Nasser Zafzafi est-il l'instigateur des émeutes du 26 mars 2017 à Imzouren ?

La tension a une nouvelle fois électrifié le procès des 54 détenus du Hirak à la Cour d'appel de Casablanca le 22 mai. En cause, le témoignage d'un civil accusant Nasser Zafzafi d'avoir commandité l'attaque de la résidence de police le 26 mars 2017 à Imzouren.

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Nasser Zafzafi est-il l’instigateur des émeutes du 26 mars 2017 à Imzouren ? C’est ce qu’a affirmé un témoin civil, H. B., ce mardi 22 mai à la barre de la salle 7 de la Cour d’appel de Casablanca, où se poursuivait le procès des 54 détenus du Hirak.

Cet étudiant est le 8e témoin à comparaître devant le président Ali Torchi. Le 26 mars 2017, un groupe de jeunes individus attaque une résidence de police située à mi-chemin entre Imzouren et Béni Bouayach. L’affrontement dure plusieurs heures, et se solde par des dizaines de blessés côté policiers – certains graves – ainsi que d’importants dégâts matériels : un bâtiment incendié, des véhicules détruits, des équipements volés…

Plus tôt ce jour-là, les agresseurs, des étudiants et des écoliers pour la plupart, organisaient un sit-in sur la place Al Massira à Imzouren. H. B. était parmi eux. « Nous avons été dispersés par les forces de l’ordre. Il a ensuite été décidé de marcher jusqu’à Al Hoceïma pour y poursuivre notre manifestation », raconte-t-il.

« Nous sommes alors accostés par Nasser Zafzafi, au niveau de la commune de Boukidane. Il nous ordonne de rebrousser chemin et de prendre d’assaut la caserne de police à Béni Bouayach », continue le témoin, la voix tremblotante. A l’en croire, le leader du Hirak a employé des termes forts, tels que: « à bas la militarisation », et « l’ennemi, c’est le Makhzen ».

A ce moment-là, H. B. décide de se séparer du groupe et de le devancer pour prévenir les gardes en faction à la porte de la caserne de policiers. « Ils ne m’ont pas cru au début, mais après les premiers jets de pierres, ils m’ont donné un casque pour me protéger. J’ai fait mon devoir de citoyen », assure-t-il.

Appelé à la barre par le juge pour répondre aux allégations du témoin, Nasser Zafzafi est sans concession. Un coran à la main, il jure son innocence et accuse à tout-va le témoin de calomnie et de parjure. « Tout ceci n’est que purs mensonges ! », vocifère-t-il à la face du témoin.

Nerveux, le leader du Hirak ira même jusqu’à mettre en doute directement l’impartialité du juge. Malgré les rappels à l’ordre de celui-ci, qui lui demande de retirer ses propos, Nasser Zafzafi persiste.

Le juge Ali Torchi ordonne alors la rédaction d’un procès-verbal séance tenante, pour outrage à magistrat et perturbation d’audience. Une première dans ce procès où Nasser Zafzafi était jusque-là rappelé au calme par le juge ou, dans le cas extrême, exclu de la salle d’audience. Ce PV sera ensuite transmis « à la partie spécialisée », le parquet, qui décidera du déclenchement ou non de poursuites à l’encontre de Zafzafi.

La défense du leader du Hirak passe à l’offensive. « Pourquoi le témoin n’a-t-il pas alerté la gendarmerie de Boukidane, et préféré marcher jusqu’à la caserne de police, plusieurs kilomètres plus loin ? Quelle est la distance entre la caserne et la résidence de police ? Le témoin sait-il que Nasser Zafzafi a condamné dans un live ces événements de violence ? Ce témoignage n’est-il pas en réalité une tentative d’acheter son innocence auprès des autorités, puisqu’il a lui aussi participé à la manifestation des étudiants? ».

Avec ces questions, les avocats, en particulier Me Mohamed Aghnaj, tentent de discréditer le témoin, en révélant des contradictions dans son discours. Pour le Parquet et la partie civile, cette démarche « terrorise » le témoin, qui est devenu aux yeux de la défense, l’accusé à la place de Zafzafi.

Une dernière question met définitivement le feu aux poudres.

-« Que portait Nasser Zafzafi ce jour-là? », interroge Me Mohamed Aghnaj.

-« Je me souviens d’une casquette noire, » répond le témoin, balbutiant.

-« Quid des vêtements ? », enchaine l’avocat.

-« Je ne sais plus », laisse échapper H.B.

-« Tu te souviens de la couleur de la casquette, mais pas du reste de ses habits ? », lance l’avocat, ironique.

Les esprits s’échauffent, les voix s’élèvent. Dans le tumulte, Nasser Zafzafi hurle à l’injustice, ses codétenus crient à la mascarade: « Ô Marocain, la justice est pour toi et moi une pièce de théâtre ». Les magistrats se lèvent et quittent la salle. Avocats et public sont figés dans l’incompréhension. Le procès a été reporté au jeudi 24 mai.

Si la culpabilité de Nasser Zafzafi dans ces émeutes est avérée, il risque la peine de mort. En effet, il est poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat selon les dispositions de l’article 201 du Code pénal qui punit de mort « tout auteur d’attentat ayant pour but, soit de susciter la guerre civile en armant ou en incitant les habitants à s’armer les uns contre les autres, soit de porter la dévastation, le massacre et le pillage dans un ou plusieurs douars ou localités ». D’autres détenus du Hirak à Casablanca, tels que Bilal Ahbbad et Karim Amghar sont soupçonnés d’avoir participé à ces violences.

A Al Hoceïma, la Justice a déjà prononcé des verdicts contre plusieurs individus reconnus coupables d’implication dans ces émeutes. En novembre dernier, la chambre criminelle de première instance de la Cour d’appel d’Al Hoceïma a condamné deux jeunes militants du Hirak à 20 ans de prison ferme pour « mise à feu volontaire d’un bien d’autrui », « agression des éléments des forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction, leur causant des blessures », « destruction de biens publics », ou encore « participation à des manifestations non autorisées ».

12 autres personnes avaient été poursuivies dans cette affaire. Sur les quatre inculpées en état de détention préventive, trois ont écopé de peines allant d’un à 5 ans de prison ferme, tandis que le quatrième a été innocenté. Pour les 8 autres manifestants poursuivis en état de liberté provisoire, 4 ont été innocentés et les 4 autres ont été condamnés à de la prison avec sursis.

En août dernier, un jeune de 19 ans avait été condamné par cette même instance, à 20 ans de prison ferme pour sa participation à ces événements de violences. En appel, il a vu sa peine allégée à 5 ans de prison ferme.

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