Abdellatif Hammouchi mérite-t-il sa décoration?

Le directeur de la DGST, Abdellatif Hammouchi, devrait être décoré le 14 juillet prochain de l’ordre d’officier de la Légion d’honneur par l’État français. Une récompense méritée ou un « deal honteux » ?

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Abdellatif Hammouchi, le chef de la DGST
Abdellatif Hammouchi, le chef de la DGSN et de la DGST. Crédit : DR

A l’occasion d’une visite le 14 février au Maroc, le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, a annoncé la décoration de l’ordre d’officier de la Légion d’honneur du chef de la Direction générale de la surveillance territoriale (DGST), Abdellatif Hammouchi. Ce dernier a pourtant été convoqué en février 2014 par la justice française dans le cadre d’une plainte déposée à Paris relative à des faits présumés de tortures au sein du centre de détention de Temara. Une convocation qui a déclenché une crise diplomatique de près d’un an entre le Maroc et la France.

Abdellatif Hammouchi n’est toutefois, selon le site d’information le360, pas visé directement par cette plainte, qui concerne d’autres responsables sécuritaires marocains, des responsables du monde pénitentiaire ainsi que des officiers de la gendarmerie et de la police nationale. Alors que cette affaire n’a pas été résolue par la justice française, peut-on dire qu’Abdellatif Hammouchi mérite sa décoration de l’insigne d’officier Légion d’honneur ?

« Deal honteux »

Dans une tribune publiée le 3 mars par le quotidien français Le Monde, l’avocat et président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) qualifie le geste du gouvernement français « de deal honteux » et de « geste déshonorant ». Le message semble donc clair de la part du président d’honneur du FIDH qui, il faut le rappeler, est également l’avocat d’une personne ayant porté plainte contre le Maroc pour torture, Zakaria Moumni.

Pour l’Association marocaine des droits humains (AMDH), le propos est plus nuancé. Contacté par Telquel.ma, le président de l’AMDH, Ahmed El Haij, affirme ne pas être en position « de juger s’il mérite cette décoration ou d’évaluer les services qu’il a rendu à la France ». Le responsable associatif estime néanmoins que si le patron de la DGST est « considéré comme responsables d’actes de tortures », cela signifie que la « France n’est pas en accord avec elle-même ». Il signale néanmoins que son association « a obtenu de nombreuses informations concernant la pratique de tortures » et a « demandé aux autorités d’enquêter dessus mais sans suite ».

« Une reconnaissance envers l’État marocain »

Du côté politique, néanmoins, la décoration d’Abdellatif Hammouchi a des allures de récompense nationale. « Quand on décore un responsable, on décore toute une administration », estime le président de la Commission des affaires étrangères au parlement et député du PAM, Mehdi Bensaïd, qui rappelle que « c’est la deuxième fois que la France décore Abdellatif Hammouchi sachant que l’Espagne l’avait déjà décoré ». Cette décoration prouve également que le Maroc « est un pays stable au niveau sécuritaire de la région » selon le représentant du parti du tracteur.

Même son de cloche pour le représentant de l’USFP Mehdi Mezouari, qui vise encore plus haut en déclarant que la future décoration du responsable de la DGST est « une reconnaissance envers l’État marocain et la récompense d’une institution qui fait du bon travail ». Mais Abdelaziz Aftati, le représentant du PJD, qui est pourtant au pouvoir, se montre aussi réservé que Mustapha El Khalfi lors de son interview avec Europe 1 concernant Abdellatif Hammouchi : « c’est une question qui est supérieure à celle des partis et du gouvernement. C’est une affaire entre États ».

Quid des allégations de torture qui planent sur le responsable de la DGST ? Pour Mehdi Mezouari, il semble que la page soit tournée et que cette décoration est une « belle fin à un différend d’un an entre la France et le Maroc ». Enfin, le représentant du PAM, Mehdi Bensaïd, estime que les allégations de torture doivent être résolues en interne : « Ce n’est pas à l’étranger qu’on règle des problèmes marocains. A travers des institutions comme l’Instance équité et réconciliation, le Maroc a prouvé qu’il pouvait corriger ses problèmes ».

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