Driss Lachgar: "L'égoïsme de Benkirane a provoqué la crise gouvernementale" (1/2)

Dans la première partie de cet entretien accordé à nos confrères de TelQuel Arabi, le Premier secrétaire de l'USFP s'attaque ouvertement à l'ancien secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane. Il évoque également la situation actuelle de son parti.

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Driss Lachgar © Yassine Toumi / TELQUEL

Propos recueillis par Charki Lahrech, traduits par Jassim Ahdani

Telquel Arabi: Comment se porte l’USFP aujourd’hui ?

Driss Lachgar: Comme vous le savez, l’USFP est un parti populaire qui bénéficie d’une présence plus que significative dans la société marocaine. C’est d’ailleurs inscrit dans notre code de conduite. Je peux affirmer que notre parti mène un combat noble en défendant les droits de tout un chacun ainsi que l’égalité, et s’est sacrifié pour atteindre cet idéal.

Le rapport final de l’Instance équité et réconciliation (IER) confirme tous ces sacrifices. C’est ce qui explique la sympathie spontanée pour le parti. Nous avons contribué à la transition démocratique en prenant part aux élections communales en 1976 et lorsque nous avons dirigé le gouvernement d’alternance en 1998.

Le fait d’avoir dirigé le gouvernement et notre gestion des affaires au niveau communal ont contribué à notre popularité. Celle-ci a atteint son apogée en 2003, avant la démission de notre chef, Abderrahmane Youssoufi. Cela n’a pas été facile à surmonter.

Pensez-vous que Youssoufi avait tort de démissionner ?

Je ne suis pas historien et c’est à eux que revient l’analyse de certains moments de notre vie politique. Mais j’ai constaté que le parti a connu une période difficile après que le commandant ait quitté le navire. Il traversait déjà une période difficile, avant la démission de Youssoufi suite à la création de trois partis issus d’une scission au sein de l’USFP. Et on ne mentionne même pas le cas de la Confédération démocratique du travail (la centrale syndicale, historiquement liée à l’USFP, avait pris ses distances avec le parti à l’issue de son sixième congrès en 2001, NDLR).

La situation ne s’est pas améliorée suite aux résultats catastrophiques des élections législatives de 2007. Nous avions tout perdu et nous nous sommes lancés dans des luttes intestines pour tenter d’expliquer ce qui s’est passé. Chacun avait un avis, et nous avons essayé de faire notre autocritique. Malheureusement, durant cette période, chacun reprochait à l’autre les problèmes constatés au sein du parti.

Vint ensuite le 8e congrès du parti, qui n’a pu être clôturé dans les temps. Nous étions obligés de le prolonger pour finir ces travaux. Mais il a permis d’entamer une nouvelle ère notamment en ce qui concerne l’élection du Bureau politique et du Premier secrétaire.

Le Premier secrétaire a ensuite été désigné par le Congrès du parti et non pas par une instance intermédiaire. C’est ce qui fait de notre parti une exception dans le paysage politique marocain.

Avant votre élection à la tête du parti, vous avez promis de réconcilier les Ittihadis. De nombreux observateurs estiment que vous n’avez pas atteint cet objectif…

Je vous ai dit que trois partis ont été créés suite à une scission de l’USFP qui dirigeait alors le gouvernement. Durant mon mandat deux d’entre eux ont réintégré le parti. Pour ceux qui sont encore réticents, notre marche vers l’avant ne s’arrêtera pas pour attendre leur retour.

En 2011, on vous a proposé de rejoindre le gouvernement, mais vous avez refusé. Pourquoi avoir changé d’avis en 2016 ?

Après avoir analysé la situation, nous avons décidé de ne pas nous éloigner du projet réformateur mené par le roi Mohammed VI. Une réforme qui doit être menée au sein des institutions. Personne ne nous croyait lorsque nous disions que nous n’avions pas refusé de collaborer avec l’ancien chef du gouvernement (Abdelilah Benkirane, ndlr). Finalement c’est lui qui a refusé de nous intégrer en déclarant qu’on lui a été imposé dans la formation du gouvernement.

Le PJD a décidé de ne pas nous accepter tout en affirmant être ouvert à une participation des partis issus du mouvement national. Aujourd’hui, il s’est avéré qu’Abdelilah Benkirane souhaitait renforcer sa position lors des négociations.

Comment participer à un gouvernement dont le chef ne veut pas de votre présence?

C’était le cas avec l’ancien chef, mais pas l’actuel (Saad Eddine El Othmani, ndlr). Ce dernier ne voue pas une haine à l’USFP. Abdelilah Benkirane a exprimé sa haine envers l’USFP au moment des négociations pour la formation du gouvernement. Mais avec l’aide de ses alliés, l’USFP a pu y résister.

Mais Benkirane vous a proposé de participer durant votre première rencontre dans le cadre des consultations…

En effet. Nous lui avons demandé de le déclarer publiquement, mais il a refusé.

Que s’est-il passé lors de votre deuxième rencontre à son domicile?

Il m’a demandé de lui donner les noms de nos ministrables. Mais quand j’ai demandé aux dirigeants de son parti s’ils ont fait de même, la réponse était que cela n’a pas encore été discuté. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas de proposer des noms, mais simplement de tenter de faire imploser l’USFP et créer des problèmes en son sein. J’ai donc choisi de ne citer aucun nom jusqu’au moment de connaitre la répartition des portefeuilles.

C’était l’une des manœuvres de Benkirane dont l’égoïsme a provoqué une crise qui a duré plusieurs mois. C’est pour cela que la décision royale (d’écarter Benkirane de la direction du gouvernement, NDLR) est intervenue.

Comment se sont déroulées les discussions avec Saad Eddine El Othmani ?

La manière avec laquelle il a mené les négociations était complètement différente de son prédécesseur. C’est pourquoi il a réussi à former le gouvernement en un laps de temps très court.

Vous considérez que votre participation au gouvernement se fait « dans l’intérêt du pays ». Qu’a-t-on gagné aujourd’hui avec votre participation ?

Il suffit de voir le chantier de la réforme de l’administration publique dont nous sommes les gestionnaires exclusifs et dont l’évolution est suivie par l’opinion publique. Il en est de même pour les migrants marocains en Libye pour lesquels le gouvernement a fourni des efforts considérables en vue de les rapatrier. Et je n’évoque pas les réalisations de notre secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur.

Comment avez-vous accueilli la récente sortie d’Abdelilah Benkirane dont vous êtes l’une des cibles principales ?

Il est inconcevable d’insulter des membres de l’alliance gouvernementale qui plus est par une personne n’ayant aucune responsabilité au sein d’un parti. C’est une sorte de tentative de perturbation du travail du chef du gouvernement.

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