Devant un sketch raciste sur Al Aoula, la HACA rit jaune

Un sketch joué lors du télécrochet “Stand Up” diffusé sur Al Aoula a créé la polémique le week end dernier. Le comédien, qui interprétait sur scène le personnage d'un migrant africain, a été accusé de véhiculer des clichés racistes, devant un jury complice et un public conquis. La HACA a réagi et "n’entend pas laisser passer un tel sketch".

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Peut-on rire de tout ? Le week-end dernier, un sketch mettant en scène le personnage d’un migrant africain parcourant le royaume a déclenché une polémique sur les réseaux sociaux. Diffusée par la chaîne Al Aoula dans le cadre de son télécrochet humoristique “Stand Up”, la prestation de l’humoriste Abdellah Elberkaoui a été taxée de racisme. Les juges de l’émission ont quant à eux été accusés de complaisance. Devant le tollé, la Haute Autorité de la Communication audiovisuelle (HACA) s’est auto-saisie.

« Kahlouch, Kahlouch! »

Abdallah Elbarkaoui de Côte d’Ivoire, kahlouch (“noiraud”, ndlr) du Maroc”, se présente le comédien en entrant sur scène, avec un accent africain appuyé. Il poursuit: “De la Côte d’Ivoire au Maroc, j’ai mis 15 jours à pieds.” Le personnage raconte ensuite son périple à travers le royaume, relatant ses déboires dans les grandes villes marocaines. Tout au long du sketch, le migrant est présenté comme un benêt au rire idiot, parfois violent et même bestial. La caricature rappelle l’Africain de Michel Leeb, personnage célèbre de l’humoriste français dans les années 1980, qui lui avait valu de nombreuses critiques des associations antiracistes.

Dans le studio, le public présent est au comble de l’hilarité. Les applaudissement se succèdent en salves, et certains spectateurs peinent à contrôler leur fou rire. Des “Kahlouch, Kahlouch!” fusent des gradins à chaque minute. Le jury du télécrochet ne sont pas moins emballés par la prestation de l’humoriste. Tout sourire, ils font des signes qui laissent penser que le spectacle est à leur goût, cherchent la complicité du public, et un des juges va même jusqu’à demander une standing ovation pour l’artiste. Au moment de rendre son verdict, la comédienne Latefa Ahrrare choisit d’emprunter à son tour un accent africain pour féliciter le candidat.

Si le succès a été total sur le plateau de la SNRT, les premières réactions négatives ont commencé à poindre sur les réseaux sociaux. Des utilisateurs s’indignent du contenu du sketch, qualifié de “douteux”. D’autres critiques ciblent le rôle des jurés. Selon eux, Latefa Ahrrare en reprenant l’accent de l’humoriste, s’est rendue coupable d’encourager des stéréotypes insultants pour les migrants africains. De son côté, la SNRT qui diffuse le programme a voulu minimiser l’affaire. Selon une source au sein de la chaîne citée par le Huffpost, “aucune ligne rouge n’a été franchie”, ajoutant qu’elle ne voulait pas accabler un “jeune auteur comique”. Stand up est une émission interactive, on prend compte des réactions. Pour le moment, les réactions négatives ne sont que des avis”, se défend la première chaîne. Après quelques jours de réflexion, l’instance de la HACA vient de se saisir de l’affaire.

« Nous avons passé la ligne rouge »

“Nous sommes en train d’instruire ce dossier, nous n’entendons pas laisser passer un tel sketch. C’est bien beau de proclamer la tolérance, le vivre-ensemble et de dire que nous pouvons rire de tout. Mais la liberté d’expression a des limites, ici, nous avons passé une ligne rouge”, nous explique une source au sein de la HACA, précisant que l’affaire était en train d’être traitée au sein du Conseil de l’organisme. “Nous nous sommes saisis de ce cas, comme nous nous saisirons de tous les cas qui ont trait au racisme, à la misogynie, au sexisme ou aux injures envers les handicapés”, prévient-elle encore, ajoutant que la sanction de la HACA à l’encontre de la SNRT pouvait aller du blâme à l’amende financière.

Mais au-delà des règles de déontologie de l’industrie audiovisuelle, notre source s’inquiète surtout de la banalisation du racisme dans la société. “Les réactions du public de l’émission m’interpellent. En riant de bon coeur à ce sketch, aucun d’entre eux n’avait pourtant l’impression d’être raciste. Cela prouve que nous avons encore fort à faire en matière d’éducation. Il nous faut sensibiliser la population marocaine au problème de la xénophobie.”

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