Égypte : l’athéisme bientôt criminalisé ?

Depuis sa prise de pouvoir en juillet 2013, le maréchal Sissi s'est montré intransigeant aussi bien face aux Frères musulmans qu'aux athées (crédits: DR)

Le président du Comité religieux du Parlement égyptien, Amr Amroush, a annoncé fin décembre son intention de déposer un projet de loi pour criminaliser l’athéisme. Al-Azhar approuve, tandis que les défenseurs des droits de l’homme s’offusquent.

Dans une interview accordée au quotidien national Al-Chourouk, le député explique qu’il entend lutter contre un « fléau qui se propage surtout au sein de la jeunesse égyptienne ». Il propose d’infliger désormais des amendes et des peines de prison à ceux qui nient l’existence de Dieu.

« Il est nécessaire de promulguer des lois qui dissuadent les gens de violer les instincts naturels de l’homme et de punir ceux qui ont été séduits par l’athéisme. La force de dissuasion doit être sévère pour empêcher la propagation de cette pensée empoisonnée parmi les musulmans, notamment les plus jeunes d’entre eux », a approuvé Mohamed Zaki, chef du Conseil suprême de l’Université Al-Azhar, l’une des institutions les plus respectées de l’islam sunnite.

Deux athées déjà condamnés en 2015

Hafez Abou Saada, membre du Conseil national égyptien des droits de l’Homme, refuse catégoriquement cette perspective. « L’État n’a pas le droit d’aller farfouiller dans le cerveau des gens pour savoir qui croit et qui est athée. (…) L’athéisme est une forme de pensée comme une autre, dépourvue de matérialité, et il n’est pas possible de la criminaliser », a répliqué l’activiste sur la chaîne Dream.

Lui et ses camarades estiment que cette interdiction violerait la Constitution égyptienne, qui garantit à tout citoyen la « liberté de croyance » – bien que l’article 2 définisse l’islam comme religion d’État. « J’ai rédigé un document explicatif traitant de cette question en accord avec les lois et la Constitution du pays », balaie Amroush.

S’exprimant en septembre devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, le président Abdel Fattah al-Sissi a mis en avant « les valeurs de modération et de tolérance » de l’islam. Or, quelques mois après le coup d’État qui l’a porté au pouvoir, en juillet 2013, son gouvernement lançait un plan d’action national pour « confronter et éliminer l’athéisme« .

En 2015, deux internautes ont été envoyés en prison pour avoir revendiqués sur les réseaux sociaux leur athéisme – considérée comme la « négation de l’existence de Dieu », cette doctrine est souvent confondue avec l’agnosticisme, « refus de prendre parti dans les débats métaphysiques ». Si le Code pénal de l’Égypte, un pays qui compte une forte minorité chrétienne ainsi que deux à quatre millions d’athées, condamne déjà le blasphème et la promotion de l’athéisme, c’est bientôt le fait lui-même de ne pas croire qui pourrait devenir répréhensible.

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