Intoxications, empoisonnements : des chiffres chocs

Selon un rapport du Centre anti-poison, les piqûres de scorpion et les médicaments sont les principales causes d'intoxication. Les enfants sont particulièrement concernés.

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Médicaments (pilules)
Crédit : Frolicsomepl / Flickr.

Piqûres de scorpions, intoxication au monoxyde de carbone, alimentaires, par pesticides, par produits d’entretiens… chaque année, le Centre anti-poison du Maroc (CAPM), organisme rattaché au ministère de la Santé, publie un rapport de statistiques sur les intoxications.

Avec 23 228 cas déclarés, les piqûres et envenimations scorpioniques sont la première cause d’intoxication dans le pays. Les enfants de moins de 15 ans sont particulièrement concernés. La plupart des cas proviennent de cinq régions à risque, à savoir Marrakech-Tensift-Al Haouz, Souss-Massa-Drâa, Tadla-Azilal, Doukkala-Abda et Chaouia-Ouardigha.

Des malades à éduquer

Les intoxications médicamenteuses arrivent en deuxième position. Elles sont d’ailleurs l’une des causes les plus fréquentes d’hospitalisation aux urgences, assure le rapport, qui pointe du doigt « le manque d’éducation du patient et de son entourage ». Tous âges confondus, les médicaments les plus concernés sont les psychotropes (44,5 %).

Une explication partagée par la Laila Laroussi, pharmacienne, qui met en cause l’analphabétisme. Mais d’après elle, ces cas d’intoxication médicamenteuse sont aussi liés à une certaine mentalité :

Les Marocains font de la surconsommation de médicaments. Pour eux, un bon médecin est celui qui va tartiner l’ordonnance.

Elle évoque le cas d’une patiente : « Elle prend des médicaments pour la tension mais aussi des psychotropes. Je la prends par la main pour l’amener faire une psychothérapie, mais elle refuse. Un jour, elle va faire un choc médicamenteux ». La pharmacienne pointe aussi les personnes qui consomment des médicaments pour « prévenir » une éventuelle maladie.

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D’après elle, ces intoxications médicamenteuses sont plus liées aux comportements des patients qu’à un manque de vigilance de la part du médecin ou du pharmacien. Et d’assurer faire de la sensibilisation auprès de ses patients, en leur conseillant de ranger les médicaments hors de portée des enfants notamment.

Les bébés largement victimes ?

Car d’après les chiffres du CAPM, les enfants sont très concernés. Les bébés marcheurs, à eux seuls, représenteraient 29 % des victimes. Des chiffres qui surprennent pharmaciens et pédiatres : « Je n’ai jamais vu de bébé intoxiqué par médicament. En général, les parents font très attention aux nourrissons, ils paniquent toujours », nous confie Laila Laroussi. Et le CAPM le reconnaît, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Le centre évoque la « faiblesse des statistiques », étant donné qu’elles ne concernent que les cas répertoriés.

Un chiffre qui étonne aussi Abdelaziz Hachadi, pédiatre à Casablanca : « Oui j’ai vu des bébés victimes d’intoxication par médicament aux urgences mais ce n’est pas très courant », concédant que parfois, certains parents « donnent à leur enfant des médicaments tant qu’il a de la fièvre, et n’ont pas conscience que le paracétamol est très toxique ».

Pour lui, les grands enfants sont davantage concernés, mais il s’agit là alors plutôt d’accidents domestiques. Ils avalent malencontreusement des pilules qui traînent. Mais d’après Abdelaziz Hachadi, les enfants sont surtout victimes d’intoxication par produits d’entretien : « Les gens diluent souvent les produits ménagers dans des bouteilles de soda, l’enfant a soif et boit cette bouteille », nous explique le médecin.

Certains gestes sont à proscrire en cas d’intoxication médicamenteuse : lavage gastrique, vomissement volontaire, ingestion d’eau ou de lait, comme le rappelle une étude sur les intoxications accidentelles aigües chez l’enfant réalisée par des médecins de l’hôpital universitaire d’enfants Abderrahim Harouchi de Casablanca.

Après les médicaments, les produits gazeux (principalement le monoxyde de carbone), et les produits alimentaires sont les principales causes d’intoxication. La plupart du temps (dans 84 % des cas), il s’agit d’accidents. Dans les autres cas, la toxicomanie, le suicide, l’avortement ou encore l’intention criminelle sont en cause.

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