Niels Schneider: «Le Maroc a des pensées moyenâgeuses sur l’homosexualité »

Membre du Jury Cinécoles du Festival du film de Marrakech, et représentant du Canada à l’honneur cette année, le comédien Niels Schneider discute avec Telquel.ma autour d’un café.

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Niels Schneider dans "Les Amours imaginaires" de Xavier Dolan (2010)

C’est le pote qu’on rêverait d’avoir. Beau gosse, acteur à succès, mais les pieds sur terre bien qu’il monte aussi sur les planches, passionné et cultivé, Niels Schneider est l’apollon du cinéma canadien depuis le succès des Amours imaginaires de Xavier Dolan. Il a aussi interprété Feydeau et Kafka au théâtre et du Shakespeare en Roméo, évidemment. Du 4 au 12 décembre 2015, il est membre du jury de la compétition Cinécoles (courts métrages de jeunes réalisateurs) du Festival international du film de Marrakech (FIFM), qui rend en outre hommage au cinéma canadien cette année. C’est dans ce cadre-là que nous l’avons rencontré. On a parlé ciné autour d’un café, mais pas que.

Niels Schneider : Tu veux un café ?

Telquel.ma : Oui avec plaisir. La nuit a été courte ?

Pas cette nuit, mais avant-hier. On ne peut pas les suivre les Canadiens…

À part leurs talents pour la fête, tu es fier de représenter le cinéma canadien cette semaine ?

NS : J’étais hyper content de retrouver certains copains déjà. Michel Cottet, mon frère que je ne vois pas très souvent (Aliocha Schneider, NDLR), Carole Laure… Je suis surtout très fier que le Canada rayonne comme ça, grâce à son cinéma. Je t’avoue que je me sens plus Québécois que Canadien, même si j’admire des cinéastes comme Guy Maddin, Atom Egoyan ou David Cronenberg. Le cinéma québécois est assez bien représenté en fait. Alors qu’on est un tout petit État, on a énormément de cinéastes qui valent la peine en ce moment.

TQ : Tu viens d’une famille de comédiens, est-ce que tu te sens aussi faire partie de la famille du cinéma québécois ?

NS : Je tourne beaucoup plus en France maintenant, mais effectivement c’est une famille, parce que ce sont des amis souvent. On n’est pas beaucoup en plus et je me sens très attaché à eux.

TQ : Tu tournes pour le cinéma et tu joues au théâtre entre la France et le Québec, tu me fais penser un peu à Yves Jacques, finalement.

NS : Rires. Je vais là où on m’appelle, mais j’aimerais beaucoup continuer à bosser entre les deux continents. J’ai tendance à me lasser assez vite, j’en avais marre à un moment du cinéma québécois par exemple, donc je trouve qu’il y a quelque chose de rafraîchissant à tourner sur les deux continents. Je dis ça, mais ce n’est pas tellement l’endroit où on tourne qui fait la différence, c’est vraiment les gens avec qui on tourne.

TQ : Est-ce que ça te pose un problème, ou est-ce qu’au contraire tu le cherches, d’avoir cette image d’apollon au cinéma ?

NS : Je ne le cherche pas du tout. Je n’en suis pas fier. Je n’en ai pas honte non plus. J’ai fait un film dernièrement qui s’appelle Diamant noir, d’Arthur Harari, où je n’ai pas du tout cette image-la. Une image, ça se casse aussi. C’est vrai que ça m’embêterait qu’on me prenne dans un film à chaque fois en pensant à ça. Je trouverai ça ennuyant. C’est pour ça que tourner avec Arthur c’était agréable. Lui il dit : « le physique c’est pas important, on va le changer, on va te teindre et te lisser les cheveux, on va te métamorphoser » parce qu’il voit quelque chose d’autre. C’est aussi pour ça que j’aime beaucoup le théâtre, parce que c’est moins important, on est plus transformable. Au cinéma, souvent les gens te prennent pour ce que tu incarnes physiquement avant tout.

TQ : Quand tu es nommé pour des prix, c’est dans la catégorie « espoir » ou « révélation », donc à 28 ans on t’appelle encore une « jeune acteur ». Quand tu vas juger les courts métrages de la compétition Cinécoles, ce sera avec un regard de grand frère ?

