Phase II de flexibilité du dirham : pourquoi maintenant ?

Le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib ont annoncé, le 6 mars au soir, que le Maroc passerait à la seconde phase de flexibilité du dirham le 9 mars. La décision n’a pour l’instant pas été justifiée. Décryptage.

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Visite au Maroc de la directrice du FMI, Kristalina Gueorguieva, accueillie par le ministre de l'Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, et le wali de la BAM, Abdellatif Jouahri, fin février 2020. Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

Vendredi 6 mars à 17 heures 40, un communiqué du ministère des Finances, relayé par la MAP, informait qu’à partir du lundi 9 mars, le royaume allait procéder à “un élargissement de la bande de fluctuation du dirham de ±2,5 % à ±5 %, par rapport à un cours central fixé par la Banque centrale sur la base d’un panier de devises composé de l’euro (60 %) et du dollar américain (40 %)”.

Le ministère des Finances et Bank Al-Maghrib ont donc pris la décision, sans annonce préalable, de passer à la phase II de la libéralisation du dirham à la veille d’un week-end.

Réforme express

Pourquoi avoir choisi d’entamer cette seconde phase de réforme dans un laps de temps aussi court ? Durant les mois qui ont précédé la mise en œuvre de la première phase, intervenue le premier janvier 2018, des entreprises avaient spéculé sur une dévaluation de la monnaie nationale, avec la complicité de leurs banques.

Une situation qui avait irrité le wali : “Je ne suis pas content parce qu’on spéculait contre le dirham. Nous considérions les banques comme les meilleurs porte-parole de cette réforme auprès des opérateurs”, avait déploré Abdellatif Jouahri lors d’une conférence de presse, le 20 juin 2017. BAM avait même diligenté une enquête dans ce sens.

En annonçant l’opération la veille d’un week-end pour le lundi suivant, les autorités poursuivent un double objectif : éviter de créer la panique et couper l’herbe sous le pied des spéculateurs.

Préparer l’économie aux chocs

Depuis la mise en œuvre de la première phase, le ton était à la prudence. Passer au régime de change flexible allait prendre “jusqu’à quinze ans”, expliquait Bank Al-Maghrib. Même sous la pression du FMI et de la Banque mondiale, Jouahri insistait sur le fait qu’il fallait “prendre le temps”.

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Pourquoi cette décision intervient-elle maintenant ? La visite de directrice générale du FMI Kristalina Gueorguieva au Maroc, du 17 au 20 février, a certes accéléré les choses. Mais un autre élément explique l’opération.

Le wali de la BAM avait spécifié, dans un entretien avec Bloomberg en octobre dernier, que le régime de change marocain irait vers plus de flexibilité “en cas de choc externe”. Le régime de change flexible joue un rôle d’ajustement macroéconomique en cas de choc exogène.

Premier choc, l’épidémie de coronavirus va certainement avoir des répercussions importantes sur des secteurs comme le tourisme, l’industrie ou le textile.

L’autre choc concernerait le retard des pluies. La loi de Finances de cette année s’appuie sur l’hypothèse d’une production céréalière de 70 millions de quintaux pour prévoir un taux de croissance de 3,7 %. Sauf que, d’après les prévisions, elle ne devrait pas dépasser 40 millions de quintaux, selon le département américain d’Agriculture.

Alors que le secteur agricole contribue pour près de 15% au PIB, une mauvaise récolte aurait des répercussions importantes sur la croissance économique en 2020. Jouahri devra s’expliquer sur cette décision lors de la réunion du conseil d’administration de la banque centrale, le 17 mars.

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