Cliniques privées : l'opération de "dédiabolisation" ratée de l'ANCP

S'estimant "diabolisés" dans les médias, les médecins de l'association nationale des Cliniques privées ont convoqué la presse le 9 juillet. Dans une ambiance houleuse, ils ont tenté de s'expliquer sur leurs pratiques financières et ont attaqué TelQuel pour son dossier "Médecins et arnaqueurs". Récit d'une soirée mouvementée.

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Conférence de presse de l'ANCP le 9 juillet au Sheraton

Ce soir du 9 juillet à l’Hôtel Sheraton de Casablanca, le nouveau président de l’association nationale des Cliniques privées, qui représente plus de 600 établissements, ne cache pas ses intentions face au parterre d’une trentaine de journalistes qui ont répondu présents à l’invitation : « Nous voulons communiquer suite à la diabolisation dont nous avons été victimes« .

Mettant en avant une nouvelle approche de communication menée par son bureau, élu il y a trois mois, le professeur Redouane Semlali ne mâche pas ses mots pour parler du traitement médiatique au sujet des scandales financiers qui touchent le secteur de la médecine privée au Maroc : « Tout le monde diabolise le secteur privé : dépassement d’honoraires, facturations excessives, pratiques financières illégales concernant notamment les chèques de garantie… Ils disent aussi que nous avons des normes qui ne sont pas actualisées, que nous ne voulons pas partir dans des zones désertées…« . Les termes du débat sont posés, le ton est donné, et la situation ne tarde pas à s’envenimer entre les médecins et les journalistes.

« Les cliniques ne sauraient être des œuvres sociales »

Après son inventaire des pratiques financières contestées, le professeur Semlali déroule, PowerPoint à l’appui, son argumentaire de défense. Après avoir vanté les mérites d’un secteur « fluide, accessible et qualitatif – dans certains domaines, nous sommes les meilleurs du monde -« , le président de l’ANCP énumère les charges financières pesant sur le secteur de la médecine privée au Maroc avant de déplorer un manque d’aides étatiques. « Les ressources humaines nous coûtent de plus en plus cher, l’accès au financement est lourd, le panier de soins est désuet, nous payons neuf impôts et 17 % de notre chiffre d’affaires va au fisc », affirme le professeur Semlali.

Selon lui, « les citoyens ne parviennent pas à se représenter le coût réel des soins. Cela crée un climat de méfiance qui grève lourdement la qualité de la relation médecin-malade« . Il affirme être en pourparlers avec l’administration fiscale afin d’exonérer les équipements médicaux de TVA, l’une des principales revendications de l’ANCP, et avoir entamé un dialogue avec le ministère de la Santé – que les médecins estiment « à l’écoute et mobilisé pour trouver des solutions ». Et d’ajouter : « Dans les semaines à venir, beaucoup d’informations vont faire plaisir à tout le monde », annonce l’un d’entre eux, sans plus de détail.

Le bureau de l’ANCP insiste par ailleurs sur le fait d’avoir fait « beaucoup d’humanitaire, ce qui n’est pas dit. Nous sommes des patriotes, et nous demandons à l’Etat de nous reconnaître dans le système de soins ». Sans expliquer de quelles actions sociales il est fait mention. « Toutefois, les cliniques ne sauraient être des œuvres sociales », tempère le communiqué envoyé suite à la réunion.

« TelQuel a sorti des articles dangereux »

Vient ensuite la séance de questions avec les journalistes, à laquelle TelQuel prend part en vue d’obtenir des précisions sur les actions concrètes menées afin de faire baisser le coût des soins. Suite à notre intervention, le docteur Hassan Afilal, vice-président de l’ANCP, prend la parole, et fait référence au dossier de couverture de TelQuel (numéro 797 du 2 février dernier, « Médecins et arnaqueurs ») :  « TelQuel a sorti des articles dangereux, quand vous dites que quelqu’un peut être opéré pour rien, ou qu’il y a des césariennes pour rien… nous voyons des gens qui peuvent mourir à cause de fausses informations ».

Une personne dans l’assistance l’interrompt : « Tu n’as pas le droit ! ». Et le médecin rétro-pédale : « Je retire mes propos sur le sujet. Mais il faut une presse qui défende le citoyen…« . Il est ensuite interrompu par le président de l’ANCP : « Cet incident est clos. TelQuel, vous êtes les bienvenus parmi nous… ils nous ont enfoncés et touchés à la sécurité de nos structures (sic), il y a un moyen de recours, la justice donnera son verdict ». Un verdict qui a déjà été donné : le 25 juin, le tribunal de Casablanca a déclaré irrecevable la plainte déposée par quatre associations de médecins, dont l’ANCP.

Les chèques de garantie qui ne passent pas

Une question de l’assistance sur les chèques de garantie finit d’échauffer l’ambiance. Dans son dossier, TelQuel révélait que cette pratique, interdite par l’article 316 du code de commerce, est pourtant imposée au patient dès son hospitalisation, ou lorsqu’il en sort, par certains établissements. Il s’agit d’un moyen pour les cliniques de garantir un paiement lorsque la prise en charge du patient n’est pas encore validée par son organisme de prévoyance.

« Il faut se mettre à la place d’un gestionnaire de clinique, vous recevez à 2 heures du matin un patient sans avoir de visibilité sur son statut d’assurance maladie, car nous n’avons pas accès aux bases de données des mutuelles », explique un membre du bureau de l’ANCP. Jouant sur les mots, les médecins préfèrent parler de « chèques en attente de régularisation ». « C’est illégal ! », s’exclament plusieurs personnes dans la salle. « Tout le monde sait que c’est illégal, mais tout le monde sait qu’il n’y a pas d’autre solution », réplique un médecin. L’apaisement souhaité par les médecins du secteur privé ne semble pas encore à l’ordre du jour.

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