Quelle menace pour le secteur du tourisme ?

Le 27 février, à la Chambre de commerce britannique au Maroc, la ministre du Tourisme Nadia Fettah rappelait que le tourisme pesait 7 % du PIB national. Le coronavirus est-il une menace concrète pour ce secteur porteur ?

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Des touristes asiatiques posent devant la tour Hassan à Rabat, en 2017. Crédit: Fadel Senna/AFP

Le 27 février, la ministre du Tourisme, Nadia Fettah, a rappelé l’importance de son secteur dans le PIB national lors d’une conférence à la Chambre de commerce britannique au Maroc.

Depuis plusieurs semaines, le secteur accumule les mauvaises nouvelles. La plupart sont liées aux répercussions du coronavirus sur les flux de passagers à destination du pays ou partant à l’étranger via des voyagistes marocains.

Mauvais augure

Le 31 janvier dernier, la compagnie aérienne nationale avait annoncé la suspension de sa ligne aérienne Casablanca-Pékin jusqu’au 29 février. Le 27 février, le ministère des Affaires étrangères saoudien annonçait la suspension temporaire de l’entrée des pèlerins sur son territoire dans le but de “prévenir l’arrivée du nouveau coronavirus dans le royaume et sa propagation”. Depuis la semaine dernière, c’est l’Italie voisine qui est fortement touchée par la propagation du Covid-19, avec un bilan au 2 mars qui franchissait la barre des 50 décès et plus de 520 personnes contaminées.

“Le tourisme au Maroc, c’est 500.000 emplois directs et plus d’un million de façon indirecte. Il faut tirer la sonnette d’alarme”

Hayat Jebrane, Goal Voyages

L’impact est bel et bien ressenti chez certains acteurs du tourisme, comme nous l’explique Hayat Jebrane, présidente de Goal Voyages : “Après la chute de Thomas Cook, maintenant le coronavirus et les touristes chinois, l’Italie qui est touchée depuis la semaine dernière, et hier, les voyages pour l’Omra suspendus. L’année se présente très mal. Nous avons besoin d’un soutien, d’un accompagnement”, témoigne-t-elle. “Le tourisme au Maroc, c’est 500.000 emplois directs et plus d’un million de façon indirecte. Il faut tirer la sonnette d’alarme.

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Mais si les déboires sont encore bien trop récents pour être estimés, le ressenti reste mauvais à cause d’une psychose générale. “Il y a pour le moment beaucoup plus de panique que de chiffres. Les gens sont dans l’expectative et annulent leurs voyages sur certaines destinations. On peut observer un réel ralentissement des réservations. Chaque jour apporte son lot d’information. La plus grande foire du tourisme mondial qui a lieu à Berlin est probablement en passe d’être annulée… L’Italie a annulé des avions au départ de marchés émetteurs”, déplore Rachid Dahmaz, président du Conseil régional du tourisme (CRT). Il poursuit : “Il y a une psychose qui s’installe au début de la haute saison.”

Une peur à relativiser

Mais pour d’autres acteurs du secteur, il faut relativiser la situation, potentiellement similaire à d’autres événements sanitaires que le tourisme marocain a déjà traversés.

L’ancien directeur de l’ONMT et dirigeant de Chorus Consulting, Samir Sahraoui, nous explique : “Comme Ebola ou la grippe aviaire, je ne pense pas que cette affaire va avoir les conséquences qui sont appréhendées aujourd’hui. Il y a eu des moments de panique, mais jamais de crise sur le long terme.

“La clientèle chinoise représente un peu plus de 100.000 touristes par an au Maroc, sur 13 millions au total”

Samir Sahraoui, ancien directeur de l’ONMT

Concernant la suspension de la ligne Casablanca-Pékin et la chute des réservations des touristes chinois, l’ancien directeur de l’ONMT se veut rassurant : “C’est là-bas que le foyer se trouve, donc en termes de sécurité, c’est bon pour le Maroc. Qui plus est, précisons que la clientèle chinoise représente un peu plus de 100.000 touristes par an au Maroc, sur 13 millions de touristes au total. Ce n’est ni leur baisse ni leur absence qui impactera significativement le secteur.

Mais Samir Sahraoui nuance sur la problématique européenne : “L’Italie reste en revanche l’un des 10 marchés les plus importants en termes de tourisme pour le Maroc. Surtout en termes de recettes. Y aura-t-il une baisse des flux touristiques italiens vers le Maroc ? Je ne sais pas, mais il y a plus de risques sur les flux en provenance d’Europe. La période de stress durera un temps, pas indéfiniment.

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