Chronique d’un confinement. Jour 12

Confinée dans son appartement parisien, notre chroniqueuse Fatym Layachi nous fait le récit quotidien d’une vie entre quatre murs.

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Jour 11. C’est un petit détail. Mais comme le diable, l’espoir peut s’y nicher.

Samedi 28

Jour 12

Hier, la banque centrale de Tunisie a mis en circulation un nouveau billet de dix dinars.

Ce billet est illustré par le portrait de Tawhida Ben Cheikh. C’est la première fois qu’un billet est à l’effigie d’une femme.

Madame Ben Cheikh est la première femme médecin du Maghreb.

En 1929, elle a été la première Tunisienne à obtenir son baccalauréat.

Elle est décédée en 2010 à l’âge de 101 ans après avoir dirigé le Croissant-Rouge tunisien.

C’est un petit détail. Mais comme le diable, l’espoir peut s’y nicher.

Ce choix a été fait il y a un an pour “rendre hommage au Docteure Ben Cheikh, pour rendre hommage à la femme tunisienne et pour saluer les médecins et tout le corps médical en Tunisie”. Ce choix résonne encore plus fort aujourd’hui.

En Tunisie, toujours, 110 femmes et 40 hommes ont choisi de se confiner sur leur lieu de travail. Ils se sont enfermés avec de quoi vivre en autarcie dans les 5.000 m2 de l’entrepôt ou ils continuent de fabriquer des masques, des charlottes, des combinaisons stériles et autres protections pour les soignants.

Le directeur de l’usine, Hamza Alouini, lui aussi confiné avec ses équipes, explique ce choix avec humilité et justesse : “Nous sommes les seuls à fabriquer pour les hôpitaux tunisiens : on ne peut pas prendre le risque de contaminer l’usine.” Comme pour rendre leur héroïsme logique.

Il raconte aussi qu’il y a parmi les couturières une jeune femme de 22 ans qui n’avait jamais dormi en dehors de chez elle. Le quatrième jour, elle a pleuré, car sa mère lui manquait. “Mais elle a finalement décidé de rester, car les salariés savent l’importance de ce qu’ils fabriquent.” C’est émouvant.

Une des ouvrières raconte que “la journée de travail commence par l’hymne national. Ça nous donne l’impression que nous sommes des soldats au service des soignants”.

Je ne sais pas si ce sont des soldats, mais leur courage et leur dévouement sont admirables.

Même dans des moments tragiques, la Tunisie continue d’être un bel espoir.

Que cette odeur de jasmin continue encore longtemps d’embaumer le sud de la Méditerranée.

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