ainsi que la gestion des ressources”.

L’autre axe est l’innovation dans la collecte et l’analyse des données contextualisées afin de ne laisser personne de côté. D’après les rédacteurs du rapport, “la digitalisation, l’Intelligence artificielle et les nouvelles technologies en général sont déjà au centre de la compréhension de la crise à travers le monde et généreront aussi des enseignements selon l’expérience qui en est faite par les services gouvernementaux, les entreprises et la société civile”.

La note recommande aussi de voir la crise comme une opportunité de renforcer la régionalisation avancée et valoriser le rôle de la société civile ; d’accorder une attention particulière à l’évolution de la pauvreté multidimensionnelle et à la planification d’une réponse inclusive ; et enfin d’investir dans la continuité des services publics de santé, d’éducation et d’administration durant et après la crise.

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