Le PJD favorable à l'avortement (sous conditions)

Le PJD favorable à l'avortement (sous conditions)

Dans une tribune sur Al Massae, Saâdeddine El Othmani a pris parti pour le droit à l'avortement (sous conditions). Au PJD comme dans l'opposition, les parlementaires semblent favorables à l'ouverture d'un dialogue national.

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Le président du conseil national du PJD, Saadeddine El Othmani. Crédit: Yassine Toumi
Saad Eddine El Othmani. Crédit: Yassine Toumi/TELQUEL

Le PJD, un véritable déclencheur de réformes ? Perçu comme un parti conservateur, le parti de la lampe a lancé un véritable débat politique sur la question de l’avortement à travers l’ancien chef de la diplomatie marocaine, Saâdeddine El Othmani, qui a écrit une tribune sur le sujet publiée dans Al Massae, le 2 mars. Le numéro 2 du parti au pouvoir y rappelle que 10 articles de loi criminalisent cette pratique et qu’il est favorable à l’avortement dans les cas de malformation du fœtus, de viol ou d’inceste. Pour étayer son argumentaire, le numéro 2 du PJD se base sur les idées de théologiens juristes.

Il estime néanmoins que les statistiques présentées par la société civile – notamment l’Amlac (Association marocaine contre l’avortement clandestin), qui estime que 600 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour – sont « excessives ». Enfin, El Othmani conclut sa colonne en faisant part de son souhait de voir la loi marocaine tendre vers davantage de souplesse vis-à-vis de l’avortement.

Le PJD derrière El Othmani

La tribune de Saâdeddine El Othmani est une initiative personnelle ; mais elle est est le fruit d’une réflexion organisée au sein de son parti. En effet, selon le membre du secrétariat général du PJD Abdelali Hamiddine, le parti de la lampe a organisé, au mois de février, une réunion informelle durant laquelle le sujet de l’avortement a été discuté. « Ce qu’a dit Saâdeddine El Othmani a été approuvé par la majorité du parti ainsi que quelques savants de la charia », a déclaré le membre du PJD à Telquel.ma, avant d’indiquer qu’il faut « prendre en considération la santé physique et mentale de la femme ».

Les propos sont plus nuancés du côté d’Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire du parti de la lampe, qui estime qu’une réforme législative devra être réalisée lorsque la commission mixte établie par les ministères de la Justice et de la Santé aura conclu ses travaux. Pour la députée du PJD Nezha El Ouafi, le débat sur l’avortement doit également inclure une approche statistique. En effet, la représentante du parti de la lampe, qui déplore le manque de cadre législatif concernant cette question, estime que les statistiques de la société civile ne suffisent pas à dresser le tableau de la situation de l’avortement clandestin au Maroc. « Le ministère de la Santé doit commander une étude qui peut être effectuée par un groupe de chercheur ». Elle estime également que ce débat doit faire l’objet d’un débat national qui ne doit pas être « politisé par la majorité ou l’opposition ».

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Une opposition un peu timide

L’idée du débat national est également partagée par l’USFP. Interrogé par Telquel.ma, le député itihadi Mehdi Mezouari affirme que le parti de la rose « est favorable à un débat au sujet de l’avortement ». Pour la formation dirigée par Driss Lachgar, l’avortement devrait être néanmoins discuté « dans un cadre défini » qui, selon Mehdi Mezouari, « doit être en harmonie avec la religion et le temps ».

Du côté d’un autre parti d’opposition, le PAM, la « position a toujours été claire », affirme le député du parti du tracteur Mehdi Bensaïd. « Nous avons toujours été en faveur d’une réforme de la loi sur l’avortement, notamment dans les cas d’inceste, de viol, ou de maladies physiques ou mentales ». Le représentant du parti dirigé par Mustapha Bakkoury précise même que son parti est favorable à un débat plus élargi sur l’avortement.

Reste que si l’opposition semble favorable à un débat sur la question de l’avortement, elle ne l’a pas lancé de sa propre initiative. Du côté de l’USFP, on campe sur ses positions : « L’USFP est favorable à un débat sur la question de l’avortement », répète Mehdi Mezouari, qui reconnait toutefois que le parti de la rose n’a effectué aucune démarche législative.

Ce qui n’est pas le cas du parti du tracteur, qui a posé « plusieurs questions écrites et orales au parlement, et on l’a évoqué en commission », assure Mehdi Bensaïd. Ce dernier se demande néanmoins, au vu de la tribune écrite par Saâdedine El Othmani, « pourquoi le PJD n’a pas lancé de lui-même la réforme sur l’avortement » alors qu’il est convaincu de sa nécessité. Le député du PAM indique également que le « ministère de la Santé aurait pu émettre une circulaire autorisant l’avortement dans les cas de maladies, de viols ou d’incestes ou lancer le processus législatif. »

On notera néanmoins que l’idée d’un dialogue national avait déjà été évoquée par le PJD lors de la campagne législative de 2011.

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