Chronique d’un confinement. Jour 55   

Confinée dans son appartement parisien, notre chroniqueuse Fatym Layachi nous fait le récit quotidien d’une vie entre quatre murs.

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Jour 55. Demain n’est plus si loin et ça me fait un peu peur.

Dimanche 10 mai

Jour 55

Demain, je ne serais plus confinée.

Demain, je pourrais sortir de chez moi sans une attestation de déplacement dérogatoire.

Demain, je pourrais sortir sans raison.

Demain, je pourrais aller à plus d’un kilomètre de chez moi.

Demain, je pourrais revoir mes amis.

Demain, je pourrais aller m’acheter un jean, des lunettes de soleil ou une robe bleue.

Demain je pourrais m’acheter des choses inutiles.

Demain, le bruit sera de retour dans les rues de Paris.

Demain n’est plus si loin et ça me fait un peu peur.

On ne verra sûrement plus Paris comme ça.

Ma cousine, à qui je confiais ma paradoxale appréhension du déconfinement, m’a dit que c’était comme retirer un plâtre. Et j’ai trouvé son image si juste. Comme lorsqu’on retire un plâtre, on est excité, on a hâte. Mais comme lorsqu’on retire un plâtre, on a peur de quitter ce cocon, cette protection. On a peur de refaire ces petits gestes qui paraissaient anodins avant. On a peur de se faire mal à nouveau. De se faire encore plus mal.

Il s’en est passé des choses en presque deux mois de quarantaine. Il y en a eu des émotions.

Demain, la peur et l’inquiétude n’auront pas disparu. Mais demain existe et c’est déjà très beau de pouvoir y rêver

Il y a une quinzaine de jours, je suis tombée sur une interview de Sylvain Tesson qui disait que “quand on se confine, il faut prendre soin de s’entourer de compagnons versés dans les humanités ! Le temps passe plus subtilement”. C’est tellement vrai. Mais aujourd’hui, alors que mon confinement touche à sa fin, je me rends compte à quel point j’ai eu de la chance d’être si bien entourée. Mon temps n’est peut-être pas passé plus doucement, mais pour sûr il est passé avec pas mal de douceur.

L’interview de Sylvain Tesson.

Alors je voudrais dire merci à mes précieux partenaires de ce voyage sans destination. Aux magnifiques compagnons de ce train fantôme qui n’allait nulle part et, mais qui nous a secoué dans tous les sens.

Merci à cette amie prodigieuse qui m’a offert de la sollicitude, de l’affection, des brins de muguet, des confidences et tellement de précieux conseils.

Des cadeaux déposés sur un pont.

Merci à mes voisins qui ont su faire de cette cour autour de laquelle nous vivons un endroit bienveillant. Nous ne nous connaissions pas avant. Nous prenons soin les uns des autres aujourd’hui.

Les délicates attentions du voisinage.

Merci à cette ange gardienne que la vie a mis sur mon chemin dernièrement et qui a veillé sur moi. Qui m’a envoyé des messages ensoleillés, des fleurs et beaucoup de douceur maternelle. Alors que je ne sais pas quand un avion me permettra de retrouver ma maman, cette tendresse m’a fait tellement de bien.

Merci à mes amis que j’aime profondément. J’ai toujours su que l’amitié est le plus bel endroit du monde. Ce confinement m’a fait prendre conscience encore une fois que l’amitié est un trésor inestimable.

La chance d’être livrée par son meilleur pote.

Merci pour les soirées de Trivial Pursuit, les cartes postales, merci pour les fous rires, les apéros virtuels et les gueules de bois bien réelles, merci pour les cadeaux déposés sur un pont, les recettes de cuisine, les playlists, les tubes de vitamine C et les astuces pour faire une manucure. Merci pour toutes ces jolies choses qui ont mis de la douceur dans cette quarantaine.

Mon “wall of fame” des jolis mots du confinement.

Demain, le virus sera encore en circulation et le vaccin ne sera pas encore trouvé. Demain, les hôpitaux parisiens seront toujours saturés. Demain, la peur et l’inquiétude n’auront pas disparu. Mais demain existe et c’est déjà très beau de pouvoir y rêver.

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