Great Deal : Le tir groupé de Jared Kushner au Maroc

Great Deal : Le tir groupé de Jared Kushner au Maroc

En visite au Maroc, les 1er et 2 août, Jared Kushner s'est entretenu avec le prince héritier émirati Mohammed ben Zayed (MBZ), le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue omanais Youssef al-Alawi.

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Donald Trump avec son conseiller et gendreJared Kushner en mai 2017. Crédit: MANDEL NGAN / AFP

Jared Kushner a fait d’une pierre trois coups, lors de son déplacement au Maroc les 1er et 2 août. Lors de la dernière escale d’une tournée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le gendre et conseiller du président américain Donald Trump s’est entretenu, au Maroc, avec le prince héritier émirati et homme fort d’Abu Dhabi Mohammed ben Zayed (MBZ), mais également avec le ministre omanais des Affaires étrangères Youssef al-Alawi et le ministre marocain Nasser Bourita.

Une triple rencontre révélée par le Jerusalem Post et confirmée par une source autorisée marocaine à TelQuel. “Jared Kushner était dans la même logique que lors de sa précédente visite au Maroc (fin mai, ndlr). Il s’agissait de sonder, pour savoir si tout le monde avait la même compréhension des choses, après le sommet de Manama”, explique notre source.

C’était même l’objectif de la nouvelle tournée arabe de Jared Kushner, tout au long de la semaine dernière, qui l’a mené en Jordanie, en Israël et en Égypte avant le Maroc. En charge de mener à bien le plan de paix pour le Proche-Orient de Washington – qui a nécessité quelque trente mois d’étude -, le conseiller du président américain a cherché à évacuer les doutes et réticences des pays arabes sur ce plan, qui a fait l’objet de critiques, à la fois avant et pendant sa présentation lors d’une conférence au Bahreïn, les 25 et 26 juin derniers.

Recherche de crédibilité

D’après le Jerusalem Post, qui cite un responsable de l’administration américaine, la rencontre entre Jared Kushner et MBZ devait initialement se tenir aux Émirats arabes unis, avant d’avoir lieu au Maroc. Pour notre source diplomatique, en effet, “les rencontres auraient pu avoir lieu ailleurs, mais le choix du Maroc a été fait car le Maroc a un rôle, une crédibilité dans ce dossier. Son rôle est parfois discret, parfois connu, mais le Maroc n’a jamais perdu son rôle.

Une médiation dont le Maroc d’Hassan II s’était fait une spécialité, en abritant des rencontres formelles et informelles sur la question israélo-palestinienne, à l’image de la visite aussi incongrue que discrète du président du conseil israélien Itzhak Rabin, affublé d’une perruque blonde, en 1977. L’année suivante, les prémices de l’Accord de Camp David (1978) et du traité de paix israélo-égyptien (1979) seront discutés à Ifrane, entre Moshé Dayan, ministre israélien des Affaires étrangères et Hassan Touhami, vice-Premier ministre égyptien, par le biais de Hassan II.

“Un nouveau sommet n’est pas à l’ordre du jour”

Reste que concernant le plan de paix de l’administration américaine, baptisé “De la paix à la prospérité”, “un nouveau sommet n’est pas à l’ordre du jour”, confie notre source marocaine. Plusieurs sources médiatiques ont évoqué, en marge de la tournée de Kushner, la tenue d’une nouvelle rencontre, organisée par Donald Trump avec les dirigeants de pays arabes, qui se tiendrait à Camp David en prolongement du sommet bahreïni. Celle-ci, d’après les mêmes sources, se tiendrait avant les élections législatives en Israël prévue pour la mi-septembre. L’administration américaine ne s’est toutefois pas exprimée officiellement sur le sujet.

Si le Maroc avait pris part à la conférence de Bahreïn, seul Faouzi Lekjâa, directeur du Budget au ministère des Finances, avait été dépêchée à Manama. Une présence à minima confirmée seulement la veille du sommet par le ministère des Affaires étrangères, dans un contexte d’opposition populaire à une participation marocaine au sommet.

Cette représentation de second ordre avait été partagée par les Émirats arabes unis qui ont également envoyé le numéro deux des Finances. Quant à Oman, réputé pour sa diplomatie de “neutralité bienveillante”, le sultanat a longtemps été incertain, avant de finalement renoncer à sa participation, annonçant dans le même temps son souhait “d’ouvrir une ambassade dans les territoires palestiniens”. De manière plus générale, le “workshop” (atelier de travail) de Bahreïn a laissé sceptique les États arabes présents, et en premier lieu, les Palestiniens qui ont boycotté l’évènement.

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Re-mobiliser après Manama

Cité par le Jerusalem Post, un responsable de l’administration américaine a depuis évoqué des réunions “extrêmement productives” lors de cette deuxième tournée arabe de Jared Kushner, post-Manama. Celle-ci aurait servi à “maintenir la dynamique de l’atelier de Bahreïn”, au cours duquel l’administration américaine a présenté, devant quelques personnalités politiques du monde arabe, mais surtout de possibles investisseurs du Golfe et d’Europe, le volet économique du “Great Deal”. Celui-ci vise à investir cinquante milliards de dollars en Palestine et dans les pays arabes voisins pendant dix ans pour permettre la réalisation de quelque 179 projets, dont le projet de corridor routier entre la Cisjordanie et Gaza. Les détails du volet politique du plan américain restent en revanche flous.

Au début de sa tournée, Jared Kushner a rencontré, à Amman, le roi Abdallah II de Jordanie, dont la position “est la même que celle du Maroc”, c’est-à-dire opposée aux propositions du conseiller américain partisan de la solution à “deux États”. Une position jordanienne largement partagée dans la région depuis le sommet arabe, du 28 mars 2002. Et notamment par Le Caire qui, après le passage de Jared Kushner a réitéré dans un communiqué son engagement en faveur “d’une solution à deux États et de l’édification d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale”.

En outre, lors de sa tournée, le gendre de Donald Trump était accompagné du conseiller principal de la Maison-Blanche et adjoint du président, Avi Berkowitz, de l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt ainsi que du représentant spécial pour l’Iran, Brian Hook. Une équipe qui laisse penser que les discussions, outre le Proche-Orient, ont également porté sur la situation géopolitique dans la péninsule arabique, crispée depuis début juin sur fond de tensions pétrolières entre les États-Unis et la République islamique. Un ennemi que partagent les États-Unis et les Émirats.

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