NS : Ah non non pas du tout ! Je ne suis vraiment pas là pour donner des conseils à quiconque. Je vais simplement donner une appréciation. Un jury, c’est composé un peu comme un bouquet, et donc je pense que j’ai été choisi pour avoir les yeux d’un jeune acteur. Il y a aussi Joachim Lafosse qui a fait pas mal de films, Valeria Tedeschi. C’est donc un jury hétéroclite où chaque regard a sa place. Je ne suis vraiment pas là comme grand frère. Et puis je n’aime pas ça de toute façon. Je suis simplement là pour voir s’il y a des films qui se démarquent plus que d’autres. C’est tellement pas objectif tout ça, que je vais donner mon impression en tant que Niels, pas en tant que comédien ou cinéphile.

Sur quoi est-ce que tu travailles en ce moment ?

Je viens de finir une pièce de Laurent Mauvignier qui s’appelle Retour à Berratham, qu’on reprend encore pour quelques dates en France. C’est une mise en scène du chorégraphe Angelin Preljocaj, on est deux comédiens avec ses danseurs. J’ai un autre projet avec Angelin et Juliette Binoche sur une adaptation de Polina, une bande dessinée de Bastien Vives. On a tourné cet été et on finit le tournage la semaine prochaine à Moscou. Après ça, il y a encore pas mal de projets. Mais j’ai beaucoup tourné cette année, j’ai joué dans quatre films qui vont sortir. Je vais lever le pied un peu. Là, ce sont mes premières vacances depuis deux ans.

Donc tu n’es pas dans le prochain film de Xavier Dolan ?

Non, son prochain film c’est un film américain. Il n’y a même pas Anne Dorval. C’est que des grosses stars américaines. Kathy Bates, Kit Harington, Jessica Chastain. Ça fait longtemps que je n’ai pas tourné avec lui et je me dis que j’aurais envie de réitérer l’expérience, mais Xavier il écrit d’abord pour les femmes et puis ensuite viennent se greffer d’autres personnages. Et c’est très bien comme ça, parce que c’est un des derniers à le faire.

 Vous êtes proches ?

Oui, on est assez proche. On ne se donne pas des nouvelles quotidiennement, mais à chaque fois que je vais à Montréal, c’est une des premières personnes que j’appelle. On a une grande amitié. On est très lié.

Qu’est-ce qui est le moins évident sur un tournage ? Est-ce que c’est de l’embrasser ou de voir l’anaconda de Cantona ?

: Rires. Cantona, j’avais un peu peur parce que tu ne sais jamais comment il va réagir. Il est assez surprenant. Je me demandais si j’allais me prendre une beigne. En même temps, il est adorable. Mais son anaconda c’est un faux. Rires.

Si je te dis « article 489 » du Code pénal marocain, ça te dit quelque chose ?

Ohlalala, pas du tout. Je suis nul en droit.

 C’est l’article qui punit l’homosexualité au Maroc. Jusqu’à trois ans d’emprisonnement, pour des « actes contre nature ».

Ah ouais ? C’est choquant. Il y a des pays comme ça, où ils mettent du temps à comprendre. Mais même Poutine il va finir par comprendre. Mais c’est révoltant, c’est dégoûtant. Je ne comprends pas qu’un pays évolué comme le Maroc puisse encore avoir des pensées moyenâgeuses comme celle-là. Heureusement, il y a des films comme Closet monster qui sont projeté ici. J’espère que c’est quand même des choses qui font bouger les mentalités. Mais c’est à nous de le dire, de le redire et de le remontrer. À un moment, ça va ébranler les mentalités.

L’homosexualité est au cœur de J’ai tué ma mère et des Amours imaginaires, mais est-ce que c’est une cause que tu aimerais défendre dans un cinéma plus engagé ?

Ouais ! C’est vraiment une cause du 21ème siècle. On ne peut pas reculer là dedans et tout le monde va se mettre en accord là dessus. La communauté internationale va finir par le mettre dans la Charte des droits de l’Homme. Ce n’est pas possible autrement.

 C’est la question people, pour finir : est-ce que tu es heartbreaker (le titre anglais des Amours imaginaires, NDLR) en dehors des plateaux de tournage ?

Non je pense pas. J’ai souvent le cœur brisé. Je me retrouve victime parfois, bourreau parfois aussi, mais toujours malgré moi. L’amour ce n’est pas manichéen et on souffre presque tout le temps. En étant heartbreaker, tu souffres parfois même plus. Tu peux faire du mal à des gens que tu aimes.

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