Procès du Hirak: les photos avec Zafzafi et le drapeau du Rif s'invitent à l'audience de ce vendredi

La première partie de l'audience du 26 janvier s'est principalement articulée sur le rapport des accusés avec Nasser Zafzafi et le port du drapeau du Rif.

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Yassine Toumi/TELQUEL

C’est sous des slogans « vive le Rif, vive la patrie » et « la mort plutôt que l’humiliation » que l’audience de ce vendredi s’est ouverte à la Cour d’appel de Casablanca pour les 54 militants du Hirak.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Me Mohamed Aghnaj, a d’abord tenu à réagir à la décision du juge Ali Torchi de ne pas retenir les demandes de convocations de témoins formulées par la défense. « Bien que nous ne comprenions pas pourquoi la cour n’a pas donné suite à nos demandes, je vous prie, monsieur le juge de convoquer un certain nombre de témoins clés dans cinq dossiers sensibles« , a interpellé l’avocat.

Les témoins réclamés par l’avocat attesteraient de l' »innocence » de cinq détenus du Hirak. Ces derniers sont accusés entre autres d’avoir pris part à des manifestations violentes le 26 mars entre Imzouren et Beni Bouayach, d’avoir perçu de l’argent de l’étranger, ou encore d’avoir insulté les forces de l’ordre sur les réseaux sociaux. Le juge a alors répondu qu’il se prononcera sur la question une fois tous les accusés entendus.

Lors de la première partie de l’audience, le juge Ali Torchi a d’abord convoqué trois détenus poursuivis en état de liberté pour « participation à des manifestations non autorisées« , « incitation à manifester« , ou encore « atteinte à la dignité d’agents des forces de l’ordre« .

Le premier prévenu, propriétaire d’un café à Imzouren, est interrogé par le juge sur ses rapports avec Nasser Zafzafi et son implication dans les manifestations du Hirak. « Je ne connais pas très bien Nasser Zafzafi et je n’ai rien à voir avec les manifestations« , répond l’accusé, visiblement confus. Il ajoute plus tard: « c’est un client comme un autre. Est-ce un crime de se prendre en photo avec lui?« .

Alors que le juge dévoile des clichés de l’accusé en compagnie du leader du mouvement de contestation du Rif, les avocats de la défense protestent. « Les photos n’ont rien à voir avec les accusations. Vous ne précisez pas d’où vous tenez ces images« , objectent-ils. Le juge répond qu’il est dans son droit, provoquant l’ire de certains avocats.

Quelques minutes plus tard, les esprits se calment et le procès reprend. Le juge Torchi s’arrête alors sur une photo montrant un portrait de Zafzafi accroché dans le café de l’accusé. « Ce portrait a été accroché par mon serveur, j’étais à Nador ce jour-là et à mon retour je l’ai retiré« , explique ce dernier.

Lorsque le juge lui demande dans quelles circonstances il a été pris en photo devant un rassemblement de manifestants, il répond:  » j’étais juste de passage monsieur le juge, et j’avais envie de prendre une photo« .

Il laisse alors place à un deuxième accusé, présenté comme l’un des gardes du corps de Nasser Zafzafi. Le juge lui pose des questions sur sa participation aux manifestations du Hirak et sur sa mission de garde rapproché. « J’ai manifesté parce que j’avais des revendications sociales et économiques« , dit-il. « J’ai aussi pris l’initiative de protéger Nasser, car il était menacé. C’est mon voisin et on se connaît depuis l’enfance. C’était tout à fait normal pour moi de l’aider« , poursuit l’accusé.

Le juge Torchi lui demande alors qui finançait les uniformes (t-shirts noirs et gilets fluorescents) et pourquoi il portait un drapeau du Rif durant les manifestations. Le prévenu répond qu’il n’a pas en tête la personne qui a fourni les uniformes. Au sujet du drapeau, il explique que « c’est un symbole de victoire et non de séparatisme« .

Après quelques échanges entre les avocats et le juge, le troisième accusé se présente à la barre. Le président de l’audience lui demande si Nasser Zafzafi lui interdisait de porter des drapeaux marocains. L’accusé infirme: « je ne crois pas que Nasser Zafzafi serait capable de faire ça« .

L’accusé déclare alors qu’il n’est pas un séparatiste, qu’il n’a pas reçu d’argent de l’étranger et qu’il n’a incité personne à manifester. Le juge lève alors l’audience. Nasser Zafzafi et les autres détenus, visiblement en forme, entonnent alors à tue-tête des « vive le Rif«  et « vive la patrie« .