Après l'annonce de la dissolution, l'association Racines déjà radioactive pour les autorités ?

Après l'annonce de la dissolution, l'association Racines déjà radioactive pour les autorités ?

Confrontée au zèle d'agents d'autorités, l'association Racines a du reprogrammer un évènement prévu le 12 janvier aux Abattoirs de Casablanca. Pourtant, le jugement qui prévoit la dissolution de l'association n'est pas encore exécutoire.

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Interdit d'accueillir un évènement aux Abattoirs de Casablanca, l'association Racines s'est rabattu dans son local. Crédit: DR

Les temps sont durs pour l’association Racines. Moins d’une dizaine de jours après le rendu des attendus du jugement, le 3 janvier, qui ont acté la dissolution de l’association culturelle, voilà que l’association fait face aux premières difficultés dans la poursuite de ses activités.

Alors qu’elle devait organiser, samedi 12 janvier, une passation entre les deux promotions de son programme d’incubateur, Racines carrées, au théâtre Nomade dépendant des Abattoirs de Casablanca, des fonctionnaires ont entravé l’initiative. Explications.

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Passation entre deux promotions

En proie aux difficultés après avoir organisé la très controversée émission « 1 dîner, 2 cons » dans ses locaux, l’association Racines est contrainte à la dissolution, comme l’avait annoncé, le 26 décembre, le parquet. Une décision, qui pour autant, n’est pas encore exécutoire.  « Notre avocat a demandé à la procureure générale si on avait le droit de poursuivre nos activité, explique Mehdi Azdem, directeur général de l’association. Cette dernière a confirmé que c’était le cas. » Malgré la décision, l’association culturelle avait fait savoir, à TelQuel, sa volonté de faire appel de ce jugement. Une décision confirmée, ce week-end, dans un communiqué où l’association annonce aller « jusqu’au bout de toutes les procédures juridiques possibles pour annuler ce jugement afin de continuer à militer pour la liberté d’expression, la citoyenneté, l’émancipation et la diversité culturelle au Maroc et en Afrique« .

L’association maintient alors ses activités. Parmi elles, l’organisation d’une passation entre les deux premières promotions de son programme Racines carrées, un incubateur de structures culturelles. L’idée : accompagner les jeunes porteurs de projet tout au long du processus, de la formation à la mise en place, en passant par le réseau et la mise à disposition d’un espace de travail. « La première incubation a terminé ses activités ce janvier. L’idée était d’organiser une réunion entre celle-ci et la suivante qui prendra le relais« . Était alors prévue, outre la rencontre entre les deux promotions, une explication des nouvelles activités pour les nouveaux arrivants ainsi qu’un retour sur les stages d’immersion proposés par le programme.

Au total, quarante porteurs de projet devaient se réunir, échanger au théâtre Nomade abrité aux Abattoirs. « Nous les avions informés à la mi-décembre que nous souhaitions organiser cette passation dans leurs locaux. Tout était réglé et ils ont même intégré l’évènement à leur programme mensuel« , poursuit Mehdi Azdem.

Rétropédalage

Mais voilà que l’association s’est vu empêcher la tenue de l’évènement, contrainte alors de le déplacer dans ses propres locaux situés au quartier de Mers Sultan. En cause ? Une visite de la caïda d’Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, qui a signifié au théâtre Nomade qu’elle ne pouvait pas accueillir l’événement organisé par Racines. « J’ai reçu mercredi (9 janvier, ndlr), une visite de madame Idrissi qui m’a indiqué que je ne pouvais héberger d’autres associations« , explique Mohamed Hassouni, co-directeur de Nomade, une compagnie de théâtre de rue itinérante.

Pourtant, régulièrement, le lieu accueille des manifestation d’autres associations marocaines, à l’image de la programmation du mois de janvier. Un point que confirme Mohamed Hassouni :  « Avant d’abriter les activités de telle ou telle association, nous leur demandons leurs statuts et une fois la programmation mensuelle établie, nous l’envoyons pour validation à la commune, qui la soumet ensuite à la caïda d’arrondissement« .

De quoi laisser penser que la programmation a été validée dans un premier temps, avant de faire l’objet d’un retour en arrière. Interrogée par TelQuel, une source proche du dossier, nous indique que « les statuts de Racines, mais aussi de l’association du Théâtre nomade ont alors été demandés par la Caïda« . Celle-ci aurait également indiqué que pour toute autre information, l’association Racines doit se référer au Directeur des affaires générales de la préfecture d’Anfa, M. Mousaid. Joint par TelQuel, ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Témoignage de soutien venus de l’international

L’association a alors préféré déplacer la passation prévue au théâtre Nomade, dans ses propres locaux. « Nous avons annulé par peur de représailles pour Mohamed Hassouni« , détaille Mehdi Azdem. Lui, y voit une « contradiction des autorités avec le parquet« .  « La procureur nous a signifié que le jugement n’était, pour l’heure, pas exécutoire. Dans ce cas, pourquoi interdire une de nos activités ?« , s’interroge-t-il.

Dissoute à la demande du gouverneur de la préfecture de Casablanca – Anfa, l’association a récemment fait savoir, dans son communiqué,  que 6.000 personnes bénéficient d’ateliers, de formation et de sessions de rencontre. Au total, ses activités artistiques concerneraient près de 70.000 personnes. Également partenaire du ministère de la Culture, de l’ambassade du Maroc à Paris,  du groupe OCP, de l’Unesco, du CESE, de la Délégation de l’Union européenne et de plusieurs autres organismes institutionnels, l’association culturelle devrait compter, selon TelQuel, sur de nombreux témoignages de soutien à l’international lors des prochains jours.

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