Les détails de la visite de l'état-major de l'Istiqlal dans le Rif

Le 6 juillet, le secrétaire général de l'Istiqlal était à Nador puis à Al Hoceima où il a effectué une visite en compagnie du président du Conseil national du parti. Les détails d'un déplacement symbolique où Nizar Baraka s'est exprimé sur des événements de 1958 et 1959, au sujet desquels le Hirak du Rif avait demandé la «vérité».

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Nizar Baraka lors d'unmeeting de l'Istiqlal à Nador, en 2018.

Au sujet de ce qui s’est passé entre 1958 et 1959 dans le Rif, l’Istiqlal est prêt à toute sorte de révélation et d’autocritique dans l’objectif de se réconcilier avec la population, en corrigeant un bon nombre d’erreurs et calomnies collées à l’image du parti». C’est en ces termes que le secrétaire général de l’Istiqlal s’est adressé aux élus et militants de son parti, le 6 juillet, à l’occasion de son déplacement à Nador puis à Al Hoceima en compagnie du président du Conseil national Chiba Mae El Aïnine.

Devant un parterre composé de conseillers, présidents communaux et cadres des organismes parallèles Istiqlaliens, Nizar Baraka a ajouté que la plus vieille formation politique du royaume demeure «prête à s’excuser auprès des citoyens de cette région s’il est prouvé que certains de ses membres ont été impliqués dans des tragédies». La «vérité» sur les événements sanglants survenus entre 1958 et 1959 dans le Rif figure en effet parmi les revendications portées par le Hirak.

«Nous avons franchi un obstacle psychologique. L’Istiqlal a pris ses responsabilités et a fait l’intermédiation nécessaire», nous déclare le responsable de la communication et membre du Comité exécutif Abdeljabbar Rachidi. Le dirigeant explique que la présence de l’état-major du parti dans le Rif était une «expression de sympathie» de son parti à l’égard des détenus et leurs familles.

Entre incitations à faire appel et appel à la grâce

La veille de la visite de Nizar Baraka, Nourredine Mediane, député Istiqlal d’Al Hoceima, qui est également  président du groupe parlementaire du parti de la balance, avait rendu visite à un certain nombre de proches des détenus rifains, dont ceux des 53 jugés à Casablanca.

A cette occasion, il a insisté auprès des familles, notamment auprès du père du leader du Hirak pour que les détenus fassent appel de leur jugement. «Le père de Nasser, Ahmed Zefzafi, aurait pu assister aux réunions du secrétaire général, mais il avait des empêchements familiaux», poursuit Mediane.

«L’une des causes ayant aggravé la situation (dans la région, NDLR) est l’affaiblissement prémédité de l’intermédiation entre l’Etat et la population», nous explique Nourredine Mediane, précisant que le Bureau provincial du parti à Al Hoceima a publié un communiqué à la suite de ces rencontres auxquelles Nizar Baraka n’a pas pris part.

«Nous portons également un grand espoir en Sa Majesté qui a accordé une attention particulière à la province d’Al Hoceima et au Rif de façon générale après son intronisation, en reconsidérant et en réparant les dommages de la région. La première visite officielle a été pour Al Hoceima et ses visites estivales sont devenues une sorte d’usage annuel», nous déclare le président du groupe Istiqlalien de la première chambre.

Pour le coordinateur du comité des familles des détenus, Farid Hamdioui, « la problématique (du Rif, NDLR) est politique et ne peut être résolue par des décisions de justice. Le comité continuera à recevoir avec responsabilité les initiatives des partis politiques».

Concernant la perception qu’ont des familles de détenus au sujet de cette visite des cadres de l’Istiqlal, notre interlocuteur indique que «même si certaines familles perçoivent dans ces actions une campagne électorale avant l’heure, le comité les salue et préfère interagir positivement avec leur démarche». Quant à la réaction des familles des détenus suite aux déclarations de Nizar Baraka sur les événements de 1958 et 1959, Farid Hamdioui répond que «[notreprincipe est de traiter avec bonne foi et l’Histoire jugera ».

La mémoire à fleur de peau

De l’indépendance du Maroc en 1956 jusqu’en 1959, le Rif s’était soulevé pour protester contre les politiques gouvernementales marginalisant le nord du pays. « Nous avons toujours signalé, et c’est ce que j’ai réitéré devant les familles des détenus qu’il y a une blessure interne qu’il faut guérir par la divulgation des péripéties exactes de ces événements», nous explique Mediane.

Le député d’Al Hoceima rappelle qu’il faisait partie de ceux qui avaient demandé à ce que les événements de 1958 et 1959 dans le Rif rentrent dans le cadre de l’Instance équité et réconciliation , mais cette démarche a été « sans succès ».

«L’Istiqlal n’était pas partie prenante, mais victime de rumeurs ciblées, dans le but de l’affaiblir. C’était un complot contre le Rif et Nizar (Baraka, NDLR) a justement déclaré que s’il est prouvé qu’un Istiqlalien est impliqué, le parti le reconnaîtra», nous précise Mediane.

Toutefois, l’élu nuance l’implication de son parti dans ses événements en resituant la situation de la formation à cette époque. « Au moment des faits, notre secrétaire général, Ahmed Balafrej, avait démissionné de son poste de président du Conseil de gouvernement, tandis qu’Allal El Fassi était à l’étranger. Le reste des dirigeants impliqués ont fait scission de l’Istiqlal»,  justifie-t-il.

Pour le député, la démarche consiste à «dire, devant les Marocains,  qui était à l’origine  l’assassinat d’entre 7.000 et 8.000 Rifains entre 1958 et 1959» et à «savoir pourquoi l’Etat n’a pas formulé d’excuses comme il l’a fait pour les années de plomb». «Tous les paramètres indiquent que la population est prête à rouvrir sereinement le débat. Et c’est ce que m’ont confirmé les familles des détenues», assure le responsable de l’Istiqlal.

Vers une grande marche à Rabat ?

Pour le comité des familles des détenus, le principal défi est désormais de recevoir l’aval du pachalik d’Al Hoceima en vue de transformer leur structure en association.

«Un commissaire judiciaire s’est présenté pour la deuxième fois en un mois au pachalik d’Al Hoceima ce vendredi ( 6 juillet, NDLR), mais les fonctionnaires de la division des associations ont refusé à nouveau de réceptionner le dossier sous prétexte que le pacha est absent, en l’invitant à reporter sa visite pour la semaine prochaine», précise notre interlocuteur.

Pour l’heure, les familles des détenus rifains ont décidé de ne plus accorder de déclarations à la presse étrangère et ont relayé l’appel des détenus de Casablanca sur les réseaux sociaux pour une « Marche nationale », le dimanche 15 juillet à Rabat pour réclamer  notamment « la libération des détenus »

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