Pour la Russie, l’Algérie doit prendre part aux négociations comme « observateur »

Dans une déclaration en date du 15 août, la porte-parole de la diplomatie russe a insisté sur la nécessité de trouver une solution politique au conflit du Sahara, notamment à travers des pourparlers entre le Maroc et le Polisario. Des discussions auxquelles Alger doit prendre part au titre d’ « observateur », selon Moscou.

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Le ministre des Affaires étrangères algérien, Abdelkader Messahel, et son homologue russe Sergei Lavrov lors d'une rencontre à Moscou en février 2018. Crédit: AFP

Près d’une semaine après le passage de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara, Horst Köhler, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la diplomatie russe s’exprime sur la résolution du conflit du Sahara.

A l’occasion d’une conférence de presse organisée le 15 août, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a notamment déploré le fait que les efforts menés sous l’égide de l’ONU dans le but de résoudre le différend régional ont été « très souvent interrompus » pour des raisons « diverses« . Maria Zakharova a également fait part de la « sérieuse inquiétude » de Moscou quant à la « fragilité » du statu quo dans une zone où existent de nombreux défis sécuritaires.

Affirmant que « le conflit du Sahara ne peut être résolu qu’à travers des moyens politiques », Maria Zakharova a également félicité les efforts menés par Horst Köhler pour relancer des pourparlers directs entre le Maroc et le Polisario. Des discussions auxquelles l’Algérie et la Mauritanie voisines sont invitées à participer au titre d’ « observateur ».

Divergence

Cette position de la diplomatie russe diffère de celle du Maroc, qui considère que l’Algérie est partie prenante au conflit. « L’Algérie a une responsabilité flagrante. L’Algérie finance, l’Algérie abrite, l’Algérie arme, l’Algérie soutient diplomatiquement le Polisario. C’est pour ces raisons que le Maroc a toujours appelé à ce que l’Algérie prenne une part importante dans le processus politique, que l’Algérie assume ses responsabilités dans la recherche d’une solution politique », avait déclaré le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, en avril au moment de dénoncer des agissements du Polisario à l’est du mur marocain de défense.

Pour rappel, en raison de son opposition au contenu du texte, le vote de la résolution prorogeant le mandat de la Mission des Nations unies au Sahara (Minurso) avait été reporté durant le mois d’avril. Un report sur fond de tensions avec le P3 (États-Unis, France, Royaume-Uni) suite aux bombardements occidentaux en Syrie.

Suite à l’adoption de la résolution, dans laquelle le Conseil de sécurité de l’ONU exprime son inquiétude quant à « l’annonce du Front Polisario de la relocalisation de ses fonctions administratives à Bir Lahlou », la diplomatie russe avait émis quelques réserves au sujet du texte qu’il avait refusé de voter.

En effet, pour Moscou, le texte adopté par l’organe décisionnel de l’ONU risquait de mettre « à l’écart le Front Polisario en vue de potentielles futures négociations ». La diplomatie russe avait également dénoncé un texte qui, selon elle, manquait d’équilibre. Aussi, la Russie avait pointé du doigt « le processus de préparation et d’approbation de cette résolution qui n’a pas été transparent ni soumis au dialogue ».

Dans sa déclaration accordée à l’issue du vote du texte, le représentant permanent de la Russie auprès des Nations Unies, Vladimir Sofronkov, avait également affirmé que la Russie ne s’était pas opposée à la résolution, car elle « reconnaît la valeur du travail » effectué par la Minurso. Du côté de Moscou, on avait également dénoncé  la présence du mot « réalisme » comme mot d’ordre à la résolution du conflit ce qui peut, selon la diplomatie russe, « ouvrir la voie aux interprétations les plus ambiguës ».

La question du Sahara sera de nouveau discutée au sein du Conseil de sécurité de l’ONU en octobre en vue d’une éventuelle prorogation du mandat de la Minurso. Celui-ci avait été prolongé de six mois en avril dernier afin de donner un coup d’accélérateur à de futures discussions entre le Maroc et le Polisario.

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