5 choses à savoir sur le prix Nobel de la paix Dr Denis Mukwege, "l'homme qui répare les femmes"

5 choses à savoir sur le prix Nobel de la paix Dr Denis Mukwege, "l'homme qui répare les femmes"

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, connu comme "l'homme qui répare les femmes violées", a obtenu le prix Nobel de la paix 2018. Cinq choses à savoir sur son parcours exceptionnel de médecin militant, qui combat sur tous les fronts le viol comme arme de guerre.

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Le docteur gynécologue congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 Crédit: AFP PHOTO / JOEL SAGET

1. Inspiré par son père, pasteur pentecôtiste

Né le 1er mars 1955 à Bukavu, dans l’ancien Congo belge, Denis Mukwege est le troisième d’une famille de onze enfants. Dès son plus jeune âge, il accompagne son père pasteur pentecôtiste (courant issu des chrétiens évangélistes, ndlr) lors de ses visites aux malades. C’est là que naît sa vocation médicale, couronnée par un diplôme de médecine obtenu en 1983 après des études à la faculté de médecine du Burundi. À côté de son activité de médecin, comme son père, il devient également pasteur et officie en tant que tel.

Si Denis Mukwege se destine tout d’abord à devenir pédiatre, il choisit finalement de se spécialiser en gynécologie-obstétrique avec pour objectif de lutter contre la mortalité maternelle. Après des études de spécialisation à Angers, en France, il repart au Congo en 1989 où il exercera à l’hôpital de Lemara. Mais, en 1996 alors que la première guerre du Congo fait rage, son hôpital est détruit et plusieurs de ses malades et membres du personnel soignant sont assassinés. Il fuit alors à Nairobi, au Kenya, puis revient au Congo où il fonde l’hôpital Panzi à Buvaku avec l’aide d’un organisme caritatif suédois, PMU (Pingstmissionens Utvecklingssamarbete).

2. Il a appris son prix Nobel au cours d’une opération

C’est en 1999 que le docteur Denis Mukwege découvre l’horreur des viols collectifs, utilisés comme arme de guerre, et les mutilations génitales dont les femmes sont victimes. Il décide alors de spécialiser son hôpital dans la prise en charge des femmes victimes et les « répare » à un rythme effréné : en 20 ans, plus de 50.000 femmes ont été soignées dans son hôpital.

Le 5 octobre, c’est au bloc opératoire que le médecin engagé – qui avait déjà obtenu le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit en 2014 – apprend qu’il est couronné du prix Nobel de la paix. « J’étais en train d’opérer quand soudain (les gens) ont commencé à hurler. Je peux voir dans le visage de nombreuses femmes à quel point elles sont heureuses d’être reconnues. C’était vraiment touchant », a-t-il réagi dans une interview diffusée sur la chaîne YouTube du prix Nobel.

Le dessinateur Frédéric DuBus a également croqué la scène avec humour.

3. Il a été victime de plusieurs tentatives d’assassinat

Médecin, mais également militant des droits humains, Denis Mukwege fait entendre la voix des femmes à travers la sienne en s’exprimant aux Nations unies, à la Maison-Blanche, au Parlement européen… pour faire connaître la barbarie des viols utilisés comme arme de guerre.

Victime d’au moins six tentatives d’assassinat, il vit là où il travaille, pour limiter les risques, et évolue sous protection policière permanente. L’une d’entre elles s’est déroulée le 25 octobre 2012 dans le centre de Bukavu, alors qu’il venait de rentrer d’une conférence à Bruxelles où il avait une fois de plus dénoncé les atrocités perpétrées par les groupes armés. Son gardien est abattu, sa voiture est incendiée, et lui-même est ligoté, mais s’en sort grâce à l’intervention de riverains. À la suite de cet événement, il repart quelques mois en Belgique avant de revenir au Congo.

L’un de ses proches, le docteur Gildo Byamungu, gynécologue à l’hôpital d’Uriva dans le nord-est du pays est mort en avril 2017, victime d’une agression dans des circonstances similaires.

4. Il reconstruit émotionnellement des femmes violées

En plus de son hôpital, le docteur Denis Mukwege fonde la Fondation Panzi qui accueille les femmes violées suite à leurs soins médicaux. « 40% à 60% des femmes traitées à l’hôpital de Panzi sont incapables de retourner chez elles après un traitement médical, en raison de l’étendue de leurs blessures, de la violence continue ou, plus souvent, de la stigmatisation associée à la violence sexuelle et à la fistule », explique le site internet de la Fondation.

Pour reconstruire durablement ces femmes et les réinsérer dans leur communauté, le gynécologue met en place un « espace de sécurité et de guérison qui soutient non seulement la guérison physique des femmes, mais favorise leur rétablissement émotionnel, aide à reconstruire leurs moyens de subsistance et contribue à la restauration durable et à long terme de leurs communautés ». Depuis sa création, la Fondation Panzi a soutenu plus de 85.000 femmes et filles.

En parallèle, l’homme engagé développe depuis 2016, avec le danseur franco-congolais Bolewa Sabourin, une thérapie de reconstruction des femmes à travers la danse pour qu’elles se réapproprient leur corps et expriment autrement qu’avec des mots leurs blessures. Récemment rencontré par TelQuel, Bolewa Sabourin nous racontait sa rencontre particulièrement marquante avec le docteur : « Quand j’ai rencontré le gynécologue Denis Mukwege, j’ai pris une claque ».

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5. Un film retraçant son parcours est interdit en RDC

En 2015, un film documentaire belge intitulé L’Homme qui répare les femmes : La Colère d’Hippocrate et réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman retrace sa vie de médecin-militant.

En septembre 2015, l’œuvre est interdite en République Démocratique du Congo par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. Ce dernier estime que le documentaire contient des « calomnies tacitement exprimées dans ce film contre l’armée congolaise », ainsi que des propos mal traduits. Quelque temps après son interdiction temporaire, le ministre confirme par la suite l’interdiction définitive du film.

La prohibition de l’oeuvre est alors dénoncée par plusieurs organisations internationales, et notamment par l’ONU via le chef de la Mission des Nations unies en RDC (Monusco), Martin Kobler. Il avait à cette occasion estimé dans un communiqué, publié le 9 septembre 2015, que la décision du gouvernement congolais constituait « une atteinte inadmissible à la liberté d’expression ».

S’agissant de la politique intérieure de son pays, le docteur militant n’hésite pas à dénoncer les agissements du gouvernement de Joseph Kabila, au pouvoir en RDC depuis 2001. Dans un communiqué publié après l’annonce du Nobel, la présidence congolaise parle de « combats et initiatives menées par la RDC, au travers du docteur Mukwege, pour le rétablissement de la dignité et le respect de la femme », mais dit sa « fierté » qu’ils soient « ainsi reconnus internationalement. »

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