Cinq anciens généraux incarcérés pour corruption

Cinq anciens généraux incarcérés pour corruption

Limogés au courant du mois d’août, cinq hauts gradés de l’armée algérienne ont comparu, dimanche, devant le tribunal militaire de Blida. Poursuivis pour «corruption» et «biens mal acquis», ils ont été placés en détention provisoire.  

Par

AFP

Les purges dans le corps militaire algérien se poursuivent. Ce dimanche 14 octobre, cinq généraux, récemment démis de leurs hautes fonctions au sein de l’armée, ont été placés en détention provisoire après leur comparution devant un juge d’instruction du tribunal militaire de Blida. Selon des sources sécuritaires contactées par l’AFP, ces gradés ont été écroués dans des affaires «de biens mal acquis et de corruption».

Ces généraux ont été auditionnés «pour la troisième fois en quinze jours pour le grief d’infractions aux consignes générales de l’armée», explique à l’AFP l’une des sources anonymes interrogées. Ces dernières évoquent notamment des affaires de «dilapidation de fonds publics et de mauvaise gestion».

«Richesses incommensurables»

Les cinq militaires occupaient des postes-clés dans la hiérarchie militaire algérienne. Parmi eux, l’ex-commandant de la gendarmerie nationale, le général Menad Nouba ainsi que l’ancien directeur des finances au ministère de la Défense, le général Boudjemâa Boudouaour. Les trois autres étaient d’anciens chefs de régions militaires (RM) : Habib Chentouf, Saïd Bey et Abderrazak Chérif. Ces derniers étaient responsables de l’administration des infrastructures militaires et de la logistique dans les régions de Blida, Oran et Ouargla.

Leur audition survient deux mois après leur limogeage à la mi-août. En septembre, de nombreux médias algériens dont le site d’information, Alg24, réputé proche du pouvoir, révélaient l’ouverture d’une enquête judiciaire militaire contre cinq hommes. Dans une formule lapidaire, le média numérique indiquait que ces derniers avaient «accaparé des richesses incommensurables, profitant de leurs statuts». Ces gradés posséderaient «une trentaine de sociétés spécialisées dans divers domaines […] pour la plupart aux noms de leurs enfants».

Dans le même temps, leurs domiciles ont été perquisitionnés et leurs passeports confisqués après que Saïd Bey se soit envolé pour la France. Cet ex-commandant de la deuxième RM à Oran, avait «violé l’interdiction de sortie du territoire, en voyageant avec sa famille vers la France, profitant d’une complicité au sein de l’aéroport international d’Alger», indiquait la chaîne privée Ennahar TV. 

Le même média a annoncé en premier ce week-end, la comparution des cinq gradés. Ennahar TV et Alg24 appartiennent au Groupe Ennahar, plus grand groupe algérien de média, réputé très proche de la présidence à Alger, et qui est devenu au fil de ces derniers mois «l’un des canaux privilégiés du pouvoir», expliquait Le Monde en septembre. 

«Les centres de décision ont bougé»

Depuis le mois de juin, le pouvoir procède à une vague de limogeages au sein de l’armée. Une campagne sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en avril 1999. À l’origine : une saisie record de 701 kg de cocaïne au port d’Oran, qui a conduit, le 26 juin, à l’éviction du directeur général de la sûreté nationale, le général-major Abdelghani Hamel. Proche de l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika, il était considéré comme l’un de ses potentiels successeurs à la tête du pays, à moins d’un an de l’élection présidentielle prévue pour avril 2019.

Cette saisie de stupéfiants, la plus importante jamais réalisée en Algérie, a éclaboussé de nombreux fonctionnaires, le chauffeur personnel du général Hamel et, dans la foulée, plusieurs autres responsables militaires accusés de corruption et d’abus de pouvoir. Parmi eux, les chefs de l’armée de terre et de l’air, Ahcène Tafer et Abdelkader Lounès, destitués fin août et «mis à la retraite», mi-septembre.

Peu d’explications officielles filtrent sur ces purges au sein de l’armée algérienne. Si le ministère de la Défense se contente d’évoquer une «alternance habituelle», des sources interrogées par El Watan indiquaient le 18 septembre que «ces changements ne sont pas du seul fait du chef de l’état-major, mais aussi de la Présidence». D’après le quotidien, «les choses ne sont plus les mêmes et les centres de décision ont bougé».

Cette importante purge survient à six mois du scrutin présidentiel chez le voisin de l’Est, et alors que l’incertitude persiste autour d’une cinquième candidature d’Abdelaziz Bouteflika.

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