Driss Fakhreddine : "Idya est devenue aujourd'hui une affaire nationale"

Driss Fakhreddine, le père de la petite Idya, décédée après avoir erré d'un hôpital à l'autre, accuse les médecins d'avoir mal diagnostiqué sa fille. Sa cause a trouvé écho auprès de la société civile.

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Driss Fakhreddine, père d'Idya, acteur civil à Tinghir. Crédit DR

Le décès d’Idya, 3 ans, faute de soins malgré des consultations dans quatre hôpitaux entre Tinghir et Fès, mobilise toujours la société civile qui réclame des comptes. Ce dimanche 23 avril, une marche sera organisée à Rabat par des associations de défense des droits humains. De son côté, le ministère de la Santé a demandé l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de la mort de la petite Idya.

Driss Fakhreddine, le père de la fillette, participera à la manifestation de dimanche. L’homme, connu à Tinghir pour son activité au sein de la société civile locale, accuse les médecins de « faute médicale » et dénonce les carences au niveau des infrastructures de santé dans sa région.

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Telquel.ma : Le délégué du ministère de la Santé à Tinghir justifie l’aggravation de l’état d’Idya par la décision tardive de l’amener à l’hôpital. Qu’en est-il ?

Driss Fakhreddine : C’est n’importe quoi. Vingt minutes après l’accident nous avons emmené ma fille à l’hôpital de Tinghir. Le lendemain, comme c’était le week-end, nous l’avons transportée à l’hôpital d’Errachidia, elle y est restée 28 heures, avant d’être évacuée à Fès. Le discours du ministère est irresponsable, ce sont des gens qui veulent se dégager de leur responsabilité. Ce n’est pas avec ce genre de discours que les problèmes se règlent. Nous savons qu’il y a un grand problème dans la politique publique de l’État dans le secteur de la santé, et que le budget qui lui est consacré n’arrive même pas à la moitié de ce qu’exige l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il y a un sérieux problème de la santé au Maroc, et Idya en était la victime.

Que pouvez-vous dire des circonstances ayant entraîné le décès de la petite Idya ?

En fait, à Tinghir, il y a un manque horrible de matériel, tandis qu’à Errachidia, nous avons constaté une grande défaillance au niveau du personnel. Il n’y avait par exemple pas un médecin ophtalmologue, ni de pédiatre. Il y avait un seul scanner pour la partie supérieure du corps à savoir la gorge et la tête. L’hôpital ne disposait pas de scanner abdominal. La cause de la mort, nous l’avons eue à la dernière minute à Fès. Idya souffrait d’une hémorragie interne au niveau des poumons, ce qui n’a pas été détecté à Errachidia. On nous a fixé un rendez-vous à 9h du matin au lieu de nous envoyer aux urgences. Ma fille est morte à 4h du matin, avant le rendez-vous. On nous avait même dit que son cas n’était pas urgent. Je rappelle que quand nous avons voulu transporter Idya à Fès. Nous étions obligés de prendre une ambulance de Tinghir, parce qu’il n’y en avait pas à Errachidia.

Des manifestations de soutien ont eu lieu à Tinghir le week-end dernier. Quelle suite comptez-vous donner à cette affaire ?

Le cas d’Idya n’est pas le premier à Tinghir et ne sera pas le dernier, j’en suis conscient. Le combat ne se fera pas sur un seul front. Nous voulons une politique publique citoyenne qui va aboutir à une amélioration des services, surtout de la santé dans notre région. Nous n’allons pas lâcher l’affaire.

Une manifestation est annoncée ce dimanche à Rabat en solidarité avec Idya, y prendrez-vous part ?

Oui j’y serai. La marche est organisée par des réseaux associatifs qui sont d’obédiences différentes : il y a des politiques, des militants de droits humains et des gens du mouvement amazigh. Idya est devenue aujourd’hui une affaire nationale, un message alarmant pour le gouvernement qui doit revoir ses politiques.

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