Les architectes de Casablanca en rogne contre les pompiers

Certains architectes dénoncent le zèle de la protection civile en matière de prévention des incendies.

Par

Chantier de construction
Diverses interventions ont permis de maintenir une activité de l’ordre de 25 à 30% dans les chantiers. Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

L’incendie de l’usine Rosamor de Casablanca, qui a fait 55 morts en 2008, a suscité un choc auprès des responsables. Si bien qu’un manuel de 2009 puis un décret de 2014 sont venus encadrer la protection incendie, en instaurant notamment de nouvelles normes de construction. Mais la présentation de la protection civile à ce sujet à la wilaya de Casablanca le 24 février a été l’occasion pour certains architectes de faire part de leur colère.

Bon nombre de ceux présents à l’événement considèrent que les agents de la protection civile avec lesquels ils sont en contact au guichet unique de la municipalité appliquent une interprétation trop sévère des textes officiels. « Il y a énormément d’avis défavorables lors des dépôts de dossiers, il y a un problème d’interprétation de la part des pompiers », a dénoncé l’un des architectes présent dans la salle.

Pour Mohamed Karim Sebai, président de l’Ordre des architectes pour la région centre, le tort revient aux salariés de la protection civile, fermés au dialogue :

Les architectes sont dans l’impasse principalement à cause du personnel de la protection civile au guichet unique qui ne veut pas parler. Ce bras de fer est inadmissible.

Un excès de zèle ?

L’un des problèmes d’interprétation concerne par exemple le fait de savoir si les anciens bâtiments sont également soumis à ces nouvelles normes. Le décret ne concerne normalement que les nouvelles constructions. Mais à écouter certains architectes, leurs dossiers de rénovation sont souvent refusés parce qu’ils n’intègrent pas les nouvelles dispositions. Un responsable de la protection civile présent lors de la réunion justifie :

Oui, les plans modificatifs ne sont pas concernés mais nous devons quand même faire preuve de préventionnisme.

Lire aussi : Casablanca, témoin de cent ans d’urbanisme au Maroc

Certains architectes, qui n’ont eu de cesse de rappeler qu’eux aussi se souciaient bien sûr de la sécurité, critiquent même le contenu de la règlementation. L’exemple des escaliers revient souvent. La protection civile impose une certaine dimension et d’après l’une de ses responsables, cette obligation est tout à fait logique : « Il faut prévoir une cage d’escalier où le brancard pourra être opérationnel ». Mais pour les dessinateurs de plans, cette mesure est trop simpliste. Pour eux, la dimension ne fait pas tout, la forme et le design doivent aussi être pris en compte. Ils expliquent qu’il existe plusieurs manières de concevoir les escaliers, et regrettent de ne pas avoir été consultés à ce sujet avant l’élaboration de la législation.

Des professionnels assurent même que la lecture zélée des textes fait fuir les étrangers : « Beaucoup d’investisseurs étrangers quittent la place casablancaise à cause de la protection civile », a assuré une architecte. Il est vrai que les facilités des procédures pour construire est une composante importante du climat des affaires d’un pays. Le guichet unique de Casablanca a justement été instauré dans le but de simplifier les procédures.  

Lire aussi : Un incendie dans une galerie à Casablanca

article suivant

Maroc et États-Unis main dans la main pour lutter contre le trafic illicite de pièces archéologiques marocaines