Une loi d'expropriation pour les hôtels vétustes en préparation

Pour relancer l'activité de la station balnéaire d'Agadir, le ministre de l’Économie et des finances envisage une loi permettant d'exproprier les propriétaires d'hôtels vétustes, généralement versés dans l'informel.

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Mohamed Boussaïd, ministre de l'Economie et des finances
Mohamed Boussaïd, ancien wali de la région de Souss-Massa-Drâa et ex gouverneur de la préfecture d'Agadir Ida-Outanane, a tenté de rassurer le secteur de l'hôtellerie d'Agadir, particulièrement inquiet. Crédit : Antony Drugeon

Mohamed Boussaïd, ministre de l’Économie, a annoncé samedi 28 mars, qu’ « il faudrait que la région donne un délai pour que le propriétaire restaure l’hôtel [vétuste] voire pour l’exproprier, quitte à faire un texte pour cela ».

L’annonce a été faite à Agadir, où se tenait samedi une journée débat organisée par le Centre régional de tourisme d’Agadir Souss-Massa-Draâ (CRT) sur le thème « Agadir, une destination à réinventer ». Le CRT a su mobiliser un large pan de l’industrie hôtelière gadirie, exaspérée par la perte de vitesse de la destination Agadir. « Maintenant, ils vont savoir à quel point on souffre », nous a indiqué un directeur d’hôtel.

Vétusté… et surtout informel

En plus de Mohamed Boussaïd, l’événement a fait venir de nombreux officiels, parmi lesquels le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, le directeur de l’ONMT, Abderrafie Zouiten, le directeur de l’ONDA, Zouheir Mohamed El Aoufir, ainsi que plusieurs journalistes.

C’est un cri d’alarme que le CRT, et derrière lui le secteur hôtelier gadiri, a donc lancé aux décideurs, demandant notamment des financements pour la remise à niveau des établissements vétustes, au besoin en passant par l’expropriation de ces hôtels qui affichent un taux de remplissage de 15%, mais dont l’essentiel de l’activité reste en fait non déclaré, selon Salah-Eddine Benhammane, président du CRT d’Agadir. Lahcen Haddad a quant à lui évalué à 25 % le nombre de lits nécessitant une remise à niveau.

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Agadir ne profite pas de son tourisme

Salah-Eddine Benhammane a notamment comparé Agadir et ses quelques 31 000 lits (dont plus de 2 000 en cours de remise à niveau) aux stations balnéaires de Charm El-Cheikh en Egypte (450 000 lits) et Antalya en Turquie (500 000 lits). Un écart qui porte préjudice à Agadir auprès des tours-opérateurs, et qui se creuse, a-t-il alerté : « Le rythme de progression de la capacité hôtelière est de 2,7 % par an à Agadir, contre 19 % et 17 % à Charm El-Cheikh et Antalya ». Dans ces conditions, la station balnéaire d’Agadir n’atteint pas « le seuil critique pour être rentable », tranche Abderrafie Zouiten, directeur de l’Office national marocain du tourisme.

Mais c’est aussi le mode de développement touristique d’Agadir qui est en cause, comme l’a souligné Lahcen Haddan : « Il s’avère que la ville ne profite pas de son tourisme », a-t-il asséné, en évoquant le tourisme all inclusive (formules tout compris). Un modèle qui n’a pas permis le développement d’attractions touristiques, et qui freine donc l’investissement.

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Meryam El Ouafi, directrice générale de Chems Ayour, complexe touristique qui organise des dîners spectacle marocains avec son et lumière, ne dit pas le contraire :

Je suis directement affectée négativement par le all inclusive ; moi je propose un produit d’animation dans la ville, mais quand les gens viennent en hôtel, ils ne sortent pas, ils n’ont aucune information sur ce qu’ils peuvent faire en dehors.

Egalement présidente de l’association de femmes entrepreneures Entrelles, elle dresse un bilan dépité du modèle de développement touristique adopté jusque-là à Agadir : « On a vu la fermeture de nombreux projets d’animation en ville faute de clients au cours des dernières années. Du coup, on arrive jamais à positionner la destination Agadir. Mais on sait pertinemment que les clients sont là. »

Une desserte aérienne insuffisante

D’autant plus, a renchéri Lahcen Haddad, que de nombreuses lourdeurs pénalisent l’investissement. « Bloquer pendant trois ans un investisseur, ce n’est pas bon pour la ville », a-t-il déclaré. L’entrepreneur Abderrahmane Tafroute de A.I. Parc en sait quelque chose. Porteur d’un projet de parc de jeux pour enfants, il s’attend à employer une vingtaine de salariés quand il aura les autorisations nécessaires : « J’ai déposé le dossier il y environ 4 mois à la région, j’ai eu l’autorisation d’activité, mais désormais c’est l’autorisation auprès des Eaux et forêts qui est en suspend. Le dossier vient de partir à Rabat, là cela peut durer 3 mois comme un an… En tout cas ici on est prêts pour attaquer la réalisation du projet. »

Ce sombre panorama est connu jusqu’au gouvernement, qui, en dépêchant deux ministres à Agadir, a envoyé aux hôteliers gadiris le message qu’ils étaient entendus. « Depuis 2005, on redit toujours la même chose », a même admis Lahcen Haddad, appelant à passer enfin à l’action.

Mais reste la question de la desserte aérienne : avec 107 vols hebdomadaires seulement à destination d’Agadir, le station balnéaire se sent étouffée, à l’ombre de sa voisine et rivale Marrakech. La Royal Air Maroc, qui n’était pas représentée lors des débats, était omniprésente dans les discussions. Seul « lot de consolation », Zouheir Mohamed El Aoufir, directeur de l’ONDA, a promis de réaménager l’aéroport de Casablanca pour rendre le transit des touristes plus confortable, et s’est dit « favorable » à la revendication de la salle d’instaurer l’exonération totale de taxe aéroportuaire pour toute nouvelle ligne aérienne vers Agadir.

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