L'entretien entre Bachar Al Assad et la presse française en 5 points

Europe 1, LCI et TF1, ont interrogé le président syrien Bachar Al Assad. L'interview a été diffusée le 16 février dans son intégralité dans les journaux de 20 heures sur les deux chaînes de télévision françaises.

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February 11, 2016. / AFP / JOSEPH EID

L’entretien entre Bachar Al Assad et les journalistes français s’est déroulé sur le territoire syrien en anglais, dans une salle aux boiseries chiadées. Après avoir été interviewé le 9 janvier par trois autres médias français, le président syrien s’est de nouveau prêté au jeu des questions-réponses pour Europe 1, LCI et TF1 dans une longue interview diffusée le 16 février au soir. L’occasion pour le président Assad de s’exprimer sur plusieurs points, à propos de la situation dans ses frontières ainsi que sur ses relations avec les différentes puissances internationales. Résumé de son intervention en cinq points.

1- Lutter contre le terrorisme sur tout le territoire syrien

Bachar Al Assad a affirmé que Raqqa, bastion de Daech, visé par la coalition internationale, n’était pas une cible prioritaire pour Damas. « Raqqa n’est qu’un symbole de Daech. Il y a une présence de Daech près de Damas. Ils sont partout. Ils sont à Palmyre en ce moment et dans la partie est de la Syrie« , a-t-il développé avant d’insister sur sa volonté de reprendre le contrôle sur l’intégralité du territoire syrien.

Deux mois après avoir repris la ville d’Alep, Bachar Al Assad estime que « l’on ne peut pas parler d’avoir gagné la guerre« . « Il s’agit d’un pas important sur le chemin qui va nous conduire à battre et éliminer le terrorisme dans notre pays, mais je pense que ce sera un long chemin. Pour une simple raison: parce que les terroristes ont le soutien de nombreux pays occidentaux, y compris la France« , a-t-il critiqué.

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2- Taper sur les puissances occidentales

Bachar a accusé la France d’être « directement responsable des tueries » en Syrie et François Hollande d’avoir « envoyé de l’armement à des groupes modérés qui sont en fait des terroristes« . « L’Occident ferait mieux de s’occuper de ses propres terroristes. [Il] n’a pas à choisir entre moi et Daech, c’est à mon peuple de le faire« , a martelé le chef d’État syrien.

« Leur but n’était pas de faire la paix en Syrie, ils voulaient plutôt utiliser le cadre de l’ensemble du processus [de paix à Genève] pour atteindre leur but« , a-t-il asséné. Pour Bachar Al Assad, les pays occidentaux « se sont isolés » en soutenant des « groupes représentant le terrorisme contre le gouvernement« .

Le président syrien a aussi déclaré que les responsables politiques occidentaux étaient « pragmatiques au point de marchander leurs valeurs« , et a accusé les responsables politiques et médias occidentaux de diaboliser son régime.

3- Nier le rapport d’Amnesty International

Bachar Al Assad a nié le contenu du rapport d’Amnesty International selon lequel 13.000 personnes auraient été pendues entre 2011 et 2015. Il a qualifié ce rapport de « honteux, infantile, qui repose sur le néant« . « Ce rapport est bâti sur des allégations! Pas un seul document, pas une seule preuve« , a déclaré le président syrien accusant Amnesty « d’avoir interrogé quelques témoins qui sont des opposants et des déserteurs« . « Ils n’ont même pas parlé de 13.000 morts, ils ont dit entre 5.000 et 13.000. On passe du simple au double ! Cela veut dire qu’il n’y a pas de précision« , dit le président syrien, tout en soulignant que « la peine de mort est légale » dans son pays et qu’il n’a pas besoin de procéder à des exécutions extrajudiciaires.

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« Nous avons toutes les informations qu’il nous faut. Donc nous ne recourons pas à la torture. Ça ne fait pas partie de notre politique« , affirme-t-il. « Si nous avions commis de telles atrocités, à n’importe quelle étape de ce conflit, nous n’aurions pas le soutien populaire que nous avons au bout de six ans« , ajoute Bachar Al Assad.

4- Dans l’attente de la politique étrangère de Trump

Concernant le nouveau président américain, il dit être dans l’attente: « je ne pourrai me sentir à l’aise avec Donald Trump que lorsque j’aurai vu sa politique vis-à-vis de la Syrie. Je ne l’ai pas encore vu« . Bachar Al Assad estime aussi que ce n’est pas le peuple syrien qui est « visé » par le décret anti-immigration signé le 27 janvier par le président américain, mais plutôt les terroristes « qui pourraient s’infiltrer à travers certains immigrants venus à l’ouest« . « Et cela s’est déjà produit en Europe, notamment en Allemagne, et il risque de se reproduire aux États-Unis ». 

5-  Poutine, son ami

À la question « Vladimir Poutine est-il le vrai décideur en Syrie ?« , le président syrien a répondu sans hésitation: « non, il ne l’est pas« . Bachar Al Assad a rendu hommage à l’action du président russe. « Les Russes respectent notre souveraineté, à chaque étape qu’ils ont franchie, qu’elle soit d’ordre stratégique ou tactique, ce fut en coopération avec la Syrie. Ils n’ont jamais rien fait sans nous consulter. Ils fondent leur politique sur des valeurs, et sur leurs intérêts, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Il a été crucial dans l’affaiblissement de Daech et Al Nosra« .

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(Avec agences)

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