Comment sont utilisés les déchets “RDF” ailleurs ?

L’importation récente de 2500 tonnes de déchets en provenance d’Italie au Maroc fait polémique. Mais qu'en est-il ailleurs ?

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Des déchets s'amoncellent
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La polémique concernant les 2 500 tonnes de déchets, destinés à alimenter les fours des cimenteries, ne retombe pas. La ministre de l’Environnement Hakima Elhaité a tenté lundi 11 juillet de rassurer l’opinion publique en expliquant que le Maroc importe chaque année « plus de 450 000 tonnes de RDF » (Refuse-derived fuel), permettant de produire du combustible à haute valeur calorifique.

Les RDF, comment ça marche ?

Ces déchets sont ainsi considérés comme étant une ressource à exploiter et non comme des ordures dont il faut se débarrasser. Pour produire de nouvelles ressources à partir de déchets, il existe deux types de procédures : l’une dite de “valorisation matière”, qui consiste à récupérer des matériaux réutilisables via le recyclage ou le compostage. L’autre dite de “valorisation énergétique”, qui consiste à récupérer de l’énergie à travers, notamment, l’incinération. Ces fameux RDF sont utilisés depuis déjà plusieurs années comme carburant précieux, et ce par une multitude de pays. La ministre de l’Environnement déclarait d’ailleurs à TelQuel qu’en Allemagne, « deux millions de tonnes RDF sont utilisées chaque année. » Selon une étude de la commission environnementale de l’Union européenne, datant de 2011, la production de RDF serait plus active dans les États riches (à savoir l’Autriche, l’Allemagne, et les Pays-Bas qui sont parmi les meilleurs exemples en matière de recyclage) En tout, l’Europe utiliserait environ 20 millions de tonnes de RDF chaque année, avance l’étude.

Plusieurs antécédents

L’utilisation des RDF par des cimenteries françaises a notamment fait l’objet d’une étude initiée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), en partenariat avec le ministère français de l’Environnement, en 2009. La synthèse de l’étude-test révélait à l’époque que l’utilisation de RDF conduisait à une réduction d’environ 50 000 tonnes par an d’émissions de CO2. « Soit 0,8 % des émissions de CO2 résultant de la consommation énergétique », précise l’étude. Il était signalé, par la même occasion, que l’’utilisation des RDF n’avait pas d’impact sur les émissions atmosphériques des cimenteries. « On peut retenir comme hypothèse réaliste à moyen terme une consommation annuelle de CSR de 1 million de tonnes par les cimenteries françaises, correspondant à un taux moyen de substitution des combustibles fossiles [type très polluant comme le charbon, par exemple] de l’ordre de 30 % », concluait ainsi l’étude.

Hors Europe, un exemple d’utilisation de ces produits illustre bien l’intérêt d’un tel procédé : celui de la Tunisie où cette ressource est largement utilisée. Comme l’explique l’étude « Valorisation des déchets ménagers et assimilés », du cabinet  Maximum Yield Technology, datant de 2014, l’utilisation de RDF par quatre décharges et 19 centres de transfert de déchets ménagers, a permis une économie en consommation de combustibles traditionnels et de matières premières de l’ordre de 40%, additionnée à une réduction des quantités de déchets à envoyer à la décharge, ainsi qu’à une réduction des émissions de CO2. Contrairement aux idées reçues, l’utilisation de RDF pourrait être un atout supplémentaire dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Déchets propres vs déchets non contrôlés

Aujourd’hui, parmi les sceptiques, certains se demandent pourquoi le Maroc importe des tonnes de déchets, alors qu’il en produit des millions lui-même chaque année. Ici, il s’agit d’assurer la qualité même des déchets. Comme l’expliquait Hakima Elhaité,  « Le ministère de l’Environnement italien donne son autorisation après avoir analysé la composition des déchets et l’importateur, en l’occurrence les cimentiers, ne les importe qu’une fois le dossier validé par le ministère marocain de l’Environnement. » Origine des déchets, composition, procédé de fabrication, analyse physico-chimique… « Le dossier n’est validé que s’il est conforme à la loi », selon la ministre de l’Environnement. « Ensuite, une fois le produit importé, un échantillon est prélevé par un laboratoire agréé pour vérifier sa conformité avec le dossier initialement déposé », explique le président de l’AMEDE. « C’est une polémique qui n’a pas de sens. La France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (…) utilisent les RDF. Ce sont des produits non dangereux et il y a une traçabilité de toute la chaîne », expliquait, de son côté, Mohamed Chaibi, président de l’Association professionnelle des cimentiers – par ailleurs PDG de Ciments du Maroc.

La polémique qui entoure l’arrivée des déchets au Maroc en provenance d’Italie montre qu’il devient surtout primordial que l’Union européenne élabore enfin sa directive sur l’économie circulaire. Ce nouveau texte qui doit se substituer aux directives existantes sur le recyclage des déchets a été présenté aux députés européens et aux États membres en décembre 2015, mais n’a toujours pas été officiellement adopté. Dans ce texte, le statut des produits issus des tris y est notamment déterminé. Il permet de décider de ce que peut être un RDF :  un déchet ou un combustible.

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