Les agriculteurs européens en rogne contre les tomates marocaines

Les producteurs de tomates de l'Union européenne voient rouge. La production marocaine y est importée dans des volumes 50 % plus importants que l’an dernier.

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Crédit : Merce/Flickr.

Les chiffres transmis par le marché Saint-Charles de Marseille, principale porte d’entrée du légume dans l’Union européenne, révèlent une réelle percée des tomates marocaines en Europe, avec des exportations en hausse de 66 % en octobre et 55 % en novembre.

Les représentants des producteurs espagnols, français et italiens en appellent donc à la Commission européenne. Dans un communiqué, la fédération de producteurs espagnols Fepex explique qu’ils lui demandent notamment de prendre une « mesure de sauvegarde ». L’article 7 du protocole d’accord entre l’Union européenne et le Maroc autorise, il est vrai, l’UE à « prendre les mesures qu’elle juge nécessaires » dans le cas d’« importations en quantité tellement accrues de produits originaires du Maroc […] entraînant des perturbations sérieuses des marchés et/ou un préjudice grave à la branche de production ». Cette mesure de sauvegarde ne peut en revanche pas excéder deux ans.

Mais pourtant, les exportations de tomates marocaines cet automne s’inscrivent dans le quota pouvant profiter du dédouanement fixé par l’Union européenne. Un producteur marocain confie à Telquel.ma son analyse : « A chaque fois que les producteurs européens vont négocier avec Bruxelles pour demander des aides, ils pointent le Maroc du doigt mais il s’agit juste pour eux d’un moyen de pression qu’ils utilisent pour être mieux servis ». Il nous explique que la forte hausse des exportations marocaines est due au marché plus demandeur que l’an dernier puisque la production européenne a diminué ces derniers mois.

L’UE impose sa méthode de calcul

Dans le communiqué de la Fepex, les producteurs espagnols en profitent également pour demander aux institutions européennes de changer les prix d’importation des tomates marocaines. Pour rappel, le protocole bilatéral conclu en 2012 prévoit un quota qui bénéficie d’une absence de droits de douanes, mais qui ne doit pas être vendu en dessous d’un certain prix (pour ne pas être trop concurrentiel).

Le prix peut être calculé de trois manières différentes, c’est à l’exportateur de choisir. Mais en avril dernier, l’Union européenne a décidé d’imposer la méthode de calcul par valeur forfaitaire d’importation (VFI) à toutes les ventes en consignation, qui sont les plus courantes pour les Marocains. Cette fameuse VFI est fixée quotidiennement en fonction du prix de l’ensemble des importations venues des pays tiers de l’Union européenne. Et si la VFI est négative, le producteur doit payer des droits additionnels, l’incitant immanquablement à les répercuter sur ses prix et donc à être moins compétitif.

Si on a parlé d’un « compromis » en juin, l’Union européenne a en réalité campé sur ses positions quant à la méthode de calcul. En revanche, elle a accepté d’inclure d’autres variétés de tomates que les tomates rondes (cerise, cocktails etc.) dans les quotas soumis au dédouanement, augmentant par conséquent le prix moyen de la tomate marocaine (étant donné que ces variétés sont vendues plus chères). Or, quand le prix moyen passe au dessus du prix minimum d’entrée, les producteurs marocains n’ont  pas à payer de taxes additionnelles.

Lire aussi : Les tomates cerises marocaines sont “conformes”

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