Hydrocarbures: Les pétroliers se sont-ils entendus sur les prix ?

En pleine polémique sur les prix à la pompe, les opérateurs ont revu unanimement leurs tarifs à la baisse.

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Pompe à essence
Crédit : DR

Les 15 opérateurs que compte le marché ont tous revu à la baisse leurs tarifs, qui ont dégringolé de 36 centimes en moyenne. Pourquoi une baisse aussi significative et aussi unanime ? « Les prix varient tous les 15 et les 31 de chaque mois. La baisse des prix, elle, s’explique par la baisse du cours à l’international, qui n’est plus qu’à 46 dollars », nous répond Adil Ziady, président du Groupement des pétroliers du Maroc (GPM).

Même le site du PJD n’a pas manqué de s’en faire l’écho, pointant du doigt l’absence de concurrence dans le secteur. Citant un spécialiste du secteur, le média du parti de la lampe précise « que lorsque le baril de pétrole augmente de 5 dollars, le prix du litre à la pompe augmente de 47 centimes, tandis que celui-ci ne baisse que de six ou 7 centimes quand le baril enregistre une baisse de 5 dollars. »

Il faut dire aussi que la société Afriquia d’Aziz Akhannouch, leader du marché fait, depuis une semaine, l’objet d’une campagne de boycott sur les réseaux sociaux, à cause de la flambée des prix. Campagne qu’Adil Ziady, par ailleurs DG du pôle carburants et lubrifiants du groupe Akwa, juge infondée : « C’est une campagne qui vise les grosses sociétés, notamment Afriquia, pour les pousser à baisser les tarifs. Comme si on maîtrisait les prix internationaux », justifie-t-il.

« Trop, c’est trop »

400 millions de dirhams. C’est le bénéfice engrangé par Total Maroc au premier semestre de 2016. Cela fait une progression de 116 % par rapport à la même période de l’année dernière. Un exploit qui ne s’explique pas que par la qualité des produits brandis par le management de la société. En effet, les analystes d’Upline Securities, qui ont passé au crible les résultats des pétroliers cotés en bourse, donnent une autre explication : l’appréciation de leurs marges. C’est que, depuis décembre 2015, l’État a levé la main du secteur, laissant aux opérateurs le soin de fixer eux-mêmes les prix à la pompe et leurs propres marges. Une libéralisation qui devrait profiter aux consommateurs, qui plus est dans un contexte où le prix du baril est au plus bas. Du moins théoriquement, car les prix à la pompe sont loin de refléter la fluctuation du cours à l’international.

Dans la foulée, le wali de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri, a dû sortir de sa réserve habituelle pour pointer du doigt la « concurrence molle » du secteur. « De par nos chiffres et nos calculs, on a l’impression que l’on ne répercute pas totalement la baisse (…) Est-ce que la concurrence est vraiment et parfaitement jouée au sein du secteur ? » s’interroge le gouverneur de la banque centrale lors d’une conférence de presse tenue le 27 septembre. Joint par TelQuel en octobre, Abdellatif Jouahri a poussé l’explication plus loin : « Selon les prix internationaux, avec les calculs que nous avons effectués, nous avons estimé qu’il y avait quelque chose à répercuter en faveur au niveau du consommateur. Dans notre esprit, le principe de la libéralisation, c’est que le prix à la pompe va jouer en fonction de la concurrence que se font les uns et les autres. Maintenant, il faut regarder de plus près et ça ne relève pas de moi. » Le patron du groupement des pétroliers, Adil Ziady, nie quant à lui toute entente : « Comment quinze opérateurs peuvent-ils se mettre d’accord sur les prix ? Puis, les sociétés ne font que conseiller les prix, ce sont les gérants qui les fixent. »

Aucun pilote dans l’avion

« Nous suivons l’évolution des prix mais l’État n’a plus à intervenir car il s’agit d’un marché libre », nous a déclaré récemment Mohamed El Ouafa. Existe-t-il une autorité de régulation du marché ? Que nenni. D’ailleurs, l’amendement de la loi sur les hydrocarbures, appelée à régir le secteur depuis la libéralisation, n’est pas encore entré en vigueur. Dans ce texte, qui attend son adoption depuis plus d’un an, le législateur n’a pas manqué de prévoir des sanctions pour réprimer les spéculations (notamment autour du stockage). Interrogée sur l’absence de garde-fou dans le secteur, une source autorisée au gouvernement déclare : « Pourquoi l’État doit-il être le garde-fou dans un marché libre ? On suit l’approvisionnement et de ce côté-là, tout va très bien. Nous étudions les expériences des pays voisins. Allez voir les prix en Espagne, au Portugal ou en France. » « Pour le reste, le wali de Bank Al Maghrib, s’il décèle une entente, n’a qu’à prouver ses dires. Ce n’est pas à nous de lui répondre mais aux opérateurs » déclare une autre au gouvernement.

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