Pourquoi Omar Balafrej a voté contre le service militaire obligatoire

Pourquoi Omar Balafrej a voté contre le service militaire obligatoire

Le projet de loi n°44.18 relatif au service militaire obligatoire a été adopté le 26 décembre à la Chambre des représentants. Sur les 104 votants, seuls les deux parlementaires de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) ont voté contre. Le député Omar Balafrej nous explique pourquoi.

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Omar Balafrej © Yassine Toumi

Le projet de loi n° 44.18 relatif au service militaire obligatoire poursuit son chemin législatif. Le 26 décembre dernier, le projet de loi porté par le ministre chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdellatif Loudiyi, a été adopté par la première chambre lors d’une séance plénière. Sur les 104 votants, seuls les deux parlementaires de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) ont voté contre le projet de loi. En attendant l’entrée en vigueur de la loi, prévue fin 2019, le parlementaire Omar Balafrej nous explique la genèse de leur projet alternatif qui fustige le caractère obligatoire du service militaire.

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TelQuel : Aux côtés de Mustapha Chennaoui, vous étiez le seul parlementaire à voter, le 26 décembre dernier, contre le projet de loi n° 44.18 relatif au service militaire. Pourquoi ?

Omar Balafrej : Nous avons proposé un projet alternatif, avec des amendements publiés. Pour nous, le service national peut être aujourd’hui utile pour le Maroc, mais il faut qu’il soit volontaire, non pas obligatoire ou imposé aux jeunes marocains. Il y a suffisamment de jeunes qui ont envie d’effectuer ce service pour pouvoir avoir 10.000 conscrits par an (chiffre donné par le ministère de la Défense, ndlr) pour 500 millions de dirhams. Il faut savoir qu’il y a plus de 10.000 jeunes qui ont envie de faire ce service militaire dans les périphéries des villes, dans les campagnes, etc. Je rappelle qu’au Maroc, chaque tranche d’âge comporte 600.000 individus. Pourquoi donc rendre ce service militaire obligatoire alors qu’il y a suffisamment de jeunes qui veulent l’effectuer ?

Dans votre projet alternatif, vous proposiez que l’Etat accorde des avantages aux conscrits volontaires au service militaire. Quels sont-ils ?

Notre projet alternatif propose que l’Etat soit reconnaissant aux jeunes ayant conscrit au service militaire, en leur accordant des avantages. A titre d’exemple, avoir une préférence pour accéder à la fonction publique, à niveau égal bien entendu, après concours. On peut aussi prévoir des avantages fiscaux à durée limitée.

Vous insistez sur le caractère volontaire du service militaire…

Nous sommes convaincus que l’amour de la patrie et le sentiment national n’est pas quelque chose que l’on doit imposer aux citoyens, mais ce sont des choses que l’on doit construire avec eux. C’est la grande différence avec toutes les autres composantes politiques qui ont une vision rétrograde de ce qu’est une nation moderne. De notre côté, nous voulons une nation moderne, qui encourage sa jeunesse à donner de son temps et de son énergie pour le bien commun et l’utilité publique. Et la défense du territoire fait partie du bien public. La nation doit encourager ça : il ne faut pas le concevoir comme une punition.

Qu’en est-il du budget alloué annuellement au service militaire ?

Ils ont mis 500 millions de dirhams, pour 10.000 personnes, ce qui veut dire 50.000 dirhams par conscrit. Sur les 50.000 dirhams, il y un peu près 20.000 qui fera office d’une rémunération des conscrits. Le montant alloué par individu ne me choque pas, mais ça montre que, dans l’état actuel du pays, qu’il est difficile de le généraliser. Imaginons qu’on a 600.000 d’individus, le budget serait de l’ordre de 30 milliards de dirhams. Nous n’avons pas ce budget et par conséquent, la question de la généralisation ne se pose pas aujourd’hui.

Les opposants aux services militaires obligatoires fustigent l’absence de débat public avant l’adoption, par le Conseil des ministres du projet de loi. 

Les questions structurantes doivent nécessairement faire l’objet d’un débat public élargi. Certes, il y a eu un débat au parlement. Mais le résultat du vote montre que le parlement est aux antipodes de la société qui, depuis l’annonce de ce projet de loi, se pose des questions. Il y a un monologue ultra majoritaire et malheureusement, seules deux voix, de la Fédération de gauche démocratique, en parlent. Encore une fois, je ne remets pas en cause le service militaire, beaucoup de jeunes vont le faire. Je tourne chaque semaine dans des villages et je vous assure que beaucoup de jeunes ont envie de l’effectuer : c’est une source de revenus pendant au moins un an, une réponse pour eux à un manque de formation, etc. D’autre part, il faut absolument trouver une manière pour encourager les jeunes qui n’ont pas envie de faire ce service militaire.

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