Révolte du pain : les contours flous d'un Soudan à vif

Révolte du pain : les contours flous d'un Soudan à vif

Des Soudanais en colère manifestent depuis plusieurs jours contre la hausse du prix du pain. Les violences ont causé la mort de plusieurs personnes.

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Les autorités démentent le nombre de morts annoncé par l'opposition et d'Amnesty International. Crédit: Capture d'écran/

Les tirs de gaz lacrymogène pleuvent sur le Soudan depuis le 19 décembre. Selon Amnesty International,37  manifestants ont été abattus par les forces de l’ordre depuis le début du mouvement qui a éclaté après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, passant de 1 à 3 livres soudanaises (0,20 à 0,60 dirhams).

Un réveil quasi inédit, en trois décennies, contre le pouvoir du président Omar el-Béchir qui dirige le pays d’une main de fer depuis 1989. Les slogans « Le peuple veut la chute du régime »,  tiré du Printemps arabe, et « Liberté, paix, justice, révolution : le choix du peuple » résonnent dans une dizaine de villes de l’État d’Al-Jazeera. Enseignants, médecins, journalistes et avocats sont en grève depuis le 24 décembre, dans le sillage des manifestations. Les forces de l’ordre répondent par les tirs et des arrestations violentes ; Omar el-Béchir par des promesses : « L’État va entreprendre de vraies réformes pour garantir une vie digne aux citoyens. » 

Raisons économiques, racines politiques 

L’indéboulonnable Omar el-Béchir est à la tête de l’État depuis 1989 et le coup d’État qu’il a fomenté contre Sadek al-Mahdi, dernier chef de gouvernement démocratiquement élu. Considéré comme un dirigeant autoritaire et imprévisible, il est suspecté par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide au Darfour. Alors que la Constitution soudanaise de 2005 limite à seulement deux les mandats présidentiels pour une même personne, le président soudanais a déjà été réélu en 2011 et 2015 avec 94,5 % des voix. Et pourrait bien être à la tête du pays encore quelques années : le parti au pouvoir a désigné le candidat de 74 ans à la présidentielle de 2020.

Crédit : AFP

À ce contexte politique s’ajoute un marasme économique. Depuis la sécession du Soudan du Sud en 2011, la situation économique soudanaise est difficile. Le pays a perdu un tiers de son territoire, un quart de sa population, 75% de ses réserves de pétrole et plus de la moitié de ses recettes fiscales. Tout juste sorti de deux décennies d’embargo américain et toujours dans la liste des pays parrains du terrorisme, le Soudan souffre d’une forte inflation (près de 70%) et d’un manque accru de devises. « La situation économique actuelle du Soudan est le résultat d’un embargo économique et d’un projet visant à empêcher l’accès du pays aux ressources étrangères », déclarait Omar El Béchir en septembre 2018. Difficile de ne pas penser au séisme des gilets jaunes, et notamment à sa réplique au Liban, où des centaines de manifestants ont réclamé une baisse des impôts et des prix des carburants et la lutte contre la corruption, le 23 décembre.

 

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