Chronique d’un confinement. Jour 44

Confinée dans son appartement parisien, notre chroniqueuse Fatym Layachi nous fait le récit quotidien d’une vie entre quatre murs.

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Mercredi, c'est poésie !

Mercredi 29 avril

Jour 44

Comme la semaine dernière et celle d’avant, j’ai décidé que le mercredi ça serait poésie.

Parce que les mots peuvent apaiser, rassurer, faire rêver ou faire grandir.

Parce que la littérature permet parfois de mieux lire le monde.

Donc mercredi, poésie !

 

Extrait du Prophète de Khalil Gibran, 1923

Et un orateur dit : Parle-nous de la Liberté.

Et il répondit : Je vous ai vu vous prosterner aux portes de la cité et dans vos foyers, et vous vouer au culte de votre propre liberté, comme les esclaves qui s’humilient devant un tyran et le louent, alors qu’il les anéantit. Oui, dans le bosquet du temple et dans l’ombre de la citadelle, j’ai vu les plus libres d’entre vous porter leur liberté comme un joug ou des menottes.

Et mon cœur saigna en moi ; car vous ne pouvez être libre lorsque vous forgez une chaîne du désir même de la liberté, et quand vous ne cessez de parler de la liberté comme d’un but et un accomplissement. Vous serez libre en vérité non pas quand vos jours seront sans tourments et vos nuits sans un désir ou un chagrin, mais davantage quand ces choses étrangleront votre vie, et que pourtant vous vous élèverez au-dessus d’elles, nu et sans entraves.

Et comment vous élèverez-vous au-delà de vos jours et de vos nuits, à moins que vous ne rompiez les chaînes que vous-même, à l’aurore de votre entendement, avez fixé autour de votre âge mûr ?

En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, bien que ses anneaux scintillent au soleil et éblouissent vos yeux.

Et à quoi voulez-vous renoncer dans votre quête de la liberté, si ce n’est à des parcelles de vous-même ?

S’il existe une loi injuste que vous voudriez abolir, cette loi fut écrite de votre propre main sur votre propre front. Vous ne pouvez l’effacer en brûlant vos Tables de la loi, ni en lavant le front de vos juges, même si vous déversiez sur eux la mer tout entière.

Et s’il existe un despote que vous voudriez détrôner, voyez d’abord si l’image de son trône érigée en vous est détruite. Car comment le tyran peut-il régner sur les affranchis et les fiers, s’il n’existe une tyrannie dans leur propre liberté et une honte dans leur propre fierté ?

Et s’il existe un tourment que vous voudriez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre cœur et non dans la main du tourment. Vraiment, toutes les choses se meuvent dans votre être en une continuelle étreinte fatale ; ce que vous désirez et ce que vous redoutez, ce qui vous attire et ce qui vous répugne, ce que vous poursuivez et ce que vous voulez fuir. Ces choses se meuvent en vous comme la lumière et l’ombre, en couples enlacés.

Et quand l’ombre se dissipe et disparaît, la lumière qui persiste devient l’ombre d’une autre lumière.

Et telle est votre liberté qui, quand elle perd ses entraves, devient l’entrave d’une plus grande liberté.

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