Légalisation du cannabis : Argument démagogique ou réel combat ?

En organisant un colloque international sur le cannabis à Tanger, Ilyas El Omari relance le débat sur une possible légalisation de sa culture. Et sur l’utilisation de cette problématique à des fins électorales.

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En organisant un colloque international sur le cannabis à Tanger, Ilyas El Omari relance le débat sur une possible légalisation de sa culture. Et sur l’utilisation de cette problématique à des fins électorales.

« On m’accuse régulièrement de promouvoir la culture de la drogue de cannabis. Cette désinformation à mon encontre continue de desservir les paysans de notre région et entretient la méconnaissance du produit.  » Dans son discours d’ouverture du Colloque international sur le cannabis et les drogues, organisé à Tanger les 18 et 19 mars dernier, Ilyas El Omari, secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM) et président de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, met les choses au clair. Pour lui, le débat sur la légalisation du cannabis à des fins thérapeutiques et médicinales est un combat certes politique, mais nécessaire.

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En faisant appel à de multiples représentants de la société civile ou du monde associatif comme l’Association de lutte contre le sida (ALCS), la Confédération des associations de Sanhaja du Rif pour le développement (CASRD) ou même des membres du Conseil économique social et environnemental (CESE), El Omari a donné du poids à son plaidoyer contre «  l’échec de la politique de prohibition du cannabis ». Le leader politique reprend la rhétorique de son parti qui, dès 2009, sous l’impulsion de son fondateur Fouad Ali El Himma, qui appelait à une légalisation. « Il est anormal qu’au Maroc, on plante le kif et qu’en Europe, des gens s’en enrichissent. », avait-il soutenu.

Dépénalisation : Argument démagogique ?

Mais si Ilyas El Omari se dit « sincère  », certains de ses opposants politiques n’hésitent pas à l’accuser –avec le PAM- de s’intéresser au dossier par calcul politicien. Ainsi, en juin 2014, Abdellah Bouanou, chef du groupe PJD, qualifie au parlement de « surenchère électorale », l’idée de légaliser la culture du cannabis. Le député n’hésite pas à accuser les partis pro légalisation (le PAM et l’Istiqlal ont chacun soumis une proposition de loi en faveur de la légalisation à des fins médicinales, thérapeutiques et industrielles du cannabis) de «  vouloir renforcer les rangs de leurs électeurs en profitant de la misère des gens, ou encore de chercher des sources de financement de leurs campagnes électorales en donnant des promesses de légaliser la culture de cannabis. »

Les deux partis trouvent cependant un avocat en la personne de Chakib Al Khiyari, président de l’Association Rif des droits humains. « Beaucoup d’agriculteurs sont recherchés (48 000 cultivateurs étaient visés par un mandat d’arrêt en 2014). Ils ne peuvent pas renouveler leur carte nationale ni exercer leur droit de vote. Donc, du moins pour le moment, on ne peut accuser les partis de chercher des voix  » nous déclare le militant.

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Pour Mehdi Bensaïd, député PAM, « il ne devrait pas y avoir d’adversité politique sur ce thème là, c’est trop dangereux. » Et d’ajouter : « aujourd’hui, les seuls gagnants de ce manque de débat, ce sont les trafiquants de drogue. Il faut que le gouvernement ait le courage de faire une étude sur le terrain, de plusieurs mois, pour comprendre le phénomène  ». Il est rejoint par Mohamed El Alami qui défend les intérêts de la région dont il est vice-président.  « Il y a la loi et il y a la réalité. Aujourd’hui, cinq provinces pratiquent quotidiennement l’agriculture du cannabis, il faut donc leur donner des réponses. Ce n’est pas de la démagogie, mais un réel besoin » assène-t-il.

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Cependant, un participant du colloque qui travaille dans le domaine des collectivités territoriales et préfère témoigner anonymement, pointe le risque de lasser « les habitants du Rif. Ils sont devenus -à juste titre- impatients. Depuis trop longtemps on leur promet des changements. Aujourd’hui, le PAM a les faveurs des agriculteurs… mais les promesses de changement, ça marche une fois ou deux, mais pas trois. »

« Dois-je parler diplomatiquement ou sentimentalement ? » s’interrogeait Ilyas El Omari, en préambule du colloque. A sept mois des élections législatives, la double casquette du natif d’Al Hoceima, n’est pas évidente à porter.

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