L’opposition au bord de l’implosion

Les leaders des partis de l'opposition. Crédit : Mohamed Ettayea

Alors que l’USFP se dirige vers une énième scission et que l’Istiqlal peine à retrouver ses marques, le PAM se rapproche discrètement mais sûrement du PJD. L’opposition est en recherche de repères.

Pour les militants de l’USFP, présents dimanche dernier à un meeting du parti à Settat, l’image est forte : Ahmed Réda Chami, ancien ministre et actuel député, évoque avec une grande émotion la situation désastreuse dans laquelle le parti de la rose s’est retrouvé. Mais l’émotion de Chami ne s’explique pas seulement par la colère. Elle est aussi le résultat de l’impuissance dans laquelle se retrouve aujourd’hui le courant « Ouverture et Démocratie », dont il est devenu le porte-drapeau après la tragique disparition de son fondateur Ahmed Zaïdi, le mois dernier. En effet, les membres du courant multiplient les conciliabules et les rencontres avec les militants mécontents de l’actuelle direction de l’USFP, dominée par le premier secrétaire Driss Lachgar. A l’origine, l’objectif de cette fronde était tout d’abord de mettre sous pression Driss Lachgar et son équipe pour les obliger à ménager une place à Abdelali Doumou, Hassan Tarik et feu Ahmed Zaïdi dans les instances dirigeantes du parti. Face à l’entêtement du premier secrétaire et de ses manœuvres habiles, ils se sont vite rendu compte qu’il était impossible de cohabiter sous le même toit avec l’actuelle direction. Seule solution qui restait alors au courant Démocratie et Ouverture : quitter l’USFP et rejoindre son ancêtre l’UNFP, en hibernation depuis une quarantaine d’années.

L’USFP, de mal en pis

Alors que le premier secrétaire paraissait peu inquiet de ce scénario scissionniste, déclarant même vouloir faciliter la tâche à tous ceux qui veulent quitter l’USFP, c’est un nouveau feu qui vient d’éclater au sein du parti. Lundi 16 décembre, à la Une du quotidien Al Ittihad Al Ichtiraki, figurait un appel signé par plusieurs caciques et figures de l’USFP, demandant aux deux clans de mettre leurs divergences de côté et de « gérer démocratiquement leur différence ». Si l’appel réclame la tenue d’une session extraordinaire de la commission administrative, il renvoie clairement, dos à dos, les deux parties en rupture. Parmi les amis de Driss Lachgar, l’initiative menée par Abdelouahed Radi, Fathallah Oualalou et Abdelhadi Khairate est clairement ressentie comme une manœuvre des membres de l’ancien bureau politique pour reprendre les rênes de la formation. Du côté de Démocratie et Ouverture, l’appel vient très en retard. Abdelali Doumou et Ahmed Réda Chami n’hésitent pas à se demander où étaient les signataires de l’appel quand Driss Lachgar « massacrait » les structures du parti. Mais cette situation catastrophique que vit l’USFP semble déteindre sur d’autres composantes de l’opposition, notamment l’Istiqlal.

L’Istiqlal sans fil conducteur

Certes, la fronde au sein du plus ancien parti du royaume n’a pas la même ampleur que chez les socialistes, mais le malaise est perceptible. Un membre du comité central de l’Istiqlal nous révèle que les réunions du conseil national, qui duraient tout un week-end, sont aujourd’hui bouclées au bout de deux heures. En outre, les structures régionales du parti connaissent une véritable désaffection des membres. « Beaucoup de nos militants ne comprennent plus le virage sémantique pris par Hamid Chabat », avoue un membre du comité exécutif. La tonalité excessive des charges du secrétaire général de l’Istiqlal contre le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a jeté une partie de la base istiqlalienne dans le désarroi. Un constat partagé par les animateurs du courant anti-Chabat « Bila Haouada » (sans répit), qui estiment que « les propos inélégants » de Hamid Chabat vont provoquer le divorce avec une bonne partie des électeurs de l’Istiqlal, au risque de les voir se tourner vers le PJD lors des prochains scrutins.

Toutefois, le problème ne réside pas seulement dans la terminologie adoptée par le patron de l’Istiqlal, mais par le niveau de production intellectuelle du parti. « Expulser Mohamed El Ouafa, une machine à idées, a été très mal vécu par l’élite du parti », se désole un membre du comité central, pourtant proche de Hamid Chabat. Mais pourquoi en est-on arrivés à cette situation ? Pourquoi autant l’Istiqlal que l’USFP donnent-ils l’impression de faire du surplace dans les rangs de l’opposition ? Et comment l’attelage Lachgar-Chabat, qui était à première vue prometteur, est aujourd’hui en panne sèche ? Pour le politologue Ahmed El Bouz, « le scénario imaginé dès le début avec l’Istiqlal et l’USFP débordant le PJD, notamment par le populisme de leurs nouveaux dirigeants, ne tient plus ». Agressif et campant sur ses positions, le Chef du gouvernement a su tenir bon et rendre coup pour coup à ceux qui l’attaquaient. Abdelilah Benkirane a pu également gagner la confiance de la monarchie, en multipliant les concessions et les garanties. « Devant un Benkirane plus royaliste que le roi, le duo Chabat-Lachgar perd un peu de son intérêt », renchérit Ahmed El Bouz. Une analyse qui trouve des échos au sein même de l’Istiqlal. « Le PJD pourrait remplacer le parti nationaliste comme soupape du système politique marocain », explique Mohamed Zidouh, membre du comité central du parti, tout en regrettant que sa formation ait quitté le gouvernement d’une façon prématurée.

Le PAM en embuscade

Un plan B serait-il en marche, après l’échec plus qu’annoncé de l’option Chabat-Lachgar ? « Si une partie du Makhzen peut intervenir pour donner un coup de pouce à l’un ou à l’autre des hommes politiques pour arriver à la tête de leurs formations, elle ne peut en aucun cas assurer le service après-vente et l’entretien », ironise Ahmed El Bouz. Ce qui veut littéralement dire que les deux hommes ont désormais leur destin en main. D’ailleurs, les signaux envoyés depuis un moment par le PAM ne trompent plus. Le parti de Mustapha Bakkoury a refusé à la dernière minute de se joindre aux autres partis de l’opposition pour intenter un recours contre la Loi de Finances 2014 devant le Conseil constitutionnel. Un changement de posture de la part du PAM qui permet de dégager la route devant une future alliance PJD/PAM, jusque-là jugée hautement improbable. Selon Ahmed El Bouz, le PAM n’est plus vraiment un parti d’opposition et ne rechignerait plus à entrer dans un gouvernement conduit par le PJD. Les amis de Bakkoury oseront-ils alors sauter le pas ? Seul l’avenir nous le dira.

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