La géométrie variable des prévisions du FMI sur la croissance marocaine

Depuis 2012, l’institution comme les autorités marocaines ont systématiquement surestimé la croissance du PIB au Maroc. Analyse.

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La dernière communication du FMI concernant le PLL (Precautionary Liquidity Lending) replace dans l’actualité les perspectives de croissance de l’économie marocaine. Depuis 2012, l’institution comme les autorités marocaines ont systématiquement surestimé la croissance du PIB au Maroc. Si les conclusions générales du communiqué de presse ne font que résumer ceux des rapports d’étape régulièrement publiés, la comparaison entre ce que le FMI projette, et ce que le ministère des finances (MINEFI) anticipe pour les futures années révèle moins l’effort de cerner précisément la croissance et ses retombées sur l’économie dans son ensemble, qu’une liste succincte de réformes à mettre en œuvre : contraction des dépenses de compensation, maîtrise du déficit du compte courant, principalement.

 previsions PLL

Sources : FMI, MINEFI, HCP.

Pour le FMI, la période d’incertitude de 2014 passée, l’optimisme est de nouveau d’actualité, avec une croissance prévue pour les 4 prochaines années tendant progressivement vers 6 %. Ces projections, comme celles du MINEFI, trahissent la volonté de présenter de bons résultats plutôt qu’une prédiction basée sur des données concrètes : une bonne croissance dynamique permet de réduire le déficit budgétaire (lorsqu’exprimé par rapport au PIB) plus particulièrement la charge de compensation, comme le déficit de compte courant. Lorsque le FMI mentionne les risques extérieurs importants qui peuvent avoir un effet adverse sur l’économie marocaine, il fait explicitement référence aux deux catégories de chocs qui façonnent la performance économique du pays : les prix des hydrocarbures à l’international, et le comportement de la croissance dans les principaux partenaires commerciaux du Maroc. Les premiers ont accéléré la légère consolidation fiscale entamée en Juin 2012 avec un minimum d’impact négatif sur l’économie, la seconde aide indirectement à résorber le déficit courant en poussant les exportations à être plus dynamiques que le reste de l’économie (et donc des importations). La baisse des prix du pétrole entre Juin et Décembre 2014 a beaucoup aidé le gouvernement à assainir le budget de la caisse de compensation, et ainsi de résorber le déficit budgétaire qui s’est graduellement détérioré depuis 2011 : la baisse du budget de compensation aura compté pour près des 2/3 de la baisse du déficit entre 2013 et 2014, et la baisse des dépenses de compensation est essentiellement tirée par la baisse des prix du pétrole à l’international plutôt qu’une baisse de la consommation domestique des biens énergétiques.

Variation annuelle des dépenses de compensation(en milliards de dirhams) et prix du pétrole (en dollars)

variation des depenses

Sources : Trésorerie Générale du Royaume, Agence d’Information d’Energie (US)

Il est désormais établi que la baisse des prix d’énergie à l’international était prédictible, et par la même occasion, les prix du pétrole vont progressivement reprendre et effacer rapidement les gains accumulés durant la seconde moitié de l’année 2014. Une reprise des prix des hydrocarbures aura un effet autrement plus important sur l’économie marocaine en participant du renchérissement des importations d’hydrocarbures, et donc sur la position extérieure nette du Maroc. La croissance peut très probablement atteindre les 5 % prévus dans le communiqué, mais il faudra aussi prendre en compte le double effet qu’aurait une reprise de la demande domestique sur les importations, ainsi que la faiblesse de la demande extérieure des partenaires extérieurs du Maroc sur les exportations nettes et le PIB dans son ensemble.

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