Abdelouafi Laftit : “La circulation entre les villes sera l’une des dernières choses à être rétablies”

Le 29 avril à la Chambre des représentants, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit s’est exprimé face à la Commission de l’intérieur, des collectivités territoriales, de l’habitat et de la politique de la ville pour faire le point sur la gestion de la crise sanitaire.

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Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, intervenant lors d’une réunion de la commission de l’Intérieur à la Chambre des représentants, le 23 mars. Crédit: MAP

Ce sont 5,1 millions de familles qui ont pu bénéficier des aides financières du fonds spécial pour la lutte contre le nouveau coronavirus (Covid-19), a indiqué, mercredi 29 avril à Rabat, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit. Le fonds a permis de soutenir 800.000 personnes affiliées à la CNSS en arrêt de travail, et 2,3 millions familles détentrices de la carte Ramed, en plus de deux millions de ménages “non-Ramédistes”, a expliqué le ministre lors d’une réunion de la Commission de l’intérieur, des collectivités territoriales, de l’habitat et de la politique de la ville à la Chambre des représentants.

“Destin commun”

Après avoir mis en avant les mesures prises pour faire face aux retombées de la pandémie avec comme premier objectif la protection des citoyens, Laftit a souligné que la mise en œuvre optimale de l’état d’urgence sanitaire requiert avant tout “une conviction profonde de tous les citoyens en leur destin commun”. Dès la confirmation des premiers cas de coronavirus, a-t-il rappelé, le royaume a suspendu toutes les liaisons aériennes et maritimes avant de décréter l’état d’urgence sanitaire le 20 mars, ensuite prolongé jusqu’au 20 mai. Tous les intervenants ont été mobilisés dès le départ, avec en particulier la création d’une cellule locale de suivi dans chaque province et chaque région, afin d’apporter avec la célérité requise des solutions aux problèmes rencontrés, a poursuivi le ministre.

L’effort visant l’approvisionnement du marché en quantités suffisantes de masques a permis la production de 110 millions d’unités

Abdelouafi Laftit a dans ce contexte cité la mise à disposition des moyens et équipements de santé au niveau des hôpitaux, ainsi que la création d’hôpitaux de campagne. Parmi les mesures adoptées, le ministre de l’Intérieur a également mentionné le port obligatoire des masques médicaux pour toutes les personnes autorisées à se déplacer hors de leur résidence dans les cas exceptionnels. Le ministre a ainsi indiqué que 110 millions de masques ont été produits par le Maroc.

Au cours des débats qui ont suivi l’intervention d’Abdelouafi Laftit devant les membres de la commission, le ministre a mis l’accent sur l’application mobile lancée par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), permettant aux agents de sûreté à différents barrages de contrôle de suivre les mouvements des citoyens. Il a également insisté sur le fait que cette application serait utilisée de manière provisoire tout en précisant que son développement a été réalisé par des cadres marocains.

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L’utilisation de cette application a été déployée avec l’accord de la Commission nationale de contrôle de protection des données à caractère personnel (CNDP), elle est respectueuse des informations personnelles. Abordant une éventuelle levée de l’état d’urgence sanitaire, Abdelouafi Laftit a assuré que les scénarios possibles sont actuellement étudiés et que toutes les mesures d’accompagnement sont examinées pour le déconfinement. Le ministre a, à ce propos, appelé les citoyens à veiller au respect des mesures prises par les autorités publiques pour faire face à la pandémie du coronavirus.

Marocains bloqués à l’étranger : le grand retour ?

 Lors de son intervention, le ministre de l’Intérieur a également évoqué le cas des Marocains bloqués à l’étranger. Dans ce sens, Abdelouafi Laftit a annoncé un retour “proche” des Marocains bloqués à Sebta et à Melilia.“Nous travaillons sur les procédures pour un retour des Marocains bloqués à Sebta et Melilia dans un avenir proche et que ce retour s’effectue dans de bonnes conditions pour tous”, annoncé Abdelouafi Laftit devant la commission parlementaire de l’Intérieur. Ce retour devrait être accompagné de grandes mesures sanitaires prises à l’égard des rapatriés qui seront placés en quarantaine quelques jours avant de pouvoir rejoindre leurs proches. De bon augure pour le reste des Marocains bloqués à l’étranger ? Ce qui est certain, c’est que le rapatriement de ces personnes nécessite les grands moyens logistiques pour assurer leurs sécurités et celle de leurs concitoyens. En effet, selon le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, plus de 22.000 Marocains demandent à être rapatriés.

Vers un plan D

Face à la commission, Abdelouafi Laftit a tenu un discours assez rassurant, mais réaliste. Sans promettre du rêve, mais sans pour autant exclure le démarrage du déconfinement après le 20 mai, le ministre de l’Intérieur a indiqué que le dernier point rétabli serait la circulation entre les villes.

“Nous étudions tous les scénarios jusqu’au 20 mai et après le 20 mai”

La circulation entre les villes, provinces et régions, sera l’une des dernières choses à être rétablies”, a-t-il affirmé. C’est dire que les gens qui espéraient passer l’Aïd Al Fitr en famille dans d’autres villes devront forcément attendre l’année prochaine, le ramadan s’achevant la semaine du 20 mai.

Laftit n’exclut pas non plus un prolongement du confinement. Selon lui, tout dépendra de l’évolution de la situation. Pour l’instant, il préfère assurer que la circulation entre les villes ne sera pas aussitôt rétablie, surtout que certaines régions du Maroc ne connaissent aucun cas d’infection. Dans ce sens, il a rassuré au sujet du nouveau foyer de contamination détecté dans la prison de Ouarzazate (300 cas). D’après Laftit, la ville et deux douars qui l’avoisinent ont été isolés du reste du pays.

“Nous étudions tous les scénarios jusqu’au 20 mai et après le 20 mai”, a martelé le ministre de l’Intérieur, qui insiste sur le respect des consignes de sécurité.

Mesures strictes, mais craintes pour l’économie

Le but de toutes les mesures de sécurité prises est de limiter la propagation rapide du coronavirus, mais sans pour autant étouffer l’économie qui va déjà une crise sans précédent, a indiqué Abdelouafi Laftit, qui assure que les souks ruraux hebdomadaires pourront bientôt être ouverts, et que des scénarios de réouverture sont actuellement en train d’être étudiés. Il affirme qu’en cas de réouverture des souks hebdomadaires qui représentent un point d’approvisionnement très important, cela se fera avec précaution, dans le respect des mesures sanitaires. Des mesures pensées pour limiter la propagation d’un virus qui menace tous les citoyens.

Les Marocains, à l’image du reste du monde, devront apprendre à vivre avec cette menace en limitant leur exposition au virus

D’après le ministre, quoi qu’il arrive d’ici le 20 mai, les Marocains, à l’image du reste du monde, devront apprendre à vivre avec cette menace en limitant leur exposition au virus. D’ailleurs, Laftit a rappelé que toutes les personnes ne respectant pas les consignes de sécurité sont interpellées ou rappelées à l’ordre. Il note 81.000 interpellations (une moyenne d’environ 2000 interpellations par jour), depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire en mars dernier. Néanmoins, ces interpellations ne donnent pas toutes lieu à des poursuites, affirme le ministre de l’Intérieur, qui a également évoqué la question des aides aux familles impactées par la crise liée au Covid-19.

Il assure que 4,3 millions de demandes ont d’ores et déjà été servies, un grand chiffre qui complique, selon lui, les moyens de vérification et de suivi. “Il est clair que des gens qui ne la méritent pas auront obtenu l’indemnité”, a déclaré Abdelouafi Laftit.

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